L’emploi résiste, malgré les signaux d’alerte

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iconeExtrait de l’hebdo n°3825

Les derniers chiffres de l’Insee annoncent un taux de chômage stable. Mais le contexte économique, largement marqué par la guerre en Ukraine et l’inflation, pourrait rapidement inverser la tendance, et accélérer les politiques de l’emploi voulues par l’exécutif.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 24/05/2022 à 12h00

France travail et son guichet unique pourrait remplacer prochainement Pôle emploi.
France travail et son guichet unique pourrait remplacer prochainement Pôle emploi.© Syndheb

Combien de temps l’emploi va-t-il résister ? Alors que la France espérait, il y a quelques mois encore, une croissance de 4 % en 2022, l’Insee a dû subitement revoir ses prévisions à la baisse, et table désormais sur une progression du PIB de 0,25 % au deuxième trimestre. La mise à l’arrêt de l’activité chinoise – engluée dans sa stratégie zéro Covid –, la guerre en Ukraine et l’inflation sont passées par là. « Une montée de l’incertitude, analyse l’Insee dans son dernier point de conjoncture.  Mais qui ne se traduit pas, pour l'heure, par un retournement de tendance. Le contexte demeure favorable, » estime l'institut de prévisions économiques.

En effet, l’économie a continué à créer 66 000 emplois au 1er trimestre. Deux fois moins que fin 2021 certes, mais de quoi porter l’emploi salarié privé à 2 % au-dessus de son niveau d’avant-crise sanitaire (+ 389 700 emplois). Le taux d’emploi des 15-64 ans atteint au total 68 %, un nouveau record, et celui des jeunes s’établit à 34,6 % (soit son plus haut niveau depuis 1991) porté par le boom de l’apprentissage et la politique de primes à l’embauche massive1 actée dans le plan de relance. Pour ne pas casser cette dynamique, l’exécutif a déjà fait connaître sa volonté de maintenir les exonérations de charges pour les apprentis au-delà du 30 juin, jusqu’à la fin de l’année, a minima. Et souhaite porter le nombre de contrats d'apprentissage signés de 730 000 à 1 million par an.

Un chômage stable

L’autre indicateur, particulièrement scruté ces dernières semaines, n’est autre que le taux de chômage. Or pour l’instant, celui-ci est stable (7,3 % de la population active). Mais après des mois de reflux continu – qui avaient permis de ramener le taux de chômage à son plus bas niveau depuis près de 15 ans – il semble avoir atteint un palier. Et si celui des jeunes enregistre une baisse notable depuis la crise Covid, passant de 21,5 % fin 2019 à 16,3 % début 2022 (sous l'effet du déploiement du plan « 1 jeune, 1 solution ») , il n’en va pas de même pour les seniors et les chômeurs de longue durée.

Pour atteindre le plein emploi, un rêve caressé par tous les gouvernements et érigé en promesse de campagne par Emmanuel Macron lui-même, l’exécutif pourrait dans la continuité des réformes engagées ces dernières années, être tenté d’accélérer le mouvement.

Deux réformes qui inquiètent

Le projet de transformation de Pôle emploi en France travail (sorte de guichet unique de l’emploi réunissant les différents acteurs de l’insertion) est annoncé comme l’un des premiers chantiers d’Olivier Dussopt, le nouveau ministre du Travail. Mais la rencontre avec les partenaires sociaux, les régions et les acteurs de cette transformation s’annonce houleuse, tant certains ne veulent pas entendre parler d’un organisme centralisé dont l’articulation des compétences pourrait rapidement tourner à la foire d’empoigne.

Déjà évoqué durant la campagne présidentielle, le spectre d’une nouvelle réforme de l’assurance chômage refait surface, alors que les partenaires sociaux ne digèrent toujours pas celle entrée en vigueur lorsque la Première ministre était encore ministre du Travail. Ce nouvel opus prendrait cette fois la forme d’une modulation « à l’américaine » du système, où les règles varieraient selon la situation du marché de l’emploi : plus dures quand la conjoncture est favorable, et plus protectrices en périodes de crise.

Alors qu’Emmanuel Macron a laissé entendre que son nouveau gouvernement se plierait rapidement à l’exercice d’une grande conférence sociale réunissant les partenaires sociaux, la CFDT aborde ces discussions avec une certaine circonspection. Laurent Berger lui, en appelle sur l’emploi comme sur les sujets du pouvoir d’achat et de la transition écologique au « dialogue » et à la « coconstruction ». « Il faut qu’on entre dans une nouvelle ère. »