Les salariés du Cnes manifestent pour défendre l’avenir du spatial français

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icone Extrait de l'hebdo n°4029

Depuis plusieurs mois, la CFDT du Centre national d’études spatiales dénonce les restrictions budgétaires dans le domaine de la recherche spatiale et alerte sur la pérennité de son modèle.

Par Sabine Izard — Publié le 29/09/2026 à 12h00

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© Sandrine Cornut/FGMM CFDT

« Pour un spatial au service du bien commun, nous défendons le Cnes », pouvait-on lire sur la grande banderole. Le 10 septembre, quelque 300 salariés du Centre national d’études spatiales ont manifesté à Paris en marge du sommet spatial international, à l’appel de l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CFTC et CGT/UTG. L’objectif : alerter le gouvernement du risque que « certaines décisions politiques et stratégiques [font peser] sur le modèle, les missions de service public et l’expertise de l’agence spatiale française ».

« Nous ne sommes pas dans une mobilisation contre notre direction mais nous voulons alerter nos ministères de tutelle, à savoir le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère des Armées et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace de notre situation : nous sommes arrivés à la limite de la mise en péril », explique Julien Anxionnat, délégué syndical CFDT.

Julien Anxionnat (au micro) est délégué syndical CFDT du Centre national d’études spatiales.
Julien Anxionnat (au micro) est délégué syndical CFDT du Centre national d’études spatiales.© Sandrine Cornut/FGMM CFDT

Déjà 20 % du budget amputé

Parmi les revendications portées par l’organisation syndicale, la question des restrictions budgétaires. « Nous avons déjà subi une coupe de 340 millions d’euros pour la période 2026-2028, soit 20 % de notre budget dit mobilisable, c’est-à-dire issu de la part du Programme national sur laquelle l’établissement conserve une capacité d’arbitrage. Si on va plus loin dans les économies, on rogne sur nos capacités de fonctionnement. Sans évoquer la question des salaires durablement inférieurs à l’inflation, qui dévaluent l’expertise des personnels du Cnes », poursuit Julien Anxionnat, qui redoute de nouvelles mesures d’économies dans le cadre de la prochaine loi de finances. Un droit d’alerte économique a d’ailleurs été déclenché par les représentants du personnel élus au CSEC1 « afin d’exiger des réponses exactes, précises et complètes sur le contexte, le processus décisionnel et les conséquences réelles de ces restrictions ».

“Financer le tourisme spatial au détriment de l’écologie est irresponsable”

Ces restrictions passent d’autant plus mal que le chef de l’État, Emmanuel Macron, a annoncé le 1er juin dernier, à l’occasion du sommet Choose France, que la France allait acheter deux vols spatiaux habités de deux semaines à la société privée californienne Vast, dont les bénéficiaires seront Thomas Pesquet, astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA), et Arnaud Prost, astronaute de réserve de l’ESA. Coût de l’opération : « au moins 50 millions d’euros », indique l’intersyndicale dans un communiqué daté du 10 septembre.

« Nous n’avons rien contre l’initiative privée mais ce n’est pas le marché qui va tout faire fonctionner. Financer et soutenir le business model du tourisme spatial au détriment de l’écologie, de la science et de la souveraineté industrielle française est une décision irresponsable », s’indigne Julien Anxionnat. D’autant que cette somme devrait être prélevée sur les lignes France 2030, le grand plan d’investissement lancé après la pandémie de Covid-19… Même si la direction de l’agence spatiale française assure que l’argent n’était pas destiné au Cnes, l’annonce a été très mal reçue en interne.

Pour une réorientation de la politique spatiale nationale

De mémoire de syndicaliste, on n’avait pas vu « une telle mobilisation de scientifiques depuis cinquante ans », affirme Sandrine Cornut, secrétaire nationale de la CFDT Métallurgie. « Les salariés sont très inquiets car ils s’aperçoivent que le Cnes ne remplit plus ses missions premières. Ça pose la question de ces agences que certains ne veulent plus voir… »

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

L’intersyndicale réclame donc une réorientation de la politique spatiale nationale et des moyens en vue de répondre aux enjeux scientifiques, environnementaux et souverains de demain. Est refusée « la transformation du Cnes en une simple agence de moyens distribuant des financements, ce qui fragiliserait durablement sa capacité d’expertise indépendante au service de l’État et, in fine, l’ensemble de l’écosystème spatial français », conclut le communiqué.