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Pocheco Laboratoire de la transition

Entrée de l’usine Pocheco, dirigée par Emmanuel Druon depuis 1997.
Entrée de l’usine Pocheco, dirigée par Emmanuel Druon depuis 1997.© Joseph Melin

iconeExtrait du magazine n°488

Bien avant que la sobriété ne devienne une sorte de mantra, Pocheco (entreprise de fabrication d’enveloppes de 86 salariés, située près de Lille) en a fait son principe premier. Cela fait vingt-cinq ans que son directeur, Emmanuel Druon, s’attache à mettre en œuvre des manières plus vertueuses de produire, s’élevant contre le « dogme dominant » qui s’appuie sur la théorie de Schumpeter de la destruction créatrice et sur le court-termisme. « Les ressources s’épuisent, les déchets s’accumulent et le climat se réchauffe dangereusement. Il est temps de prôner d’autres méthodes, respectueuses du vivant, pour entreprendre sans détruire », martèle ce dirigeant militant qui a développé le concept d’« écolonomie » pour réconcilier l’économie et l’écologie. 

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 02/12/2022 à 10h00

L’usine Pocheco, située en lisière de la réserve naturelle régionale du Héron, dans les Hauts-de-France, est ainsi devenue un véritable laboratoire d’initiatives écologiques. Tout a été repensé, de l’ensemble des process de fabrication aux matières premières utilisées en passant par l’installation de panneaux solaires, de toitures végétalisées, d’un système de récupération des eaux de pluie, de la mise en place d’un « couloir de la biodiversité » ou d’un espace dédié à la permaculture, pour en faire une entreprise vertueuse à tous points de vue. Visite d’un modèle de sobriété heureuse. 

