Le défi de l’accompagnement

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Un élan prometteur

Faire de la formation professionnelle un outil pour répondre aux aspirations des jeunes et des salariés afin de relever les défis sociaux et environnementaux de notre pays sera l’un des enjeux du prochain quinquennat. Pour la CFDT, l’accent doit être mis sur l’accompagnement et le conseil.

Par Jérôme Citron— Publié le 29/04/2022 à 09h00

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© Gilles Rolle - REA

La crise sanitaire n’aura, semble-t-il, pas remis en question la toute nouvelle appétence des Français pour la formation professionnelle. Depuis la réforme de 2018, le secteur connaît un essor sans précédent. Année après année, les Français sont de plus en plus nombreux à déclarer vouloir changer de métier, se réorienter, se reconvertir et, pour cela, à se tourner vers la formation professionnelle.

Longtemps méconnu, le compte personnel de formation (CPF) est aujourd’hui populaire. Entre 2019 et 2020, le nombre de formations financées avec le CPF a ainsi doublé, passant de 500 000 à près d’un million. Et trois mois après son lancement en grande pompe, l’application sur smartphone « Mon compte formation » avait déjà été téléchargée par plus d’un million de personnes. Depuis que ce droit individuel à la formation s’exprime en argent sonnant et trébuchant, que tout un chacun peut dépenser sans intermédiaire, il connaît un véritable succès auprès d’un public peu formé qui n’avait pas recours à ce droit auparavant.

L’enjeu des années à venir

Tout l’enjeu à présent est de s’appuyer sur ce succès populaire pour faire de cet outil un levier qui change réellement la donne, qui puisse accompagner la montée en qualification des salariés et les préparer massivement aux transformations de l’économie et du marché du travail. « Les gens ont pris conscience qu’ils avaient un droit et ils s’en emparent. C’est un premier succès. Il faut à présent que ces dépenses servent le parcours professionnel des salariés et la compétitivité des entreprises. C’est l’enjeu des années à venir », résume Catherine Fabre, députée (LREM) de Gironde et rapporteure du volet formation professionnelle et apprentissage dans la loi de septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.

Selon la CFDT, c’est bien la question de l’accompagnement des salariés qui est posée, et la limite de cette vision très « consommatrice » du CPF. Le conseil en évolution professionnelle (CEP), qui est un service gratuit et accessible à tous, n’est, lui, pas assez connu. Ce droit de se faire accompagner et conseiller est pourtant plébiscité par les personnes qui y ont eu recours.

Un salarié qui se retrouve seul devant son téléphone risque en effet de passer à côté de nombreuses opportunités qui s’offrent à lui comme la possibilité de se faire cofinancer une formation par son employeur, de s’engager dans un projet de transition professionnelle, de passer par la VAE (validation des acquis de l’expérience) pour obtenir un diplôme, construire une montée en compétences progressive, etc.

La formation professionnelle en France est loin de se limiter à la simple utilisation d’un compte personnel, si accessible et facile d’utilisation soit-il. D’autres outils existent et doivent pouvoir être mobilisés au moment opportun, comme le dispositif transition collective (Transco) – imaginé par les partenaires sociaux – pour permettre aux salariés qui risquent de perdre leur travail d’anticiper avant de se retrouver au chômage (lire p. 18).

Une révolution culturelle

Le succès de l’apprentissage montre également que nous sommes en train de vivre une véritable révolution culturelle en matière de formation. En 2021, 718 000 contrats d’apprentissage ont été signés dans le public et le privé. Ce nombre a été multiplié par deux en trois ans. À tous les niveaux d’études, avant le bac, après le bac et jusqu’à un niveau master ou thèse, le choix de l’alternance s’est aujourd’hui banalisé. « Quelque chose s’est passé culturellement alors que cela faisait cinquante ans que l’on stagnait. On peut parler de big bang », lance Catherine Fabre.

Cerise sur le gâteau pour le secteur, le gouvernement a donné un coup de pouce financier supplémentaire aux entreprises afin de les inciter à recruter des jeunes apprentis pendant la crise sanitaire. Avec un tel alignement des planètes, le nombre d’apprentis en France se multiplie et laisse espérer que la dynamique enclenchée ne retombera pas de sitôt, même si les aides aux entreprises risquent de se réduire dans les années à venir. « L’argent consacré à l’apprentissage ne doit pas être considéré comme une dépense mais bien comme un investissement », insiste Catherine Fabre.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Comme pour les salariés, l’enjeu à présent est d’améliorer l’accompagnement des jeunes afin qu’ils puissent être davantage acteurs de leurs parcours scolaire et professionnel et qu’ils se sentent libres d’explorer tous les possibles. Dans l’avenir, les allers-retours entre le monde du travail et celui de la formation doivent se multiplier afin que cela devienne la norme et non l’exception. La révolution culturelle sera achevée quand le concept de « formation tout au long de la vie » remplacera, en France, le rôle joué par un diplôme obtenu à 20 ans pendant toute une carrière professionnelle. 

Le compte personnel de formation

Chaque année, un salarié du privé qui travaille au moins à mi-temps acquiert 500 euros de droits à la formation. Cette somme s’inscrit automatiquement sur son compte formation jusqu’à un plafond de 5 000 euros (voire 8000 euros pour les personnes à très faible qualification).

Libre à lui de dépenser cette somme à sa guise, en dehors de son temps de travail, en achetant directement une formation auprès d’un organisme. Cette facilité d’utilisation explique en grande partie le succès du CPF… mais aussi les démarchages téléphoniques abusifs de certains organismes de formation peu scrupuleux. Ce succès quantitatif devra nécessairement entraîner davantage de contrôles quant à la qualité des formations dispensées.