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Extrait de l'hebdo n°4033
Prendre soin des agents et donner du sens à leur mission de service public : c’est le cœur de l’action syndicale des militants CFDT du Centre hospitalier universitaire de Rouen.

Avec quelque 2 400 lits et places, le CHU de Rouen est le plus important établissement hospitalo-universitaire de Normandie. « Le plus grand, oui, mais en sous-effectif chronique ! Le CHU compte environ 10 000 agents dans cinq sites mais tourne avec 10 à 15 % de personnel manquant toute l’année », précise d’emblée Frédéric Louis, le secrétaire de la section CFDT, organisation majoritaire avec 32 % des voix (devant la CGT, l’Unsa, FO, la CFTC et Sud). En effet, l’hôpital rouennais n’échappe pas à la conjoncture : absentéisme, restrictions budgétaires et externalisations… « On supprime des ASH1, des informaticiens. Le recours aux prestataires devient la tendance. Des salariés du privé entrent désormais dans les chambres. Ce n’est pas ma conception du service public. »
Des tournées une fois par semaine…
Ce n’est pas non plus celle des militants qui ont rejoint la section CFDT afin de défendre leurs collègues et leurs métiers. Selon Martine (adjointe administrative), Franck (infirmier), Bouchra (aide-soignante), Mélodie (agente de service hospitalier) et Antonin (infirmier), « prendre soin des agents, c’est les aider à travailler dans de meilleures conditions ; c’est aussi une manière de prendre soin des patients. S’ils sont mieux pris en charge, tant mieux, c’est cohérent avec notre mission ».
La section s’est organisée pour être davantage présente sur le terrain, même la nuit. Frédéric détaille le planning : une fois par semaine, la CFDT visite chacun des cinq sites ; chaque vendredi soir, un binôme va à la rencontre des équipes de nuit et, le lundi matin, il y a une réunion de toute l’équipe (en présentiel) pour débriefer. « Nous tenons énormément à cette réunion du lundi matin afin de pouvoir discuter des situations que nous avons observées et lister les actions à mener. Nous avons besoin de ce temps, tous ensemble », précise-t-il.
… En plus des instances
À cela s’ajoute, tous les quinze jours, la participation à un groupe de travail paritaire avec la DRH, des directeurs d’unité de soins, éventuellement d’autres organisations syndicales (« lorsqu’elles viennent »). Ces réunions permettent de résoudre un grand nombre de problèmes en amont des instances. « Parce que ce n’est pas lors des instances que l’on peut expliquer qu’il faudrait une ASH ici, un mi-temps infirmière là… Certains problèmes peuvent se régler avant d’autres discussions plus institutionnelles, surtout quand l’ordre du jour est très chargé. »
Si la section reconnaît que la direction du CHU de Rouen joue le jeu du dialogue social, elle sait aussi que le manque de moyens vient sans cesse percuter ses revendications syndicales. Certaines propositions aboutissent pourtant, comme cet accord local relatif à la création et au fonctionnement d’une unité centralisée de remplacement (UCR) – plateforme permettant de mobiliser rapidement un agent sur un poste manquant.
De même, il y a quelques mois, Frédéric a travaillé avec le collectif « cadres de santé » du CHU afin de faire remonter leurs préoccupations auprès de la direction. À la suite de ce travail, il a demandé à participer, en sa qualité de secrétaire du CSE, au comité de pilotage consacré aux cadres : « Il me semble essentiel que les représentants du personnel soient associés aux décisions qui les concernent. Quelles que soient nos fonctions ou nos niveaux de responsabilités, nous sommes tous des agents du CHU. Les cadres sont parfois oubliés dans le dialogue social alors qu’eux aussi sont en souffrance. Une absence, un problème familial ou souci de plomberie ? Ils doivent tout gérer et passent leur temps à s’occuper des plannings afin de pallier des absences. »
“Groupe de résilience climatique”
Enfin, la direction a mis en place un « groupe de résilience climatique » avec les organisations syndicales. « Tout l’été, nous avons alerté et nous avons tenu un point hebdomadaire, au minimum, avec la direction », se souvient Frédéric. L’hôpital n’est pas climatisé, pas même les nouveaux bâtiments, dans un souci de sobriété énergétique. S’ils ont pu obtenir 96 climatiseurs destinés aux espaces les plus critiques (le gouvernement en a commandé 30 000 en juin 2026 pour rafraîchir les établissements de santé), on ne peut oublier les couvertures de survie sur les fenêtres, la température insoutenable à l’intérieur de la blanchisserie (elle traite 20 tonnes de linge par jour) ou la cuisine (qui livre 10 000 repas quotidiens), le garage du Samu aménagé pour rafraîchir au jet d’eau les patients se trouvant en hyperthermie lors de la plus forte canicule… « On nous redira qu’il n’y a pas de budget mais il faut surtout se préparer à ne pas revivre ça. Alors on saisit chaque opportunité de négociation. Nous préférons trouver des voies de passage plutôt que tout bloquer. »
8 000 professions de foi seront remises en main propre
Pendant ces semaines difficiles, les militants CFDT ont été les seuls à se rendre sur le terrain malgré la chaleur. « Nous avons fait évoluer l’image du syndicalisme. Les agents voient que nous venons en vue d’observer et de comprendre leurs situations de travail. Et tous viennent nous parler, quel que soit leur grade. Il y a eu beaucoup d’adhésions pendant cette période ! » À propos de la campagne électorale (relative aux élections fonctions publiques de décembre 2026) qui commence, ils peuvent donc déclarer unanimement : « Nous sommes tout le temps en campagne… Personne ne pourra dire que nous nous montrons aujourd’hui parce qu’il y a des élections. Ici, nous ne sommes pas “les syndicats”, nous sommes la CFDT, et ça change tout ! » Dans le local syndical, 8 000 professions de foi attendent sous enveloppes. Elles seront distribuées de la main à la main. « Cela va mobiliser les militantes et les militants de la section pendant deux semaines, mais il n’y a que la proximité qui marche », insiste Frédéric Louis.