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Pénurie d’enseignants : le “job dating” ne suffira pas

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iconeExtrait de l’hebdo n°3834

À la fin mai, les premiers chiffres des admissibles sont tombés… et ils sont catastrophiques, tant pour le premier degré que pour le second. Alors que le rectorat de Versailles a lancé des “job datings”, la section Sgen-CFDT de l’académie de Versailles estime que le recrutement de 1 300 enseignants contractuels ne saurait constituer une solution pérenne pour l’Éducation nationale.

Par Pauline Bandelier— Publié le 28/06/2022 à 12h00

Claire Bonhomme, Sylvie Coquille et Jean-Yves Bernard sont membres de la section du Sgen-CFDT de l’académie de Versailles.
Claire Bonhomme, Sylvie Coquille et Jean-Yves Bernard sont membres de la section du Sgen-CFDT de l’académie de Versailles.© Syndheb

« Lorsque j’ai vu ces chiffres, j’ai d’abord pensé qu’un “1” avait été oublié ! », s’exclame Claire Bonhomme, secrétaire générale académique du Sgen-CFDT de Versailles et professeur d’histoire-géographie dans l’Essonne, lorsqu’elle évoque les 484 admissibles pour 1 430 postes dans le premier degré. Et dans le second degré, plusieurs disciplines comme les mathématiques, l’allemand ou l’écogestion comptent largement moins de candidats que de postes offerts.

Cet élément conjoncturel ne fait qu’aggraver le déficit structurel d’attractivité des professions de l’Éducation nationale, estime le Sgen de l’académie de Versailles, qui constate que les candidatures sont en baisse continue depuis plusieurs années. « Nous sortons déjà d’une année où les enseignants absents ne sont pas remplacés ou peu, tant dans le premier degré que dans le second ; certains élèves n’ont pas eu cours pendant plusieurs mois », pointe Claire Bonhomme. Ainsi, aux Mureaux (Yvelines), des élèves de terminale confrontés à une succession de contractuels qui ont démissionné les uns après les autres sont tombés au bac sur une épreuve de spécialité qu’ils n’avaient pas étudiés !

Des “job datings” pour recruter dans l’urgence

Dans ce contexte, les quatre journées de recrutement massif de contractuels sous forme de job datings1 à la fin mai par le rectorat de Versailles (après celui de Toulouse, en mars dernier) ne sauraient représenter une solution pérenne, rappelle Jean-Yves Bernard, directeur d’école maternelle à Courbevoie (Hauts-de-Seine) et mandaté CTSD2 « Cette année, pour le premier degré, nous avons recruté 300 contractuels, certains à bac + 2, qui n’ont reçu qu’une journée de formation. S’il faut faire appel à 600 ou 700 contractuels à la rentrée ainsi qu’à 600 professeurs en collèges et lycées, nous n’aurons pas les conseillers pédagogiques suffisants pour les former a minima. Ce sont les élèves qui vont en pâtir ! », s’inquiète-t-il.

Des enseignants paupérisés

Inévitablement, se pose la question de l’attractivité. Comment redonner de l’attrait à un métier qui n’a cessé d’en perdre depuis quarante ans ? Dans une lettre ouverte datée du 2 juin, le Sgen-CFDT de l’académie de Versailles a interpellé les candidats aux législatives dans les circonscriptions de l’Essonne, des Hauts-de-Seine, du Val-d’Oise et des Yvelines, notamment sur la faiblesse des salaires. La situation est particulièrement tendue en Île-de-France, où les loyers sont plus élevés qu’ailleurs. À bac + 5, les enseignants entament leur carrière à 1 490 euros net, soit 1,15 fois le Smic, contre 2,2 fois le Smic dans les années 80. L’indemnité de résidence prévue en Île-de-France afin de compenser la cherté des loyers ne représente que 3 % du salaire, soit moins de 45 euros par mois pour un enseignant débutant.

Certes, le Grenelle de l’éducation a apporté quelques améliorations – notamment une prime d’équipement informatique de 150 euros et des augmentations de salaire pour les premiers échelons. Mais face à un point d’indice des fonctionnaires n’ayant pas été revalorisé depuis 2010, « on reste loin du compte », souligne Claire Bonhomme, qui déplore une paupérisation des salariés de l’Éducation nationale en Île-de-France. Ils sont d’ailleurs plusieurs à toucher la prime d’activité pour compenser la faiblesse de leur salaire.

Explosion des démissions et ruptures conventionnelles

La faible attractivité de la région n’est pas sans conséquences : la première d’entre elles, et la plus préoccupante, est sans doute l’explosion des démissions et des ruptures conventionnelles. « En tant que responsables syndicaux, nous n’avions jamais été autant sollicités à ce sujet. Dans le même temps, nous n’avions jamais autant vu de reconversions vers l’enseignement, avec parfois des déceptions à la clé, face à un management qui reste très vertical », pointe Jean-Yves Bernard. Dans ce contexte, les déclarations de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, comme la proposition faite aux professeurs par le Président de travailler plus pour gagner plus, a du mal à passer : « Des études commanditées par le ministère lui-même indiquent qu’en moyenne les enseignants travaillent entre 41 à 43 heures par semaine, avec beaucoup de collègues qui absorbent des heures supplémentaires, rappelle Claire Bonhomme. La plupart des collègues sont déjà au maximum de ce qu’ils peuvent faire. »