À côté de son activité de production d’enveloppes, Pocheco développe une activité de conseil (le bureau de conseil en transition écologique Ouvert), pour aider des entreprises et des collectivités qui souhaitent amorcer leur transition écologique et énergétique. Ouvert compte 350 clients.
À côté de son activité de production d’enveloppes, Pocheco développe une activité de conseil (le bureau de conseil en transition écologique Ouvert), pour aider des entreprises et des collectivités qui souhaitent amorcer leur transition écologique et énergétique. Ouvert compte 350 clients. © Joseph Melin
Bambouseraie plantée en 2011. Le système racinaire des bambous permet de filtrer les eaux souillées de l’usine (eaux non toxiques puisque l’entreprise n’utilise plus aucun solvant ni produit chimique dans ses encres) et s’en nourrit pour faire les tiges et les feuilles. « Avant, un camion-citerne de 33 m3 passait tous les mois et partait, avec les boues, alimenter une cimenterie », note Emmanuel Druon.
Bambouseraie plantée en 2011. Le système racinaire des bambous permet de filtrer les eaux souillées de l’usine (eaux non toxiques puisque l’entreprise n’utilise plus aucun solvant ni produit chimique dans ses encres) et s’en nourrit pour faire les tiges et les feuilles. « Avant, un camion-citerne de 33 m3 passait tous les mois et partait, avec les boues, alimenter une cimenterie », note Emmanuel Druon.© Joseph Melin
L’extérieur de l’usine a été entièrement recouvert d’un bardage en mélèze d’Auvergne, en lieu et place de l’ancienne tôle ondulée.
L’extérieur de l’usine a été entièrement recouvert d’un bardage en mélèze d’Auvergne, en lieu et place de l’ancienne tôle ondulée. © Joseph Melin
Expérimentation de dépollution des sols contaminés par des métaux lourds (lors de précédentes activités) par des plantes « hyperaccumulatrices ». Cette technique de l’agromine (procédé de culture) permet en outre de récolter et recycler des terres rares.
Expérimentation de dépollution des sols contaminés par des métaux lourds (lors de précédentes activités) par des plantes « hyperaccumulatrices ». Cette technique de l’agromine (procédé de culture) permet en outre de récolter et recycler des terres rares.© Joseph Melin
Panneaux solaires adaptés à la luminosité du Nord. L’usine produit ainsi 45 % de ses besoins en électricité. Sur 8 000 m2 de toiture, 5 000 m2 ont été végétalisés, ce qui permet de climatiser les ateliers de manière naturelle et de récupérer l’eau de pluie. Cette dernière est utilisée pour le lavage des machines, des sols ou pour les toilettes…
Panneaux solaires adaptés à la luminosité du Nord. L’usine produit ainsi 45 % de ses besoins en électricité. Sur 8 000 m2 de toiture, 5 000 m2 ont été végétalisés, ce qui permet de climatiser les ateliers de manière naturelle et de récupérer l’eau de pluie. Cette dernière est utilisée pour le lavage des machines, des sols ou pour les toilettes…© Joseph Melin
Zone de permaculture. Quatre salariés et un apprenti s’occupent de cette parcelle de 1,3 hectare qui produit légumes, fruits et fleurs comestibles. Cet espace sert aussi de lieu de formation, y compris pour des salariés de Pocheco qui souhaitent préparer une reconversion.
Zone de permaculture. Quatre salariés et un apprenti s’occupent de cette parcelle de 1,3 hectare qui produit légumes, fruits et fleurs comestibles. Cet espace sert aussi de lieu de formation, y compris pour des salariés de Pocheco qui souhaitent préparer une reconversion.© Joseph Melin
De g. à dr.) Yazid Boussellaoui, Kevin Franco, Emmanuel Druon et Élodie Bia, membres du comité de pilotage de l’entreprise.
De g. à dr.) Yazid Boussellaoui, Kevin Franco, Emmanuel Druon et Élodie Bia, membres du comité de pilotage de l’entreprise. © Joseph Melin
L’usine, qui tourne en trois-huit, emploie 86 salariés dont 50 en production. « Chacun de nos investissements est guidé par la volonté de réduire la pénibilité et la dangerosité des postes, faire baisser notre impact sur l’environnement et gagner en productivité pour rester dans la course », résume Emmanuel Druon. À chaque produit utilisé est appliquée une analyse précise de son cycle de vie (qui permet de connaître très précisément son impact écologique global, depuis l’extraction des matières ayant servi à sa conception jusqu’à sa fin de vie). « Chez nous, il n’y a pas de service R&D. Tout le monde est invité à proposer et participer », note Emmanuel Druon. « Chercher, trouver, changer » guide l’action de tous.
L’usine, qui tourne en trois-huit, emploie 86 salariés dont 50 en production. « Chacun de nos investissements est guidé par la volonté de réduire la pénibilité et la dangerosité des postes, faire baisser notre impact sur l’environnement et gagner en productivité pour rester dans la course », résume Emmanuel Druon. À chaque produit utilisé est appliquée une analyse précise de son cycle de vie (qui permet de connaître très précisément son impact écologique global, depuis l’extraction des matières ayant servi à sa conception jusqu’à sa fin de vie). « Chez nous, il n’y a pas de service R&D. Tout le monde est invité à proposer et participer », note Emmanuel Druon. « Chercher, trouver, changer » guide l’action de tous.© Joseph Melin
L’usine produit 2 milliards d’enveloppes par an. Le papier est acheté auprès d’un fournisseur finlandais qui gère ses forêts de manière responsable et « replante de quatre à dix arbres pour un arbre coupé ».
L’usine produit 2 milliards d’enveloppes par an. Le papier est acheté auprès d’un fournisseur finlandais qui gère ses forêts de manière responsable et « replante de quatre à dix arbres pour un arbre coupé ».© Joseph Melin
Les fenêtres des enveloppes en plastique ont été remplacées par des fenêtres en papier. Ce qui permet accessoirement d’utiliser un procédé de collage plus simple et plus sobre.
Les fenêtres des enveloppes en plastique ont été remplacées par des fenêtres en papier. Ce qui permet accessoirement d’utiliser un procédé de collage plus simple et plus sobre.© Joseph Melin
Les machines d’où sortent les enveloppes produisent énormément de chaleur, du fait de leur système de pompes à vide. Cette chaleur, qui auparavant partait dans la nature, est désormais récupérée pour chauffer les bureaux (avec un complément assuré par une chaudière utilisant les palettes recyclées). Chez Pocheco, rien ne se perd, tout se transforme !
Les machines d’où sortent les enveloppes produisent énormément de chaleur, du fait de leur système de pompes à vide. Cette chaleur, qui auparavant partait dans la nature, est désormais récupérée pour chauffer les bureaux (avec un complément assuré par une chaudière utilisant les palettes recyclées). Chez Pocheco, rien ne se perd, tout se transforme !© Joseph Melin
Saïd N’Daho, responsable de l’atelier menuiserie. La confection des caisses pour le transport des enveloppes et nombreux autres travaux sont désormais réalisés en interne.
Saïd N’Daho, responsable de l’atelier menuiserie. La confection des caisses pour le transport des enveloppes et nombreux autres travaux sont désormais réalisés en interne.© Joseph Melin
Visites de lycéens. L’entreprise fait beaucoup de pédagogie autour de ses méthodes et des principes de l’écolonomie. Elle souhaite être un lieu d’inspiration pour d’autres en organisant visites, webinaires, conférences, formations…
Visites de lycéens. L’entreprise fait beaucoup de pédagogie autour de ses méthodes et des principes de l’écolonomie. Elle souhaite être un lieu d’inspiration pour d’autres en organisant visites, webinaires, conférences, formations…© Joseph Melin