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Extrait de l'hebdo n°4005
Le gouvernement envisage un nouveau tour de vis pour enrayer les dépenses publiques liées aux arrêts maladie, mais rien n’est dit sur le rôle des employeurs en matière de santé au travail. Or quand ceux-ci se désintéressent du sujet, l’absentéisme pèse lourdement sur les organisations de travail.

La tendance de fond se confirme année après année. Le taux d’absentéisme au travail a atteint la valeur record de 4,8 % en 2025 – en hausse de 5 % sur un an et de 50 % par rapport à la période pré-Covid. Pour l’Assurance maladie, cela correspond à une facture record de 12 milliards d’euros versés au titre des indemnités journalières et une courbe ascendante qui coûte un milliard d’euros supplémentaire chaque année. Alors que 50 % de la hausse est due à des arrêts longs, il y a un véritable enjeu à mener une politique de prévention efficace en matière de santé au travail.
Des mesures qui ne règlent pas le problème
L’État a déjà pris une série de mesures (renforcement des contrôles, plafonnement de la durée initiale des arrêts à un mois, baisse des indemnités journalières des fonctionnaires…) afin de limiter ce qu’il considère comme une « dérive budgétaire ». Mais ces mesures ne pourront jamais venir à bout des causes multiples à l’origine de la dégradation de la santé des travailleurs. En premier lieu parce que les arrêts longs sont imputables au vieillissement de la population salariée (et à l’allongement de la durée au travail consécutif aux différentes réformes des retraites). Ensuite, parce que de plus en plus d’arrêts ont pour origine des troubles de la santé mentale.
C’est ce qu’indiquent de nombreuses études, dont le baromètre 2025 de Malakoff Humanis relatif à l’absentéisme, qui révèle que 30 % des salariés déclarent des fragilités d’ordre professionnel (usure, perte de sens, harcèlement, violences…). Les trois quarts des entreprises sont touchées par ce phénomène, qui affecte notamment les jeunes et les femmes. « Les femmes sont surreprésentées dans des secteurs à fort taux d’arrêts de travail comme la santé, les services à la personne, les centres d’appels…, où les salaires sont bas, le télétravail impossible et l’évolution professionnelle limitée », relevait le cabinet Secafi à l’occasion d’un webinaire organisé sur ce thème. Comment, dès lors, ne pas faire le lien entre ces arrêts maladie et la dégradation des conditions de travail – ce que le ministère du Travail lui-même a récemment confirmé1 ?
Mieux chiffrer pour mieux sensibiliser…
« Un moyen de faire réfléchir les employeurs qui pensent que ce n’est pas leur problème est d’évaluer le coût de ces arrêts maladie pour leur entreprise. Généralement peu évalués, ces coûts, directs et indirects, sont élevés et, pour beaucoup d’entreprises, c’est loin d’être anodin », explique Caroline Belze, de Secafi. Ainsi, en 2024, AXA a estimé que le coût moyen de l’absentéisme était équivalent à 5,3 % de la masse salariale d’une entreprise. Un autre calcul, de l’assureur Verlingue, l’évalue entre deux et quatre fois supérieur aux coûts directs (par exemple le maintien des salaires). En effet, de nombreux coûts s’additionnent au-delà de la seule subrogation de salaire.
Secafi conseille aux élus et aux CSE (en première ligne quand il s’agit d’étudier les situations de souffrance au travail) d’interpeller leur direction sur la baisse de la productivité, le recours à du personnel intérimaire ou à des heures supplémentaires afin de pallier les absences, mais aussi sur le surcoût de cotisations AT-MP2 que l’employeur pourrait être amené à verser en lien avec une sinistralité en hausse dans son entreprise.
… Et ainsi s’attaquer à la racine du problème
Moins visibles d’un point de vue comptable, les coûts cachés de l’absentéisme permettent aussi de sensibiliser les employeurs sur ce qui se joue collectivement en matière d’organisation du travail. « Bien souvent, les risques psychosociaux générés par un surcroît de travail, une mauvaise ambiance à cause des absents, une politique managériale qui favorise le présentéisme par des primes entraînent, par ricochet, plus de problèmes de santé, voire un désengagement au travail et, finalement, plus d’absentéisme encore, constate le cabinet Secafi. Tout montre donc que se focaliser uniquement sur des notions financières ne résout pas grand-chose si l’on ne s’attaque pas à la racine du problème. »