Métiers de la deuxième ligne : passer des promesses aux actes

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iconeExtrait de l’hebdo n°3794

Le 11 octobre se tenait, à la demande de la CFDT, une rencontre au ministère du Travail pour accélérer la reconnaissance de ces salariés. Dans de très nombreuses branches, les négociations traînent en longueur ou ne sont même pas ouvertes. Tour d’horizon.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 12/10/2021 à 12h00

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© Jean-Claude Moschetti/RÉA

Après le temps des promesses vient le temps de l’action. Et il est urgent d’agir pour les salariés dits de la deuxième ligne. De nombreuses négociations portant sur les rémunérations ou les conditions de travail sont au point mort ; ou alors elles ne sont même pas sur le point de débuter. Les secrétaires généraux de cinq fédérations professionnelles CFDT concernées par ce dossier (lire l’encadré), accompagnés par Laurent Berger et Luc Mathieu, secrétaire national chargé des rémunérations, ont pu obtenir un rendez-vous avec la ministre du Travail, Élisabeth Borne, le 11 octobre, pour faire un état des lieux et fournir des exemples concrets de branches où les choses n’avancent pas.

Onze coefficients en dessous du Smic

« Nous avons envoyé des courriers dans toutes les branches pour demander l’ouverture de négociations sur nos principales revendications : l’augmentation pérenne de la rémunération, l’amélioration des conditions de travail, la prise en compte les parcours professionnels et la montée en compétences des salariés. Les premiers retours sont mitigés, voire hostiles. C’est inacceptable ! », tonne Fabien Guimbretière, secrétaire général de la Fédération générale de l’Agroalimentaire, à la sortie de la réunion. Et de donner un exemple de l’urgence de la situation : les onze premiers coefficients de la convention collective nationale des industries de la transformation des volailles se trouvent désormais en dessous du Smic. « La question est toujours la même : comment va-t-on faire pour rendre les choses contraignantes au niveau des branches ? »

Reconnaître les nouvelles compétences acquises

D’autres situations ont ainsi été exposées à la ministre lors de cet entretien, qui a duré une heure et demie. Dans le secteur du bâtiment, le dialogue social est entravé par un conflit latent entre les organisations patronales, s’agace la Fédération nationale Construction et Bois (FNCB).

Du côté de la Fédération Santé-Sociaux, sa secrétaire générale, Ève Rescanières, appuie son argumentaire sur les laboratoires d’analyses médicales extrahospitaliers et les pharmacies d’officine, où « il ne se passe pas grand-chose alors que ces salariés ont acquis de nouvelles compétences (en pratiquant des tests de dépistage, par exemple) avec la crise sanitaire ».

Pour la Fédération Interco, le secrétaire général Jacques Lager insiste lui aussi sur les nouvelles connaissances acquises par les travailleurs : « Avec la crise sanitaire, les salariés ont exercé des fonctions de plus en plus techniques, se formant au fil de l’eau. Il faut des revalorisations, de la reconnaissance. Et agir en faveur de l’égalité professionnelle, notamment dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. »

Des négociations renvoyées aux calendes grecques

La Fédération des Services a interrogé ses militants, à l’occasion de ce débat sur la revalorisation des métiers de la deuxième ligne. Cela a permis de mettre certaines situations de précarité en exergue. « Dans la propreté, de nombreux salariés choisissent un temps partiel car le salaire ne leur permet pas de payer la garde des enfants, indique Véronique Revillod, secrétaire générale adjointe. En ce qui concerne la reconnaissance, le chantier est vaste, entre le décrochage des salaires avec l’inflation, l’intensification du travail liée au manque de personnel, sans compter les incivilités des clients. »

Elle rappelle que certaines branches ont connu une année 2020 exceptionnelle en matière de résultats – ainsi de la grande distribution ou du secteur de la propreté. « Quand la prime Macron [dite officiellement prime exceptionnelle de pouvoir d’achat] a été annoncée, certaines entreprises ont tout de suite dit qu’elles ne la verseraient pas, avant même d’en connaître les conditions… », se désole Véronique Revillod, qui ajoute que, parfois, des négociations sont ouvertes mais décevantes, « ou sinon renvoyées d’année en année. Ça commence à ressembler à l’arlésienne ».

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Le ministère a indiqué se concentrer sur 57 branches de plus de 5 000 salariés dont les classifications sont inférieures au Smic. « Au-delà de l’interpellation des organisations patronales que peut faire le ministère, il est important aussi de se pencher sur la conditionnalité des aides publiques », rappelle Luc Mathieu. L’État dispose également d’un levier pour améliorer les conditions d’emploi des travailleurs lorsqu’il passe des marchés publics. « Quand l’État est client, il doit prendre en compte des critères sociaux et environnementaux, et ne pas forcément choisir le moins cher. »

Des branches d’activité en souffrance

Durant la réunion, une vingtaine de branches jugées prioritaires selon la CFDT ont été plus spécifiquement évoquées avec la ministre du Travail.

Fédération des Services
Propreté ;
Prévention sécurité ;
Commerce à prédominance alimentaire ;
Secteur des salariés du particulier employeur et des assistantes maternelles ;
Fruits et légumes, épicerie et produits laitiers.

Fédération nationale Construction et Bois
Secteur du bâtiment (ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise) ;
Secteur des travaux publics (ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise) ;
Industries de la fabrication de ciment, des carrières et matériaux.

Fédération Santé-Sociaux
Secteur social (protection de l’enfance et des personnes vulnérables, petite enfance) ;
Pharmacie d’officine ;
Laboratoire d’analyses médicales extrahospitaliers.

Fédération Interco
Fonction publique territoriale (auxiliaires de vie, agents de la territoriale, salariés et agents de l’eau et de l’assainissement, agents d’accueil, techniciens de surface, personnels des restaurants scolaires ou d’entreprise) ;
Organismes publics de l’habitat ;
Services funéraires non concédés ;
Services du ministère de la Justice (personnels de la protection judiciaire de la jeunesse, personnel pénitentiaire).

Fédération générale de l’Agroalimentaire
Tous les secteurs sont concernés (production agricole, transformation alimentaire, services à l’agriculture).

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