Retraites et crise Covid : le système résiste mieux que prévu

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iconeExtrait de l’hebdo n°3782

Dans son rapport annuel paru le 10 juin, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a réactualisé ses projections en prenant en compte les effets de la crise du coronavirus. Si l’année 2020 affiche un déficit record sous l’effet de la crise sanitaire, notre système par répartition montre une nouvelle fois sa robustesse à moyen et long termes.

Par Jérôme Citron— Publié le 15/06/2021 à 12h05

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© Patrick Allard/RÉA

Alors que la question des retraites revient dans l’actualité, la huitième édition du rapport annuel du COR arrive à point nommé. Sérieux, pédagogiques et incontestés, les travaux de cette instance indépendante (dans laquelle siègent les partenaires sociaux) permettent de dépassionner le débat et de se projeter sur le long terme. « Un système de retraite s’inscrit forcément dans le temps long, rappelle le secrétaire national Frédéric Sève, qui pilote ce dossier à la Confédération. La crise sanitaire que nous sommes encore en train de vivre en est l’illustration. Le système est fortement impacté aujourd’hui par la crise, comme tous les budgets publics, mais il reste soutenable sur la durée. »

Des dépenses moins importantes que prévu

Pour le dire autrement, le COR confirme que la crise a bien un impact ponctuel sur le système mais qu’elle ne remet pas en cause son équilibre financier à long terme. « Malgré le contexte de la crise sanitaire et le vieillissement progressif de la population française, les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB [produit intérieur brut] resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon de la projection, c’est-à-dire 2070, explique le président du COR, Pierre-Louis Bras. C’était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire, que nous traversons depuis le début de 2020. C’est un résultat qui demeure valable après crise. »

Le déficit du système s’est creusé massivement en 2020 pour atteindre 18 milliards d’euros, soit 0,8 % du PIB, alors qu’il était à la limite de l’équilibre en 2019. Et ce déficit devrait encore être de 0,4 % du PIB en 2021. À partir de 2022 et jusqu’en 2030, le système reviendrait à sa trajectoire d’avant la crise avec des dépenses tournant autour de 13,7 % du PIB. Un retour à la normale plus rapide que les prévisions du COR datant de novembre 2020.

Les données économiques et sociales sur lesquelles s’appuient les experts du COR ont en effet été affinées pour prendre en compte les derniers indicateurs. Or la croissance est finalement plus robuste qu’attendue et l’espérance de vie à 65 ans progresse moins vite que le projetait initialement l’Insee (une bonne nouvelle pour la santé financière du système, mais pas vraiment réjouissante en matière de santé publique). À cela s’ajoute la surmortalité liée à la crise de la Covid.

Un financement robuste

Après 2030 et jusqu’en 2070, le COR montre que les dépenses rapportées au PIB devraient baisser progressivement, quels que soient les scénarios économiques retenus. Ces projections confirment donc que notre système de retraite est robuste sur le plan financier. À législation stable, il n’y a pas de dérapage incontrôlé des dépenses à moyen ou long terme par rapport à la richesse produite en France. Si ce constat peut étonner, il est largement partagé depuis plusieurs années. Malgré le vieillissement de la population, le rapport entre les dépenses et la richesse produite reste stable parce que les pensions versées sont indexées sur l’inflation (l’évolution des prix), qui est (hors cas de grave crise économique) plus faible que la croissance du PIB.

« Le fait que les dépenses de retraite soient, à législation constante, amenées à décroître à terme en pourcentage du PIB est un constat qui n’emporte toutefois aucune appréciation politique sur le niveau actuel ou futur de ces dépenses, tient toutefois à préciser le président du COR. Selon les préférences politiques et les priorités que l’on souhaite assigner aux finances publiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés. »

Un éclairage dépassionné et non anxiogène

Loin de clore le débat sur les retraites, ce rapport a donc le mérite d’apporter sur ce sujet un éclairage dépassionné et surtout non anxiogène. À toutes les personnes persuadées qu’elles n’auront pas de retraite le moment venu ou que les retraites sont au bord de la faillite, il montre que le système est bien pensé sur le temps long et que les dépenses n’ont rien incontrôlé. Mais il ne s’agit là que de projections financières globales qui sont loin d’user le sujet général des retraites. La question du poids du système dans l’économie, celle de la justice entre les générations et au sein d’une même génération, celle de la reconnaissance de la pénibilité ou encore celle des inégalités entre les femmes et les hommes restent et resteront des questions à creuser si l’on veut améliorer le système de retraite en fonction des évolutions de la société.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

« En la matière, il n’y a pas de solution simple », conclut Frédéric Sève, qui appelle le gouvernement à ne pas se précipiter alors que le pays commence seulement à entrevoir la sortie de crise. « Remettre sur le tapis la réforme des retraites aujourd’hui n’est pas raisonnable. Il y a sur ce point un consensus de l’ensemble des partenaires sociaux. » Même le patronat a fait savoir ses réticences par la voix de son président, Geoffroy Roux de Bézieux, dans une interview au quotidien économique Les Échos : « Les retraites, c’est un débat de la présidentielle. »