“Nous disposons de très bons outils”

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Un élan prometteur

Recteur de l’académie de Strasbourg depuis mars 2022, ancien administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)*.

Par Jérôme Citron— Publié le 29/04/2022 à 09h00

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Comment analysez-vous la réforme de la formation professionnelle de 2018 ?

Cette réforme a permis de faire progresser la formation professionnelle en France, aussi bien qualitativement que quantitativement. On n’en a jamais autant parlé. Nos concitoyens ne se sont jamais autant projetés dans des projets de formation. Ce sujet est devenu une vraie préoccupation, dans le bon sens du terme.

Je dirais qu’aujourd’hui nous disposons de très bons outils. Nous devons à présent nous en emparer afin de les faire fonctionner au mieux.

L’outil central de cette réforme, c’est bien entendu le compte personnel de formation (CPF), qui a été conforté. Ce droit correspond à présent à de la monnaie sonnante et trébuchante. Sa force est d’être souple et facile d’accès grâce à une application bien conçue. Toutefois, le législateur qui a fait le pari de la liberté de l’individu dans ses choix de formation n’est-il pas allé trop loin ? C’est probable.

Tout l’enjeu à présent pour le monde de la formation est de progresser en matière d’accompagnement, notamment par le conseil en évolution professionnelle, afin que chacun puisse construire un parcours de formation en fonction de ses envies, de ses compétences mais aussi des réalités économiques de son territoire.

Vous insistez beaucoup sur la notion de co-construction…

L’intérêt majeur du CPF est qu’il peut être abondé. Cet outil sera d’autant plus pertinent qu’il sera étroitement associé, d’un côté, à la stratégie des entreprises et, de l’autre, à celle des territoires. C’est un enjeu fort.

Une entreprise qui a besoin de compétences spécifiques doit avoir le réflexe d’abonder le CPF d’un salarié volontaire. Idem, un territoire doit pouvoir financer des formations jugées prioritaires. Je prends souvent l’exemple de la ville de Niort. Il y a un enjeu pour elle de veiller à maintenir un fort niveau de compétences dont les compagnies d’assurances ont besoin au sein de sa population pour que cette filière continue d’y prospérer.

Cette co-construction est aussi valable pour accompagner le développement de l’apprentissage, l’autre volet marquant de cette réforme. C’est un formidable succès.

Il se développe partout et à tous les niveaux, aussi bien infra-bac que post-bac. On peut parler de révolution culturelle. Le choix de l’alternance devient presque une évidence. Cette réforme a permis une grande souplesse dans le système. Le nombre d’apprentis a été multiplié par trois. On a dépassé les 700 000 contrats signés en 2021. C’est une réussite.

Comment financer cet essor de la formation professionnelle ?

Au moment de la crise sanitaire, l’État s’est beaucoup engagé financièrement.

Cela ne me choque pas, mais il est probable qu’il faille trouver un modèle moins coûteux pour les finances publiques dans l’avenir.

Il faudra tout à la fois rationaliser les coûts de formation et se tourner vers les entreprises et les territoires. Le réflexe de la formation professionnelle n’est pas un réflexe consubstantiel au monde de l’entreprise français. Nous ne sommes pas en Allemagne, où c’est une réalité culturelle. Toutefois, les entreprises ont besoin de trouver les bonnes compétences au bon endroit et devront co-construire avec les organismes de formation afin de trouver le bon équilibre. Elles n’ont guère le choix pour accompagner leur croissance tant les besoins en compétences se font sentir dans de nombreux secteurs d’activité. En revanche, en matière

de formation, l’État sera toujours attendu dans deux domaines où il ne doit pas relâcher ses efforts : l’inclusion sociale et le retour à l’emploi.

* Au moment de cet entretien, Olivier Faron était encore administrateur du Cnam. C’est donc à ce titre qu’il s’exprime.