“La transformation du Venezuela ne sera possible que par le dialogue et la réconciliation”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3800

Seule organisation syndicale démocratique et indépendante dans un pays ruiné par le gouvernement autoritaire de Nicolás Maduro, les responsables de l’Alliance syndicale indépendante, en visite à la Confédération, ont exprimé leur gratitude à l’égard de la CFDT pour son soutien inconditionnel. Malgré la pandémie, leur action pour restaurer des droits sociaux dans un pays plus que jamais miné par la pauvreté, la violence et la corruption n’a jamais cessé.

Par Claire Nillus— Publié le 23/11/2021 à 13h00

De gauche à droite : Mariano Fandos, secrétaire confédéral ; José Vicente Rivero, secrétaire général de l’ASI ; Marcela León, présidente de l’ASI ; Béatrice Lestic, secrétaire nationale CFDT et déléguée des travailleurs français à l’OIT.
De gauche à droite : Mariano Fandos, secrétaire confédéral ; José Vicente Rivero, secrétaire général de l’ASI ; Marcela León, présidente de l’ASI ; Béatrice Lestic, secrétaire nationale CFDT et déléguée des travailleurs français à l’OIT.© Syndheb

« C’est de nouveau une joie pour la CFDT de pouvoir échanger avec vous », a déclaré Yvan Ricordeau, le secrétaire national responsable des relations internationales, en accueillant la présidente de l’Alliance syndicale indépendante (ASI) du Venezuela, Marcela León, et son secrétaire général, José Vicente Rivero, le 18 novembre dernier. « Outre l’hommage rendu à Carlos Navarro, fondateur de l’ASI, disparu le 19 novembre 2020, cette rencontre incarne un moment important de la solidarité internationale syndicale, qui nous est chère, et nous permet de vous dire de vive voix tout le respect envers la conviction avec laquelle vous œuvrez pour changer les choses dans votre pays. »

Une situation qui a continuellement empiré

Critique avant la pandémie, la situation au Venezuela n’a fait empirer. Plus d’inégalités, plus de précarité, des droits humains et syndicaux constamment bafoués, notait déjà le rapport de la commission d’enquête de l’OIT de septembre 2019. Depuis, les indicateurs ont encore plongé. « Actuellement, 96,3 % de la population souffre d’une pauvreté extrême. Il n’y a pas d’essence, pas de transports, pas d’eau, pas d’électricité ni de connexion internet », rapporte Marcela León.

Dans ce contexte dramatique, l’ASI tient son rôle et continue de croire en l’avenir. « Avec le soutien inconditionnel de la CFDT, nous avançons. Et nous sommes venus vous dire tout ce que nous avons obtenu grâce à votre aide. » Car même avec les confinements successifs, l’ASI a continué de se développer, et ce, malgré la perte de près de 100 000 adhérents (sur 430 000) depuis 2015. « Nous travaillons pour récupérer la confiance des travailleurs dans le syndicalisme. En leur proposant de les représenter eux, à la différence des autres centrales syndicales qui, depuis trente ans, sont inféodées aux partis politiques », rappelle José Vicente Rivero.

Préparer l’avenir du Venezuela

Au début novembre se déroulait le conseil d’administration de l’OIT, pour lequel la délégation de l’ASI a souhaité faire le déplacement en Europe. « Le rapport de la commission d’enquête a été très important pour nous puisqu’il reconnaît l’inexistence d’institutions autonomes dans notre pays, les atteintes répétées à la liberté syndicale, l’absence d’État de droit. » À la suite de la publication de ce rapport, l’ASI a immédiatement créé un observatoire afin d’évaluer le respect par le gouvernement de Nicolás Maduro des recommandations émises par l’OIT.

1. Une large majorité des régions vénézuéliennes a voté pour le parti de Nicolás Maduro, dont le mandat doit se poursuivre jusqu’en 2024, année de la prochaine élection présidentielle.

À ce jour, seules 3 % d’entre elles ont été reprises mais, parmi celles-ci, figure la reconnaissance officielle de l’ASI, cinq ans après sa création. Depuis février dernier, l’organisation syndicale a réussi à mettre en place des discussions tripartites sur le travail et les salaires (l’ASI étant la seule organisation syndicale autour de la table). Neuf rencontres ont déjà eu lieu, au cours desquelles elle a pu faire des propositions. Par ailleurs, quelques signes semblent montrer une forme d’ouverture de la part du pouvoir en place : le gouvernement a accepté de s’entendre avec l’opposition dans le cadre du projet Covax relatif à la vaccination. Il a également autorisé un programme alimentaire destiné aux écoles et soutenu par l’ONU. Suspendu dans l’attente des résultats des élections régionales et municipales du 21 novembre1, le dialogue pourrait reprendre rapidement – c’est du moins ce qu’espère l’ASI.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

« Dans un pays où le niveau de violence et de violations des droits humains est maximal, parler de dialogue n’est pas facile… La population veut un changement rapide, par la violence si besoin. Mais l’ASI veut relever le défi du dialogue social car, pour nous, la transformation ne sera possible que par le consensus, le dialogue et la réconciliation, explique Marcela León. La CFDT incarne ce modèle de syndicalisme que nous voulons mettre en œuvre chez nous. Lorsque le pouvoir aura changé de camp, nous serons prêts. »