Rémunérations des PDG et des salariés : le très grand écart

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iconeExtrait de l’hebdo n°3873

Un rapport publié fin avril par l’ONG Oxfam vient rappeler, chiffres à l’appui, que la rémunération des P.-D.G. a augmenté bien plus rapidement que celle des salariés ces dix dernières années. Au point d’atteindre des écarts vertigineux.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 09/05/2023 à 12h00

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©Michel GAILLARD/REA

Entre 2011 et 2021, le partage des richesses en France a évolué, et ce ne sont pas les salariés qui en ont le plus profité. Dans son étude intitulée Inégalités salariales : aux grandes entreprises les gros écarts, Oxfam analyse la rémunération des dirigeants des grandes entreprises françaises et la redistribution de la valeur ajoutée. Premier enseignement : la part dédiée à la rémunération du travail dans la valeur ajoutée des 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse a baissé en dix ans, passant de 61 % à 51 %. En se limitant qu’aux entreprises du Cac 40, cette part est passée de 58 % à 48 %. En cause, selon Oxfam : les superprofits générés lors de la reprise économique qui ont été captés par les marchés financiers. Autrement dit, si la répartition de la valeur ajoutée n’avait pas évolué dans les 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse, cela représenterait un chèque moyen de 8 914 euros par salarié, soit au total 62 milliards d’euros, avance l’ONG.

Un salaire 1 484 fois supérieur à celui des salariés

Pendant ce temps, la rémunération des dirigeants s’est littéralement envolée. Toujours entre 2011 et 2021, les P.-D.G. des 100 plus grandes entreprises françaises ont connu une augmentation de leur salaire de 66 %, contre 21% pour les salariés. Et les fossés se sont creusés : l’écart de rémunération entre le salaire moyen et le salaire des dirigeants est passé de 64 à 97. Autrement dit, ces derniers touchent en 2021 un salaire 97 fois supérieur au salaire moyen de l’entreprise. Et dans les entreprises du Cac 40, c’est encore pire : l’écart est passé de 93 à 163. Ces chiffres sont des moyennes car certaines entreprises surperforment dans ce domaine. Chez Téléperformance, une entreprise de centres d’appels, le P.-D.G.  gagne 1 484 fois plus que le ou la salarié-e moyenne de l’entreprise. Du côté du constructeur automobile Stellantis (réunion des groupes Peugeot-Citroën et Fiat-Chrysler), l’écart entre la rémunération du P.-D.G. et le salaire moyen est de 1 139. « Le dirigeant de Stellantis gagne en 3h22 l’équivalent du salaire annuel moyen dans son entreprise », précise le document d’Oxfam. Enfin, à la troisième place de ce podium, on retrouve l’éditeur de logiciel Dassault Systèmes, dont le P.-D.G. gagne 385 fois plus que le salarié moyen.

Plafonnement de la rémunération des dirigeants

Oxfam pointe aussi les problèmes liés à la structure des rémunérations des dirigeants. Celles-ci sont bien souvent composées d’une partie liée à des objectifs financiers, « incitant ainsi les dirigeants à privilégier l’intérêt financier à court terme des actionnaires plutôt que l’intérêt de long terme de l’entreprise et de l’ensemble de ses parties prenantes, en premier les salariés. » L’ONG tient quand même à signaler les bonnes pratiques de certaines entreprises. Par exemple, chez EDF, l’écart entre la rémunération du P.-D.G. et celle des salariés est passé de 23 en 2011 à 5,35 en 2021. « Cela n’est en réalité pas surprenant car les entreprises publiques, dont l’État est actionnaire majoritaire, sont soumises à l’obligation de plafonner la rémunération de leur dirigeant à hauteur de 450 000 euros depuis un décret de 2012 », peut-on lire dans l’étude. Une mesure facilement détournée en dissociant les postes, ce qui permet de maintenir des rémunérations élevées.

Le think tank britannique High Pay Centre a d’ailleurs créé un indicateur nommé « High Pay Day » : c’est la date à laquelle les P.-D.G. ont gagné autant que la rémunération moyenne annuelle des salariés. En France, en 2022, il ne fallait que six jours pour qu’un P.-D.G. moyen touche autant qu’un salarié moyen en un an. Le High Pay Day 2022 était donc le 6 janvier à 11h35.

Hautes rémunérations et genre

S’il y a des écarts entre les hauts et les bas salaires, il y a aussi des écarts entre les hommes et les femmes dirigeants d’entreprises. L’étude d’Oxfam pointe que les femmes dirigeantes gagnent en moyenne 3,1 millions d’euros. C’est 36 % de moins que les hommes (4,9 millions d’euros). Parmi les 120 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse, on compte six femmes P.-D.G., sept directrices générales et huit présidentes de conseil d’administration.