Le défi des reconversions professionnelles dans les centrales à charbon

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iconeExtrait de l’hebdo n°3845

Réseau Action Climat et l’Institut Veblen ont publié un rapport établissant un bilan du dispositif de reconversion des salariés du charbon. En sont tirés des enseignements pour construire une “vraie politique stratégique et d’anticipation” des reconversions des salariés, inévitables du fait de la transition énergétique.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 18/10/2022 à 12h00

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© Institut Veblen - Réseau Action Climat

Quel bilan tirer du dispositif mis en place pour la reconversion des salariés affectés par la fermeture des quatre centrales à charbon françaises, dont la fermeture devait être achevée en 2022 ? C’est à cette question que Réseau Action Climat (un réseau de 27 associations fédérées) et l’Institut Veblen ont cherché à répondre, dans un rapport publié à la fin septembre – qui n’est pas sans rappeler le travail commun effectué par la CFDT et la Fondation pour la Nature et l’Homme en 2021 sur l’industrie automobile. « Dans le cas qui nous intéresse, le dispositif a été pensé comme un “one shot”, tandis que la transition énergétique suppose de définir un cadre systématique, avec une vraie stratégie d’anticipation », explique Céleste Duriez, du Réseau Action Climat et coautrice du rapport avec Julien Hallak, chargé de mission à l’Institut Veblen.

Imaginer ce futur cadre et proposer une méthodologie des transitions à opérer dans tous les secteurs impactés supposait donc de commencer par tirer toutes les leçons de ce qui a été mis en place pour les salariés des centrales du Havre, de Gardanne, de Cordemais et de Saint-Avold, dont la fermeture découlait de la loi Énergie et Climat du 8 novembre 2019.

Urgence sociale et environnementale

Le dispositif d’accompagnement incluait – outre la reconversion des 700 salariés directs, 200 salariés portuaires et 500 salariés sous-traitants impactés – un engagement de l’État à hauteur de 30 millions d’euros étalés de 2021 à 2025. Si l’étude montre que l’accompagnement a été globalement satisfaisant du point de vue social et que la fermeture des quatre centrales ne laisse que peu de personnes sans solution (la plupart des salariés d’EDF ont pu être reclassés dans d’autres sites du groupe, par exemple), elle met en avant différents points sur lesquels « il faudra repenser l’approche ».

La méthode d’accompagnement que propose le rapport pose d’abord la question de l’anticipation. « Plus on attend, plus on risque de se retrouver au pied du mur, et la casse sociale sera inévitable », indique Céleste Duriez. Cela suppose un calendrier clair, et d’éviter le stop and go, qui freine la capacité des travailleurs à se projeter dans un avenir professionnel.

Les acteurs (territoires, partenaires sociaux, service public de l’emploi, etc.) doivent ensuite travailler de manière collective et poser les conditions d’un dialogue social et environnemental sur la transition des emplois. Sans oublier le rôle de l’État. Le rapport prône une intervention étatique forte, « indispensable pour que le sort des salariés ne dépende pas uniquement de la taille et des moyens de l’entreprise devant fermer ». Et Céleste Duriez de rappeler : « Il y a une urgence écologique et sociale à se pencher sur la reconversion des salariés. On ne pourra pas faire du “damage control”1 à chaque fois. »