Les priorités sociales du commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux

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iconeExtrait de l’hebdo n°3792

De passage à Paris les 16 et 17 septembre pour préparer la présidence française de l’Union européenne, le commissaire européen à l’emploi revient sur ses priorités en matière sociale. Parmi celles-ci, un salaire minimum pour tous les Européens, un droit individuel à la formation du style CPF et une clarification du statut des travailleurs des plateformes.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 27/09/2021 à 12h00

Nicolas Schmit, commissaire européen à l’emploi, aux affaires sociales et à l’insertion.
Nicolas Schmit, commissaire européen à l’emploi, aux affaires sociales et à l’insertion.© Gabor Kovacs/europa.eu

À partir de janvier 2022, la France prend la présidence de l’Union européenne pour une durée de six mois ; un moment favorable permettant de faire avancer la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux adopté en mai dernier lors du Sommet social de Porto, selon Nicolas Schmit, invité le 17 septembre par l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale). « On a souvent considéré que le social en Europe n’était pas un sujet très important, or les compétences européennes sont limitées mais réelles, plus que certains le pensent », rappelle le commissaire européen à l’emploi, qui, précise-t-il, « [se] place dans la logique de Jacques Delors ».

Convergence des salaires minima

Parmi ses priorités, la question des salaires arrive en tête. « Nous constatons d’énormes écarts salariaux entre les États, notamment en matière de salaires minima. Nous avons besoin d’une convergence des salaires minima qui entraîne toute la hiérarchie salariale. Il faut que le travail paie et qu’il soit rémunéré correctement, décemment. »

L’arbitrage le plus attendu est celui sur un salaire minimum de 60 % du salaire médian brut. Ce pourcentage de 60 % est un « élément à avoir à l’esprit », selon Nicolas Schmit. « Il n’est bien sûr pas question de dicter les salaires minima aux États membres ni d’imposer un salaire minimum aux pays qui ne le souhaitent pas car ils ont d’autres méthodes de fixation des minima salariaux. L’Union européenne ne permet pas, selon les traités, de fixer les salaires. »

Investir dans la formation

Autre sujet majeur à l’agenda, l’accélération des évolutions technologiques liées à la transition écologique, et les besoins en formation qui en découlent. « Ces transformations seront très rapides, souligne-t-il. À partir de 2035, on ne vendra plus en Europe de voitures à moteur à explosion, c’est dans moins d’une quinzaine d’années. Nous devons accompagner ces transformations, agir sur le marché du travail et qualifier des millions de salariés pour que cette transition soit un succès. »

1. Compte personnel de formation.

Le commissaire européen a également cité les domaines du numérique ou de la rénovation des bâtiments, qui souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre et nécessitent un fort investissement dans la formation des jeunes ou des personnes en reconversion. « Aujourd’hui, en Europe, 30 % des salariés bénéficient de la formation continue. Nous voudrions arriver à 60 % en 2030, indique Nicolas Schmit. La France a l’expérience du CPF1, nous voulons propager, soutenir un instrument pour faciliter l’accès à la formation d’un plus grand nombre de personnes, salariés mais aussi peut-être indépendants. »

Travailleurs des plateformes

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Le commissaire européen souhaite enfin que la situation des travailleurs des plateformes soit rapidement clarifiée. « C’est un élément important du dialogue social. Nous avons consulté les partenaires sociaux à ce sujet. Une nouvelle économie se développe, c’est bien, mais il ne faut pas que cette nouvelle économie se fonde sur le moins-disant social. Nous allons faire une proposition d’ici à la fin de l’année, en tenant compte de ce qui existe, des jurisprudences en Europe et au-delà, aux États-Unis et au Canada. »