Restauration collective : après les licenciements, la question de l’attractivité

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iconeExtrait de l’hebdo n°3792

Les trois principales entreprises de la restauration collective ont annoncé des suppressions d’emplois à la fin de 2020. Désormais, de nouveaux défis se posent aux militants CFDT du secteur.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 28/09/2021 à 12h00

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© Gilles Rolle/RÉA

C’est l’une des victimes collatérales de la pandémie de Covid-19 : la restauration de collectivités. Avec la massification du télétravail dans les entreprises, les salariés ont déserté leurs cantines, ce qui a eu de fortes répercussions sur les entreprises prestataires. Résultat, les trois principaux groupes de ce secteur en France, Elior, Sodexo et Compass, ont annoncé des suppressions d’emplois.

Chez Elior Entreprises, 1 503 postes ont été supprimés, majoritairement en Île-de-France. Le PSE, signé le 29 janvier par certaines organisations syndicales, mais pas par la CFDT, permettait le départ volontaire jusqu’à la fin mars, avant la phase de licenciements pure et dure. Les licenciements ont touché tous les postes d’exploitation, directement dans les restaurants, des plongeurs aux directeurs. Les fonctions support n’ont pas été impactées.

Des reclassements trop peu attrayants

Thierry Garrido, le délégué syndical central (DSC) CFDT d’Elior Entreprises, compte au total environ 350 départs volontaires et 900 licenciements. Les autres salariés concernés, eux, ont été reclassés en interne. « Le reclassement pouvait être possible dans d’autres entités d’Elior, comme Elrest [prestations dans le milieu scolaire et la santé], mais beaucoup de salariés n’ont pas voulu y aller car il faut travailler les week-ends et en coupure. Et Elrest n’a pas les mêmes avantages sociaux qu’Elior Entreprises », explique le délégué syndical central. D’autant que, dans la restauration scolaire, « il s’agit souvent de contrats intermittents : pendant les périodes de congés scolaires, les salariés ne sont pas payés », ajoute-t-il. Des facteurs de non-attractivité.

1. Direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités.

Du côté de chez Compass, le choix a été fait d’une rupture conventionnelle collective (RCC). « La direction ne souhaitait pas forcer les gens à partir. Avec les autres organisations syndicales – sauf une, qui voulait un PSE –, on s’est mis d’accord pour avoir une RCC », avec des avantages presque équivalents à ceux d’un plan de sauvegarde de l’emploi, selon Dominique Jardin, DSC CFDT, et Laurent Dubosc, délégué national. Validée par la Drieets1, la RCC est ouverte jusqu’au 30 novembre. L’entreprise espère 1 300 départs. Quant à Sodexo, un PSE visant la suppression de 2 083 emplois a été annoncé en octobre 2020 ; il concerne notamment la restauration et le siège. Il a été validé par les services du ministère du Travail en mars 2021.

Un besoin en compétences pas assez anticipé

La branche de la restauration collective comptait, avant la pandémie de Covid-19, 94 000 salariés. Au total, ce sont donc plus de 5 % des effectifs (4 800 emplois) qui ont été ou seront supprimés uniquement au sein de ces trois entreprises en un an. Et, déjà, il faut penser à l’après. « Beaucoup de boîtes se séparent de leurs prestataires, le télétravail persiste, il y a donc des couverts en moins à servir dans les entreprises », constatent Dominique Jardin et Laurent Dubosc.

Les licenciements compliquent aussi la vie de ceux qui restent. Le besoin en compétences n’a pas été anticipé. Résultat, aujourd’hui, « on a un problème de remplacement des départs et une impossibilité d’embaucher tant que la RCC est en cours », ajoutent-ils. Chez Elior aussi, certains postes laissés vacants à la suite de la vague de licenciements ont besoin d’être occupés de nouveau. Mais comme d’autres secteurs, la restauration collective est confrontée à un manque d’attractivité.

Trois premiers niveaux de rémunération sous le Smic

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Le dernier avenant à la convention collective nationale du personnel des entreprises de restauration de collectivités concernant les minima conventionnels date de février 2020. Déjà, à l’époque, les deux premiers niveaux de rémunération se trouvaient en dessous du Smic. Avec l’augmentation du salaire minimum prévu pour le 1er octobre, ce seront les trois premiers niveaux qui se trouveront en dessous du salaire minimum dans les prochains jours. Thierry Garrido, également négociateur de branche, indique que le problème de l’intermittence doit être traité, pour espérer attirer un peu plus les travailleurs qualifiés. La classification et ses emplois-repères, la prime annuelle, l’évolution des carrières… : les sujets de préoccupation sont nombreux, selon le DSC d’Elior, qui espère que vienne le temps de la reconnaissance pour ses collègues.