Le sondage : ce qu’il est, ce qu’il n’est pas

iconeExtrait du magazine n°481

Les sondages sont le reflet de l’état de l’opinion au moment de leur réalisation mais en aucun cas des prédictions fiables. Quels sont les principes scientifiques et déontologiques qui les régissent, et comment sont-ils repérables ? On vous explique tout.

Par Claire Nillus— Publié le 04/03/2022 à 10h00 et mis à jour le 04/03/2022 à 20h48

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© REA

Face à l’explosion des sondages en lien avec l’élection présidentielle, la plus grande vigilance s’impose quant au crédit à accorder aux enquêtes d’opinion qui envahissent le débat public. Pour empêcher que la publication de sondages ne vienne influencer les électeurs, la loi (du 19 juillet 1977, modifiée par la loi du 25 avril 2016) interdit la publication ou la diffusion de tout sondage la veille du jour de chaque tour de scrutin et le jour du vote.

Et, surtout, elle prévoit que la publication ou la diffusion des sondages électoraux s’accompagne d’indications précises. Le respect de cette réglementation est confié à la Commission des sondages (composée de neuf membres, renouvelables tous les six ans, – dont deux issus du Conseil d’État, deux de la Cour de cassation, deux de la Cour des comptes et trois experts désignés par le gouvernement). Son rôle est d’avertir, de corriger et de communiquer les erreurs qu’elle constate en publiant des mises au point.

Définition et méthodes

Depuis la loi de 2016, le sondage est strictement défini comme « une enquête statistique visant à donner une indication quantitative, à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements
d’une population par l’interrogation d’un échantillon ».

Cet échantillon – sorte de modèle réduit de la population – est formé grâce à ce que l’on appelle la « méthode des quotas », qui permet de constituer un groupe de personnes ayant les mêmes caractéristiques que l’ensemble de la population (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, commune, région). Le sondage peut également se fonder sur la méthode dite aléatoire, qui consiste en une sélection au hasard d’un nombre élevé de personnes appartenant à une population de référence. Quelle que soit la méthode utilisée, celle-ci reste imparfaite et les sondeurs doivent procéder au « redressement » des résultats bruts. Ce redressement peut être d’ordre sociodémographique, afin de rendre l’échantillon le plus conforme possible en proportion à la population de référence. 

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Il peut également être fondé sur des critères politiques, et c’est souvent le cas pour les sondages relatifs aux intentions de vote en période électorale. Pour cela, les instituts de sondages se réfèrent, par exemple, aux sondages passés. Ainsi, si dans une enquête il apparaît que seuls 5 % des sondés déclarent avoir voté pour un parti d’extrême droite aux dernières élections, alors qu’il a obtenu 15 % des suffrages, le sondeur considérera que ce parti politique est sous-estimé dans le sondage en question et que ce dernier doit donc être « redressé ». Enfin, malgré toute la rigueur possible qu’on lui accorde, tout sondage recèle toujours une marge d’erreur – appelée aussi marge d’incertitude ou intervalle de confiance –, laquelle doit obligatoirement être mentionnée avec la publication du sondage.

Mentions obligatoires

Un média qui publie un sondage doit obligatoirement indiquer les mentions suivantes :

  • le nom de l’institut ;
  • le nom de l’acheteur du sondage s’il est différent ;
  • le nombre des personnes interrogées et les dates auxquelles elles l’ont été ;
  • le texte intégral des questions posées ;
  • une phrase précisant que tout sondage est affecté d’une marge d’erreur (des résultats publiés ou diffusés) ;
  • le droit de toute personne à consulter la notice.

En effet, depuis la loi de 2016, les sondeurs doivent aussi communiquer à la Commission des sondages, avant la publication du sondage, une notice d’information comportant les conditions relatives à sa réalisation (son objet, la méthode de constitution de l’échantillon, le texte intégral des questions posées) afin qu’elles soient rendues publiques en ligne sur son site.