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Le BTP : un secteur en plein essor, des salaires à la traîne et un dialogue social grippé

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Malgré les bons résultats enregistrés par les grands groupes du secteur, les négociations salariales patinent. Au risque de nuire à l’attractivité de métiers déjà peu prisés par les jeunes. Le point avec Rui Portal, secrétaire général de la Fédération nationale Construction et Bois (FNCB-CFDT).

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 07/01/2022 à 07h59

Rui Portal est secrétaire général de la Fédération nationale Construction et Bois.
Rui Portal est secrétaire général de la Fédération nationale Construction et Bois.© DR

Comment se porte le secteur du BTP ?

Le BTP a retrouvé son niveau d’avant-Covid, les carnets de commandes sont remplis. Y compris dans les travaux publics, qui nous inquiètent toujours un peu plus car ils dépendent de la commande publique, parfois ralentie en période électorale. Cette évolution favorable se vérifie également pour les autres secteurs de notre champ professionnel qui sont liés au BTP. Les entreprises de fabrication de matériaux de construction, par exemple. L’ameublement aussi, dont 50 % de l’activité découle de celle du bâtiment. Toutes les remontées des grands groupes dans lesquels nous sommes implantés sont positives1.

Quelles sont les perspectives ?

La hausse des coûts des matériaux que l’on ne produit plus en France et que l’on doit importer, avec les difficultés d’acheminement que l’on connaît, peut représenter un frein à la croissance. Ce qui pose la question de la production locale et de la réindustrialisation des territoires.
Cela dit, il faut bien garder en tête que les perspectives de 2022 restent favorables. Les plans de relance, s’ils ne prévoient pas d’investissements directs dans le BTP, contiennent des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de sortie du charbon. L’isolation des bâtiments – même si les plans de rénovation thermique ne sont pas à la hauteur de nos attentes – ou la construction de nouvelles centrales nucléaires auront un impact positif sur le BTP.

Cette conjoncture favorable se traduit-elle par une meilleure rétribution des salariés ?

On ne peut pas dire que les 800 000 salariés du secteur, qui sont des travailleurs de la deuxième ligne, aient obtenu une réelle reconnaissance, ni en matière de conditions de travail ni en termes d’augmentation salariale. Une bonne partie d’entre eux travaillent dans le gros œuvre et le bâtiment. Dans les travaux publics et le bâtiment, les salaires des ouvriers et des Etam se négocient à l’échelon régional. Ces négociations ont débuté en novembre 2021 et, jusqu’à présent, nous sommes très en dessous de l’inflation. En 2020 déjà, les revalorisations n’étaient pas à la hauteur, ne dépassant pas 0,5 % dans le meilleur des cas.

En novembre, nous avons refusé de signer l’accord relatif aux salaires des cadres des travaux publics, qui se négocient à l’échelle nationale. La proposition patronale était notoirement insuffisante. Là aussi, l’année précédente a été une année blanche. À la FNCB, nous espérons revenir autour de la table des négociations. Et en ce qui concerne le bâtiment, la négo n’a tout simplement pas eu lieu.

En raison d’un dialogue social bloqué ?

Oui, depuis trois ans, les deux fédérations patronales, la Fédération française du bâtiment (FFB) et la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), sont en conflit au sujet de la mesure de leur représentativité. Nous n’avons donc pas de cadre législatif qui nous permette de négocier. Cela dit, nous avons bon espoir car l’information est arrivée à la fin décembre d’une nouvelle mesure de la représentativité. La Capeb, avec laquelle la CFDT et la CGT entretiennent des relations satisfaisantes, devient majoritaire sur le périmètre de la convention collective des entreprises de moins de onze salariés, et cela crée un nouveau rapport de force. Parallèlement, la mise en place des statuts de l’Opco de la Construction ouvre de nouvelles perspectives en vue de relancer positivement le dialogue social dans le secteur du bâtiment.

Et dans les majors du BTP, quel est le climat ? Comment se passent les négociations annuelles obligatoires ?

Elles ouvrent peu à peu des négociations mais sont encore assez frileuses. Le plus souvent, leurs propositions se limitent aux primes Macron ou à des primes d’intéressement et ne portent pas suffisamment sur une revalorisation du salaire de base. Encore une fois, nous sommes en deçà du niveau de l’inflation. Pourtant, les grands groupes devraient être conscients du problème d’attractivité que cela pose et qui se manifeste déjà par une pénurie de recrutements. Le phénomène risque de s’aggraver si nous n’obtenons pas d’augmentation salariale.