Ramener la coupe à la raison

iconeExtrait de l’hebdo n°3850

Par Yvan Ricordeau— Publié le 22/11/2022 à 13h00 et mis à jour le 22/11/2022 à 15h18

Yvan Ricordeau, secrétaire national
Yvan Ricordeau, secrétaire national© Cyril Entzmann

Rarement un événement sportif n’aura fait autant polémique. Alors qu’a débuté la Coupe du monde de football, la ferveur habituelle a un goût amer. Non que l’histoire du sport manque de rendez-vous controversés : souvenons-nous de la Coupe du monde en Argentine, en 1978, des débats sur les droits humains aux Jeux olympiques d’été de Pékin en 2008 ou sur l’environnement aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014… Non, si ce Mondial tient une place à part, c’est peut-être parce que la compétition organisée par Doha synthétise à elle seule tous les maux qui nous conduisent au désastre social et écologique.

Désastre social, d’abord, tant la construction des infrastructures nécessaires à sa tenue relève d’une prouesse permise par près de deux millions de travailleurs migrants, présents depuis l’attribution de la Coupe (en 2010) dans un pays où le droit du travail n’a pas de place. Désastre écologique, ensuite, tant ces stades climatisés dans un pays désertique et le pont aérien permettant d’acheminer les supporteurs depuis Dubai sont une aberration, à rebours de l’urgence climatique que nous vivons. Désastre éthique, enfin, tant les droits fondamentaux quotidiennement bafoués des personnes (et plus particulièrement des femmes et des minorités) sont en totale contradiction avec les valeurs proclamées par le syndicalisme international.

Lors des prochaines attributions et tenues d’événements sportifs, puissions-nous ne pas oublier le goût amer que laisse cette Coupe du monde à tous les amoureux du foot comme aux défenseurs des droits de l’Homme. Il est de la responsabilité des syndicats de se battre pour que les projecteurs se braquent au moins autant sur la situation que vivent des milliers de travailleurs que sur un ballon rond envoyé dans les buts. Cette responsabilité, nous l’avions portée dès 2010 avec la Confédération syndicale internationale alors qu’affluaient, déjà, les premiers témoignages de violation des droits des travailleurs au Qatar. Nous n’aurons de cesse de la porter à l’avenir, avec la même détermination.