Extrait du magazine n°519
Triple médaillé d’or olympique, l’ancien capitaine de l’équipe de France de handball a quitté les terrains de sport afin de relever de nouveaux défis. Dans son autobiographie, le quadragénaire explique son souhait de défendre un modèle de société plus juste et de mettre son énergie au service de la protection de l’environnement.

Votre autobiographie, Ma plus belle victoire, est sortie fin octobre. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
J’ai hésité plusieurs années avant de l’écrire. Je n’étais pas certain de vouloirle faire. Je ne voulais surtout pas d’un récit superficiel, une simple liste de victoires et de défaites. Si on écrit, que raconte-t-on vraiment ? Je voulais apporter quelque chose d’utile au lecteur, qui aborde les hauts et les bas – et surtout ce que j’avais traversé intérieurement.
Une sorte d’introspection ?
Oui. Le livre part d’un épisode qui m’est arrivé trois ou quatre ans avant la fin de ma carrière : lors d’un match, j’ai ressenti tous les symptômes d’une commotion… sans avoir reçu de coup. Les médecins ne comprenaient pas. Moi non plus. Mon mental, qui avait toujours été ma force, m’a soudain fait défaut.
Par hasard, grâce à un ami, j’ai fait de la méditation, des exercices de respiration, de la marche en forêt, des câlins aux arbres, et j’ai commencé un travail profond sur mes émotions, mes peurs, mon histoire personnelle. Cet épisode a été un point de bascule. En parler, partager mon expérience, c’est montrer qu’il est normal et essentiel de prendre soin de soi. Si on se sent bien dans sa tête, on est plus résilient, plus performant, et plus à même d’interagir positivement avec les autres. C’est sous cet angle que j’ai voulu raconter ma carrière, ce qu’elle m’a appris, non seulement en tant que sportif mais aussi en tant qu’homme.
Vous dites que cela a transformé votre vision de la masculinité ?
Totalement. J’ai compris que « masculinité » et « féminité » sont en chacun de nous, sans lien direct avec le sexe ou la sexualité. La féminité, souvent associée à la sensibilité, à la bienveillance et à l’empathie, on nous apprend souvent à l’étouff er quand on est un homme, et particulièrement dans le sport de très haut niveau. Me reconnecter à cette partie m’a fait changer de regard sur moi et m’a permis de revisiter mes relations avec les femmes, celles de ma vie notamment.
Les enjeux sociaux et écologiques reviennent régulièrement dans votre livre. Pourquoi est-il important d’en parler ?
J’ai reçu ça en héritage : le respect des autres, le respect de la nature, le respect de ce que l’on a dans l’assiette. J’ai grandi dans un milieu où on n’avait pas beaucoup d’argent et, malgré cela, mes parents m’ont toujours répété que nous étions plus chanceux que beaucoup d’autres. Plus tard, c’est le fait d’aller vivre à Barcelone qui m’a marqué. La ville était à l’avant-garde de l’écologie. Les gens s’intéressaient beaucoup aux circuits courts, à l’origine des aliments, à la végétalisation des espaces. J’ai aussi été marqué par des lectures qui m’ont fait prendre conscience de l’impact de la nutrition sur le corps, le sommeil et la récupération. Cela m’a incité à consommer local, plus sainement, à réduire la viande et le poisson, non de façon dogmatique mais en conscience. Je ne suis pas ambassadeur d’un régime particulier, mais j’explique volontiers mon cheminement. Pour être en bonne santé physique et mentale, l’alimentation et le sport comptent énormément. C’est un message simple mais essentiel. Enfin, devenir papa m’a aussi confronté à une forme d’écoanxiété. Comment élever des enfants dans un monde qui part en vrille ?
Le monde du sport peut-il jouer un rôle dans le domaine environnemental ?
En tant que sportif, on essaye à notre niveau. On se bat pour réduire le nombre de matchs, pour plusieurs raisons. Par exemple, les déplacements, et ceux des spectateurs, sont très émetteurs de gaz à effet de serre. Par ailleurs, plus il y a de matchs et plus les blessures, l’usure physique et mentale augmentent. On a obtenu quelques avancées en France, comme la suppression de la Coupe de la Ligue, mais à l’échelle internationale, c’est l’inverse. Il y a toujours plus de compétitions. Pas seulement en handball, c’est général. Il faut continuer à donner de la voix.
Vous êtes devenu conseiller auprès de Teampact Ventures, une structure qui soutient les start-up à « impact positif » sur la santé ou le climat.
Nous vivons dans une société capitaliste. Tant que l’on n’aura pas un autre modèle, il faudra tout faire pour que « capital » rime avec protection de l’environnement et des travailleurs. En tant que sportif, j’étais d’ailleurs adhérent au syndicat des joueurs de handball professionnels. Pour moi, c’était une évidence. Les syndicats ont un rôle essentiel à jouer dans l’amélioration des conditions de travail et la protection des travailleurs. Ce sont eux qui font la réussite et le succès d’une entreprise.
Transmettre est aussi l’une de vos priorités ?
Oui. Je vais régulièrement dans les écoles pour raconter ce que représente le sport, ce que cela peut apporter à chacun et chacune. Cela me tient à cœur parce que c’est une manière de faire bénéficier les autres de mon expérience. Le sport, c’est une école de la vie. On y apprend tant de choses que l’école n’enseigne pas : le travail d’équipe, le vivre-ensemble, la fraternité, la solidarité, la résilience, l’échec, et aussi à rebondir. Avec mon frère Luka [lui aussi champion olympique de handball], nous avons aussi créé un fonds de dotation pour le sport, la jeunesse et l’environnement. Cela permet à des enfants défavorisés de partir en stage mais aussi de fournir des équipements à des clubs amateurs. Nous avons acheté le parquet des Jeux olympiques sur lequel l’équipe de France a joué afin de l’installer dans le club de handball de Castanet Ramonville Auzeville (Haute-Garonne). C’est une action d’économie circulaire dont nous sommes très fiers. Nous voulons aussi développer une académie pour offrir la possibilité aux enfants de grandir, s’épanouir et se construire grâce au sport.
Vous défendez une politique publique du sport volontariste. À l’heure où les budgets sont menacés...
Bien sûr. J’ai ce combat chevillé au corps, comme nombre de sportifs de haut niveau. Surtout après ce que nous avons vécu durant les Jeux olympiques de Paris. Le sport a un pouvoir fédérateur, il transmet la joie
et contribue au vivre-ensemble. Il faut faire du sport à l’école, favoriser l’accès aux pratiques sportives dès le plus jeune âge, soutenir les associations. Un enfant bien dans sa tête, c’est un enfant épanoui et, demain, ce sera un citoyen équilibré. C’est simplement un cercle vertueux !