L’huître, un cobaye idéal

À Plouzané et Argenton (Finistère), l’huître creuse est étudiée sous tous ses aspects par les chercheurs  de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
À Plouzané et Argenton (Finistère), l’huître creuse est étudiée sous tous ses aspects par les chercheurs de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).© Cyril Badet

iconeExtrait du magazine n°476

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 01/10/2021 à 08h00

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

À Plouzané et Argenton (Finistère), l’huître creuse est étudiée sous tous ses aspects par les chercheurs  de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) – un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), qui compte vingt-cinq sites répartis sur l’ensemble du territoire national. 

Dans leurs laboratoires, ils tentent d’anticiper l’impact de l’activité humaine sur l’écosystème marin  et sur le développement de ce mollusque prisé des amateurs de fruits de mer.  Hausse de l’acidité des eaux avec les effets du réchauffement climatique, accumulation des microfibres  de textile ou des microplastiques dans les fonds marins, les bouleversements sont multiples. « Urbanisation, pêche, agriculture, activité industrielle…

Nous voulons comprendre ce qui se joue dans les mers et les océans  afin d’en réduire les impacts », explique Arnaud Huvet, biologiste marin chargé de recherche à l’Ifremer,  qui travaille sur le projet européen Preventing Plastic Pollution. « Résultats à l’appui, nous voulons  proposer des solutions pour définir des alternatives crédibles afin de transformer les comportements des acteurs et protéger la faune et la flore marines. »

Sur le site Ifremer d’Argenton sont menées des expérimentations sur les huîtres creuses, en conditions contrôlées. Les chercheurs étudient leurs réactions physiologiques sous l’effet de perturbateurs.
Sur le site Ifremer d’Argenton sont menées des expérimentations sur les huîtres creuses, en conditions contrôlées. Les chercheurs étudient leurs réactions physiologiques sous l’effet de perturbateurs.© Cyril Badet
Fabrice Pernet, chercheur en écophysiologie des organismes marins, est responsable du laboratoire d’Argenton. Avec ses équipes, il étudie les conséquences de l’acidification (la diminution progressive du pH) des océans sur le développement des huîtres creuses.
Fabrice Pernet, chercheur en écophysiologie des organismes marins, est responsable du laboratoire d’Argenton. Avec ses équipes, il étudie les conséquences de l’acidification (la diminution progressive du pH) des océans sur le développement des huîtres creuses.© Cyril Badet
Le naissain (les toutes jeunes huîtres) est plongé dans les bassins de la salle d’expérimentation. Dans l’écosystème réaliste qu’ils ont recréé, les chercheurs reproduisent les prévisions climatiques telles qu’estimées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) à l’horizon 2100, soit + 3 °C dans les océans. Grâce aux bassins tests (avec les conditions actuelles), ils peuvent comparer et observer les réactions des huîtres creuses.
Le naissain (les toutes jeunes huîtres) est plongé dans les bassins de la salle d’expérimentation. Dans l’écosystème réaliste qu’ils ont recréé, les chercheurs reproduisent les prévisions climatiques telles qu’estimées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) à l’horizon 2100, soit + 3 °C dans les océans. Grâce aux bassins tests (avec les conditions actuelles), ils peuvent comparer et observer les réactions des huîtres creuses.© Cyril Badet
Les scientifiques estiment que, d’ici à la fin du siècle, le pH des océans baissera de 0,3, passant de 8,1 à 7,8, phénomène s’accompagnant de lourdes conséquences sur l’ensemble de l’écosystème.
Les scientifiques estiment que, d’ici à la fin du siècle, le pH des océans baissera de 0,3, passant de 8,1 à 7,8, phénomène s’accompagnant de lourdes conséquences sur l’ensemble de l’écosystème.© Cyril Badet
Les travaux révèlent une accélération de la croissance des huîtres creuses de 30 % après seulement quinze jours dans le cas du scénario 2100. « Une courbe de croissance bluffante », insiste Fabrice.
Les travaux révèlent une accélération de la croissance des huîtres creuses de 30 % après seulement quinze jours dans le cas du scénario 2100. « Une courbe de croissance bluffante », insiste Fabrice.© Cyril Badet
Les naissains sont exposés, échantillonnés, étudiés (taille de la coquille, calcification, système nerveux…).
Les naissains sont exposés, échantillonnés, étudiés (taille de la coquille, calcification, système nerveux…).© Cyril Badet
Coline Caillon (photo 9 à dr.), doctorante, et ses collègues analysent les naissains.
Coline Caillon (photo 9 à dr.), doctorante, et ses collègues analysent les naissains. © Cyril Badet
Les chercheuses multiplient les variables et les expositions au « stress » (modification de l’alimentation, maladie…). Elles déterminent les capacités de survie et de résilience des mollusques. Ceux-ci sont, par exemple, exposés à l’ostreid herpesvirus, une maladie qui frappe l’huître creuse. Le changement de pH l’oblige à une dépense d’énergie supplémentaire pour calcifier sa coquille et diminue sa résistance au virus.
Les chercheuses multiplient les variables et les expositions au « stress » (modification de l’alimentation, maladie…). Elles déterminent les capacités de survie et de résilience des mollusques. Ceux-ci sont, par exemple, exposés à l’ostreid herpesvirus, une maladie qui frappe l’huître creuse. Le changement de pH l’oblige à une dépense d’énergie supplémentaire pour calcifier sa coquille et diminue sa résistance au virus.© Cyril Badet
« Nous voulons comprendre d’où viennent les plastiques pour les empêcher de terminer leur course dans les océans, explique Arnaud Huvet, porteur du projet Preventing Plastic Pollution, sur le site de Plouzané. La mer commence à la sortie des usines et dans les égouts. Il faut revoir notre façon de consommer et repenser les industries. »
« Nous voulons comprendre d’où viennent les plastiques pour les empêcher de terminer leur course dans les océans, explique Arnaud Huvet, porteur du projet Preventing Plastic Pollution, sur le site de Plouzané. La mer commence à la sortie des usines et dans les égouts. Il faut revoir notre façon de consommer et repenser les industries. »© Cyril Badet
« On porte nos vêtements, on finit par les manger », fait remarquer Camille Detree, post-doctorante, qui étudie l’impact des microfibres textiles d’origines plastique et naturelle sur les organismes marins. Le microscope révèle la présence de microfibres, issues de vêtements notamment, chez l’huître creuse (visible sur l’écran de l’ordinateur). Cette pollution crée des dommages physiques et a des effets sur son système digestif. Les nanoplastiques affectent également le système reproductif de ce mollusque. Du mets de fête à l’objet d’études, l’huître est une perle à préserver.
« On porte nos vêtements, on finit par les manger », fait remarquer Camille Detree, post-doctorante, qui étudie l’impact des microfibres textiles d’origines plastique et naturelle sur les organismes marins. Le microscope révèle la présence de microfibres, issues de vêtements notamment, chez l’huître creuse (visible sur l’écran de l’ordinateur). Cette pollution crée des dommages physiques et a des effets sur son système digestif. Les nanoplastiques affectent également le système reproductif de ce mollusque. Du mets de fête à l’objet d’études, l’huître est une perle à préserver.© Cyril Badet