Résolution revendicative : “Il n’y a pas de progrès social sans démocratie vivante”

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icone Extrait de l'hebdo n°4019

Après l’interne, place à la résolution revendicative. Lydie Nicol et Fabien Guimbretière, secrétaires nationaux et corapporteurs de ce texte, ont présenté, le jeudi 25 juin, les grandes orientations revendicatives de la mandature 2026-2030.

Par Fabrice DedieuPublié le 26/06/2026 à 06h00

Lydie Nicol et Fabien Guimbretière, co-rapporteurs de la résolution revendicative
Lydie Nicol et Fabien Guimbretière, co-rapporteurs de la résolution revendicative©emmanuelle marchadour

C’est un texte d’une cinquantaine de pages qui définira l’action revendicative de la CFDT pour les quatre prochaines années. Quatorze mois après le lancement des travaux de rédaction – avec le concours des syndicats, qui l’ont largement amendé au printemps dernier –, la résolution revendicative a été soumise aux délégués. Le fil rouge en est la démocratie. Car « la démocratie est dans notre sigle, c’est évidemment l’une de nos valeurs cardinales », a expliqué à la tribune Fabien Guimbretière, corapporteur. C’est également une valeur en danger. « Partout dans le monde, les démocraties reculent. […] C’est pourquoi il nous semble important de rappeler notre attachement à la démocratie, si indispensable et si fragile, à la défense des droits fondamentaux et des acquis syndicaux. »

Revitaliser le dialogue social, agir pour plus d’égalité

Ponctuée par des témoignages de travailleurs et de militants, la présentation de la résolution s’est d’abord attardée sur les propositions liées au travail. Face à une rémunération du travail qui ne garantit pas toujours de pouvoir vivre dignement, il faut, selon Fabien Guimbretière, « une revitalisation du dialogue social de branche » et « une revalorisation systématique du salaire de tous les salariés maintenus au Smic pendant deux ans […] Dans le cas contraire, nous demandons la suppression des exonérations de cotisations patronales ».

Dans les fonctions publiques, « nous revendiquons […] des mesures générales d’augmentation pour les catégories A, B et C. Et, au-delà, il est essentiel d’obtenir une négociation annuelle obligatoire ». Par ailleurs, « nous agirons plus que jamais pour exiger l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes ».

En ce qui concerne le logement, qui constitue « l’une des préoccupations majeures des travailleurs […], nous proposons plusieurs mesures concrètes », a détaillé Lydie Nicol, telle celle d’élargir la participation des entreprises au financement du logement, de renforcer les dispositifs à destination des jeunes travailleurs et, surtout, de créer une structure similaire à Action Logement bénéficiant aux agents de la fonction publique.

La lutte contre la précarité est aussi un axe revendicatif fort. « Notre responsabilité est en effet d’opposer un modèle social fondé sur la sécurisation des parcours, l’égalité des droits et la dignité au travail », a martelé la corapporteure, qui a appelé à revendiquer la généralisation de la prime de précarité à l’ensemble des contrats, lutter contre l’usage abusif des contrats courts et des temps partiels contraints ou encore mieux encadrer le recours aux agents contractuels. La CFDT entend également agir pour une politique des jeunesses « à la hauteur de l’urgence », a souligné Lydie Nicol, et lutter contre la fausse indépendance.

Sur le front de l’emploi, « enjeu majeur de cette mandature », la CFDT a décidé de se montrer offensive. Les plans de licenciements résultent parfois de « choix stratégiques ou du comportement de donneurs d’ordre peu scrupuleux et peu soucieux de leurs sous-traitants, poussés à délocaliser leur activité ou à mettre la clé sous la porte », a précisé Fabien Guimbretière – « tout cela dans le but d’optimiser leur propre rentabilité au service de leurs actionnaires ! ». La CFDT revendique donc le remboursement des aides publiques aux entreprises qui délocalisent ou suppriment des emplois sans que cela soit justifié par des difficultés économiques avérées.

Construire les conditions du bien vivre au travail

La résolution revendicative veut construire les conditions du « bien vivre au travail ». Pour cela, selon Lydie Nicol, il s’agit de « mieux évaluer, prévenir et réduire les risques professionnels, améliorer les conditions de travail ». La CFDT table sur le développement du dialogue professionnel, le renforcement des moyens de contrôle, l’amélioration de la reconnaissance de la pénibilité et une meilleure prise en compte des risques psychosociaux et de la santé mentale au travail.

La CFDT souhaite aussi « donner du sens au travail » durant cette mandature. Transformer profondément le management, redonner aux travailleurs la maîtrise de leur temps et agir concrètement sur les conditions de travail sont les futures grandes arêtes de l’action revendicative sur ce sujet. Autres priorités : accompagner les transformations du travail, en relevant d’abord le défi de la transition écologique, qui devra être « juste et socialement responsable », a souligné Fabien Guimbretière. Mais, pour ce faire, « elle doit être acceptable ». Un débat sera consacré à la création d’une sixième branche de Sécurité sociale, en l’occurrence « conditions de vie et transition écologique ».

Le numérique est un autre enjeu important, avec le déploiement des systèmes d’intelligence artificielle. Selon Lydie Nicol, « la question n’est pas d’être pour ou contre l’intelligence artificielle mais plutôt de savoir quelle utilisation nous voulons en faire et comment nous définissons collectivement son usage ». Sur le front du dialogue social, les propositions du congrès de Lyon – à l’instar de la mise en place obligatoire des représentants de proximité, de l’instauration obligatoire des CSSCT1 au sein des entreprises de plus de 50 salariés ou encore de la valorisation des parcours des représentants du personnel – restent d’actualité.

Protéger l’État de droit, défendre les libertés

Les rapporteurs ont ensuite évoqué la deuxième partie de la résolution intitulée « Protéger notre démocratie et réinventer une société ouverte, plus juste, libre et engagée ». « Il n’y a pas de progrès social sans démocratie vivante, a prévenu Lydie Nicol. Or, partout, les libertés reculent, les inégalités se creusent, les discours autoritaires progressent. Face à cette fragilisation démocratique, nous devons agir ! » La CFDT se battra pour protéger l’État de droit, défendre les libertés et les droits fondamentaux, luttera contre toutes les formes de discriminations, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, la xénophobie. À la tribune, les rapporteurs ont répété l’opposition de la CFDT aux idées d’extrême droite. « Combattre ceux qui prônent la préférence nationale suppose de mobiliser et de former l’ensemble des militants. Le réseau des sentinelles de la démocratie, que nous vous proposons dans cette résolution, doit nous aider à décupler nos forces dans les entreprises comme dans les territoires », a annoncé Fabien Guimbretière.

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

La CFDT défendra une participation le plus large possible à la vie démocratique, avec notamment la possibilité donnée aux jeunes de 16 et 17 ans de voter aux diverses élections. « C’est cette démocratie plus vivante, plus participative et plus inclusive que nous voulons construire tous ensemble ! », ont conclu les rapporteurs. Place aux débats !