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La CFDT n’a aujourd’hui aucun élu à la mairie de Marseille… mais cela ne devrait pas durer. Des militants dynamiques comptent combler cette lacune lors des prochaines élections dans la fonction publique, en décembre. Toute l’organisation est derrière eux pour relever ce défi.

Dans la deuxième ville de France, on a coutume de dire qu’après la Seconde Guerre mondiale les politiques ont donné le port à la CGT et la mairie à FO. La CFDT n’avait donc pas sa place. Cette espèce de « Yalta syndical » est moins caricatural aujourd’hui mais il perdure. Car, de fait, si la ville de Marseille compte 17 000 agents, aucun ne peut compter sur un élu CFDT. Et si, à la mairie, le poids de FO diminue élection après élection, cette organisation syndicale reste largement au-dessus des 50 % de représentativité. Pour la CFDT, s’implanter à la mairie semble toujours mission quasi impossible… Pourtant, le vent pourrait tourner à la fin de cette année. À quelques mois des élections professionnelles dans la fonction publique, tous les signaux passent au vert.
L’envie de passer à autre chose
« À la mairie, il y a bien entendu FO, mais aussi la CFTC alliée à la CGC, la CGT, la FSU et l’Unsa. Ce n’est vraiment pas évident de s’y faire une place, même si je suis persuadé qu’une partie des agents attendent un syndicalisme CFDT, à la fois intraitable sur ses valeurs et ouvert à la discussion », résume Christophe Martin Chalamel, cosecrétaire de la section CFDT de la ville. Ce militant déterminé est décidé à briser le plafond de verre en 2026. Lors des dernières élections professionnelles, en 2022, il n’y était pas parvenu, mais il n’a rien lâché. Cette fois-ci, le travail de terrain pourrait bien aboutir. « On sent que les agents ont envie de passer à autre chose. »
Vu l’importance de la mission (s’implanter à Marseille changerait fondamentalement le poids de la CFDT à l’échelon local), Christophe veut et peut s’appuyer sur toute la CFDT. Après l’échec de 2022, un accompagnement spécifique a été mis en place. « En 2022, l’objectif était déjà d’obtenir un élu mais nous ne nous en étions pas réellement donné les moyens. Tout le monde a pris conscience qu’il fallait faire davantage ! »
La Confédération, la fédération, l’union régionale interprofessionnelle (URI) et le syndicat se sont donc mis d’accord pour travailler ensemble afin de dégager du temps et des financements ; à cet ensemble est venue se greffer l’Union départementale des Bouches-du-Rhône, à travers son soutien logistique et matériel. La CFDT Auvergne-Rhône-Alpes elle-même a été mise à contribution. Chargée de mission ARC1 et responsable développement à l’URI et au Syndicat Santé-Sociaux Drôme Ardèche, Valérie Richaud Riffard a en effet été désignée pour accompagner la section de Marseille. Un rôle passionnant mais particulièrement délicat.
La section Interco la plus importante du département
« J’étais un petit bout de femme qui n’était ni de la région ni de la fonction publique territoriale, résume avec humour cette militante aguerrie. Pourtant, le courant est passé. J’ai pu les aider à structurer la section et à définir les objectifs à atteindre. Aujourd’hui, les résultats sont au rendez-vous. » Bien que rien ne soit encore vraiment gagné, certains signes ne trompent pas. La section a multiplié le nombre de ses adhérents par cinq… et elle est devenue l’une des sections Interco les plus étoffées du département. Parmi lesdits adhérents, des dizaines d’entre eux sont considérés comme des délégués de proximité ; de quoi aller à la rencontre de tous les agents. C’est ainsi que, le 6 mars dernier, ils ont distribué 3 000 savons de Marseille estampillés CFDT qui parfument les tiroirs de bureau… Ce petit geste a été particulièrement apprécié et a permis d’engager la conversation.

« Notre stratégie consiste à proposer aux agents d’adhérer en leur donnant la possibilité d’être tout de suite le porte-parole de leurs collègues s’ils le souhaitent. L’idée est d’être présents et pertinents dans tous les secteurs de la mairie », explique Steeve Lorenzo, cosecrétaire de la section. Avec Christophe, ils forment un duo de choc parvenu à créer une nouvelle dynamique, ces dernières années. Aujourd’hui, ils ont réussi à « recruter » des collègues dans presque tous les secteurs : écoles, crèches, piscines, médecine interne… « Même si nous ne sommes pas encore dans les instances, nous communiquons beaucoup, et les agents savent qu’ils peuvent nous poser des questions sur leurs droits. »
À fond la formation syndicale !
Le volet « syndicalisme de services » fait partie des attentes des agents, d’où l’importance de compter sur de plus en plus d’adhérents capables de prendre leur part. « Notre chance, justement, c’est de pouvoir dire aux agents qu’en nous rejoignant ils ont l’opportunité de construire un syndicalisme qui leur ressemble. Tout est à faire, et notre porte est grande ouverte ! », résume Steeve.
Inutile de dire que ce développement hors norme s’accompagne nécessairement de beaucoup de formation syndicale afin que tout le monde soit en accord avec les valeurs défendues par la CFDT. Une militante de la section est d’ailleurs chargée de s’assurer que toute nouvelle personne qui souhaite s’investir bénéficie très vite d’un parcours de formation à la hauteur. Ainsi, Valérie, la militante rhônalpine qui accompagne la section, n’hésite pas à changer de casquette pour animer des formations, si le besoin s’en fait sentir. Là encore, face à l’enjeu, tout le monde accepte de voir ses habitudes un peu bousculées.
Des coups de main motivants
« Il est aussi très important que les agents qui viennent de nous rejoindre voient que toute la CFDT est derrière eux, insiste Christophe. Une personne de la Confédération, de la fédération ou de la région qui vient donner un coup de main à l’occasion d’un tractage, alors qu’elle ne travaille pas à la mairie de Marseille, renforce la motivation de tous. D’ailleurs, nous attendons avec impatience la visite de Marylise Léon en fin d’année ! »
Cette coopération entre toutes les structures est aujourd’hui suivie attentivement par la Confédération – d’autant plus que le modèle pourrait être dupliqué dans d’autres régions ou secteurs professionnels s’il fait ses preuves à Marseille. Rendez-vous à la fin décembre 2026 pour découvrir la suite de l’histoire !