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Professionnelles essentielles… et militantes !

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iconeExtrait de l’hebdo n°3834

À Rouen et dans sa banlieue, les aides à domicile de l’agence Aide maintien accompagnement des personnes âgées (Amapa) rejoignent massivement la CFDT. Une satisfaction pour la section qui se bat entre autres pour faire respecter les conditions de travail des auxiliaires de vie.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 28/06/2022 à 12h00

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215 % de progression. Un tel taux laisse songeur, mais c’est bel et bien celui qui correspond à l’évolution des effectifs de la section de l’Amapa Rouen Harfleur, une agence d’aide à domicile de 790 personnes appartenant au groupe Avec1. Entre la fin de 2020 et juin 2022, 53 nouvelles personnes ont rejoint la section… qui est passée de 19 à 72 adhérentes. Cette superbe croissance n’est évidemment pas passée inaperçue puisque la section CFDT de l’Amapa a été récompensée dans le cadre du « Grand Boost » 2021 (catégorie « campagne originale »).

Une équipe CFDT joignable tout le temps

Lorsqu’on leur demande la recette de leur succès, Sabrina Bailleul, auxiliaire de vie et déléguée syndicale CFDT, et Magali Carvalho-Gruel, auxiliaire de vie et adhérente CFDT depuis 1999, hésitent puis répondent modestement : « Les adhésions se font naturellement. Elles sont liées à l’ampleur des problèmes dans l’entreprise. Plus il y en a, plus les salariées se sentent concernées, plus elles se mobilisent. » D’accord, mais est-ce tout ? Là encore, le secret semble bien gardé. « Nous n’y sommes pour rien », insiste Sabrina. « On fait de notre mieux », complète Magali. « Nous sommes tout le temps joignables. » Il n’est pas rare que le premier coup de téléphone ou le premier échange SMS avec les collègues ait lieu avant 7 heures et que le dernier se produise aux alentours de 22 heures « On s’adapte aux emplois du temps, agendas et disponibilités de chacune ! »

Par nature, ceux-ci sont évolutifs, dépendant du nombre de déplacements journaliers à effectuer, des temps de trajet… Ces obligations professionnelles se conjuguent d’ailleurs aux contraintes personnelles des auxiliaires de vie. Les horaires décalés et les emplois du temps morcelés font qu’il n’est pas simple pour les auxiliaires de vie de se voir ou même de se croiser. L’équipe dénonce d’ailleurs des modifications incessantes et/ou de dernière minute des emplois du temps des auxiliaires de vie sans aucune concertation… et sans en informer les usagers. « Ils attendent par exemple un rendez-vous le mardi qui arrive le jeudi ! », explique Sabrina.

Portable et groupe WhatsApp, des outils de proximité

Ces changements inopinés impactent la vie personnelle des salariées. Quid de la prise en charge des enfants à l’école, des coûts de garde des enfants ? « Ça n’est pas une question qui se pose du côté de notre direction », regrette Sabrina. Dans ces conditions, il n’est pas évident de faire vivre un collectif syndical. Portant, cette problématique, les deux militantes l’ont résolue : le téléphone mobile et les groupes WhatsApp sont devenus pour elles les alliés indispensables de la proximité, au cœur des pratiques syndicales de la section. En petits groupes, elles multiplient les rencontres, sur le parking d’un hypermarché, d’un restaurant, etc.

Sabrina a également fait de son domicile un lieu de réunion avec les adhérentes de la section. Et dès qu’une occasion de rencontre physique se présente, les militantes ne la manquent pas. Tous les mois, elle se rend à la réunion « remise de feuille de paye » (à laquelle chaque auxiliaire de vie est conviée) – même s’il arrive parfois que l’on « oublie » de l’informer de la tenue de ces réunions… L’équipe a ainsi le loisir de se présenter, parler des droits, s’assurer que les bulletins sont correctement remplis ou encore d’échanger sur la convention collective.

C’est aussi l’occasion de rencontrer les nouvelles arrivées. « On manque de personnels, d’autant que nous connaissons un énorme taux de rotation du personnel, constate Magali. Beaucoup sont dégoûtées. » Le mot est faible. En témoigne l’initiative de la section qui veut que soit connu le mal-être des salariées par le département (le financeur), l’Agence régionale de santé et l’inspection du travail. L’équipe réunit des témoignages écrits de salariées dénonçant leurs conditions de travail : non-respect des temps de pause, non-rémunération de certains temps de déplacement, travail auprès de publics spécifiques sans la formation adéquate, donc avec les risques que cela comporte pour les usagers et les salariées… Et puis il y a la peur d’être mal vue. « C’est dur de refuser ou de dire que l’on n’est pas d’accord, confie une adhérente, épuisée, qui envisage de quitter le secteur. Je ne veux pas mettre ma santé en péril. Tout ça pour quoi ? »

La volonté de faire appliquer l’avenant 43

L’application de l’avenant 43 est aussi l’un des autres combats de la section. Rappelons que celui-ci prévoit, depuis le 1er octobre 2021, une revalorisation salariale allant jusqu’à + 15 % et la revalorisation des grilles. « Nous constatons un ras-le-bol généralisé, explique Magali. Notre boulot est pourtant essentiel. On demande à être respectées, et que nos droits le soient aussi. » La section déplore que le versement de prime Covid ait manqué de transparence. « Beaucoup de salariées ont eu moins que ce qu’elles étaient censées obtenir », regrette Magali. Absence de transparence, mauvaise circulation des informations, peu d’écoute, décisions injustes… : autant de motifs du mal-être des salariées. « Nous souhaitons simplement qu’un réel dialogue social soit possible ! », résume Sabrina.