L’UNPNC-CFDT d’Air France mobilisée contre le cancer

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iconeExtrait de l’hebdo n°3801

Touchées dans leur cercle familial ou professionnel, des militantes de l’Union nationale du personnel navigant commercial CFDT d’Air France ont fait de la prévention contre le cancer du sein le fer de lance de leur action syndicale. Un engagement qui se révèle être aussi un puissant outil d’adhésions…

Par Claire Nillus— Publié le 30/11/2021 à 13h00

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© UNPNC-CFDT

Difficile d’identifier les causes professionnelles du cancer du sein. Pourtant, le constat est alarmant : le travail de nuit augmente d’un tiers le risque de cancer du sein (source : Inserm). De fait, la lumière artificielle (elle freine la production nocturne de mélatonine, l’« hormone du sommeil », limitant la progression de certains cancers du sein) et la perturbation du rythme biologique du sommeil (elle entraîne une baisse des défenses immunitaires) sont les premières responsables.

Santé au travail et prévention du cancer du sein

1. L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) a alerté sur le risque avéré de cancer du sein dû aux rayonnements ionisants, rayons gamma et rayons X.

« Travailler au moins trois heures la nuit plusieurs fois par semaine pendant plusieurs années constitue un risque pour nous toutes. À cela s’ajoute l’effet des rayons ionisants, auxquels on est exposé à bord des avions, autre facteur cancérigène avéré1 », détaille Alexa Valero, hôtesse de l’air depuis quinze ans sur moyen-courriers (Europe et Afrique du Nord). Depuis 2019, elle a rejoint la CFDT au sein de l’UNPNC pour faire de la prévention avec cinq autres militantes.

« L’UNPNC-CFDT représente 17 000 salariés toutes compagnies confondues (Air France, Hop!, EasyJet, Corsair et Transavia), dont 66 % sont des femmes. La santé au travail est un thème primordial pour nous », explique Ornella Gaudin, qui a motivé ses collègues à agir dans le sillage de Sylvie Pioli, fondatrice de l’association Cyclosein. Après avoir guéri d’un cancer du sein, cette infirmière à la retraite a décidé de sillonner les villes de France en VTT afin de sensibiliser les gens au gré de ses rencontres. En septembre, elle a ainsi entraîné une dizaine de collègues à participer à une étape à vélo entre Blois et Chambord.

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© UNPNC-CFDT

« Elle se bat pour faire reconnaître en maladie professionnelle le cancer du sein des personnes qui travaillent la nuit ou en horaires décalés, précise Ornella. Et ce combat, c’est aussi le nôtre. D’autant que pendant la crise sanitaire, beaucoup de femmes n’ont pas pu se faire dépister. »

La sensibilisation des jeunes embauchées

En attendant qu’un nouveau tableau de maladies professionnelles voie le jour, l’équipe de l’UNPNC-CFDT met l’accent sur la prévention, le plus en amont possible, du personnel navigant, et particulièrement des jeunes embauchées. « Il faut qu’elles commencent ce métier en toute connaissance de cause. Or la plupart ne sont pas informées des risques liés à la profession pour leur santé », explique Alexa.

La communication diffusée par l’UNPNC-CFDT aborde également l’aspect économique de la maladie professionnelle. « Une partie du salaire des PNC [personnels navigants commerciaux] est constituée de primes. Pour cela, il faut voler. Lorsqu’une salariée est en congé maladie, la perte de salaire est donc de moins 20 à 30 %. » À Air France, il est possible que des PNC fassent des pauses dans leur carrière, en restant au sol (six mois au maximum) de façon à retrouver un sommeil normal. Mais, dans ce cas, la rémunération baisse. Avec la pandémie, les passerelles entre les différents rythmes (court, moyen ou long-courrier) se sont raréfiées. L’activité a chuté du fait de moindres besoins… et c’est autant de « pauses santé » dont les salariées ne peuvent plus bénéficier.

Une vente de sacs accompagnée d’infos

Les militantes expliquent tout cela en distribuant une plaquette d’information – conçue et éditée par l’UNPNC-CFDT – et glissée dans un tote bag (sac en tissu souple à deux anses) vendu au prix de 7 euros. Depuis le début du mois d’octobre, près de 250 sacs ont été vendus au personnel navigant sur le circuit de départ des vols ou directement à la permanence syndicale. Les bénéfices sont entièrement reversés à l’association Sky Angels, créée par une hôtesse victime d’un cancer du sein. « Nous n’avons presque plus de stock, il va falloir recommander des sacs. Car d’autres compagnies où l’UNPNC-CFDT est présente nous en demandent aussi. Chaque vente est pour nous l’occasion de donner des informations, d’engager la conversation sur un sujet qui ne laisse personne indifférent et, bien sûr, de faire connaître notre activité syndicale. »

Syntia Rucker, hôtesse sur long-courrier depuis vingt-deux ans, qui milite activement avec l’équipe, a également participé à une autre campagne en enregistrant une vidéo de la série « La Minute rose », diffusée sur toutes les plateformes. Il s’agissait de présenter, chaque jour d’octobre, le court témoignage d’une femme touchée par cette maladie, personnellement ou par une femme de son entourage. Ces actions, dont le recours aux réseaux sociaux, ont été une formidable caisse de résonance, boostant leur mobilisation au sein d’Air France.

Après octobre rose, novembre bleu

L’action n’est pas terminée, et leurs flyers le précisent (« Les dons et les soutiens aux associations, c’est toute l’année ! »). L’équipe enchaîne sur une nouvelle opération de sensibilisation, cette fois en faveur de la lutte contre le cancer contracté par les hommes. Le 16 novembre, Stéphane Noël s’est envolé sur un Paris-Mexico avec des tote bags et des flyers conçus, là encore, par l’UNPNC-CFDT.

« Cette association est née du constat que la communication sur des questions de santé masculine est encore taboue pour beaucoup d’hommes : il y a une grande frilosité de leur part à s’exprimer sur ce sujet ; notre volonté première est de parler ouvertement des cancers masculins, dont le cancer de la prostate, le plus répandu, et le cancer des testicules, le plus courant chez de jeunes hommes », développe Stéphane, qui a rejoint récemment l’UNPNC-CFDT. Il compte parmi les 298 nouvelles adhésions engrangées du 1er janvier au 15 novembre 2021 par les militantes, qui récoltent notamment les fruits de leur implication pendant le confinement.

L’UNPNC-CFDT distinguée par “Le Grand Boost”

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Tandis que les permanences de toutes les autres organisations syndicales étaient fermées, la porte de l’UNPNC-CFDT est restée ouverte pour le personnel qui a travaillé dans la période (il y a eu des vols permettant de rapatrier des personnes en France). Les militants se relayaient (un le matin et un l’après-midi). Et sans être inscrite au challenge développement « Le Grand Boost », l’équipe de l’UNPNC-CFDT a remporté haut la main ce challenge confédéral dans la catégorie « Plus grand nombre d’adhésions » et « Section mystère ». Ici, pourtant, point de mystère dans la méthode : l’engagement et la proximité ont permis de « faire le job » !