La Timone : un hôpital sous tension

iconeExtrait du magazine n°477

Alors que la crise sanitaire connaît une relative accalmie, les personnels des hôpitaux accusent le coup. Les arrêts de travail sont en hausse inquiétante et il est de plus en plus difficile de trouver des remplaçants. Le travail retombe ainsi sur des équipes réduites auxquelles on demande d’être polyvalentes. Reportage à La Timone, le plus grand centre hospitalier de Marseille.

Par Jérôme Citron— Publié le 02/11/2021 à 09h03

image
© Patrick Gherdoussi

L’entrée de La Timone, impossible de rater cet immeuble moderne qui a défrayé la chronique : l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection. Pendant la première vague, les Marseillais s’y sont précipités pour pouvoir se faire tester ou être pris en charge par le chef de cet État dans l’État, le très controversé et charismatique Didier Raoult.

Chaque jour, une longue file d’attente se formait dès les premières heures de la journée. Une image que le personnel de l’hôpital n’est pas près d’oublier, symbole d’un temps qui semble déjà loin, en ce mois d’octobre…

« À cette époque, nous étions tous volontaires. Toute l’organisation de l’hôpital a été chamboulée, mais les agents l’acceptaient. Nous nous sentions utiles. » Cadre de santé dans un des laboratoires et secrétaire de la section CFDT, Sylvain Rio se souvient de la réactivité des équipes et des procédures facilitées.

« L’administration s’était mise au service des personnels. » Au pic de la première vague, 617 lits étaient consacrés aux patients Covid, dont 140 en réanimation, contre une capacité de 75 lits pour les maladies infectieuses habituellement. Une grande partie du personnel a ainsi dû changer ses habitudes de travail et même, pour certains, partir en formation afin de renforcer la réanimation.

Yvette Garcia, Yvette Meyer et Sylvain Rio représentent la CFDT au quotidien.
Yvette Garcia, Yvette Meyer et Sylvain Rio représentent la CFDT au quotidien.© Patrick Gherdoussi

Quatre vagues plus tard, l’extraordinaire est devenu ordinaire. La réanimation est encore un peu chargée, mais tous les autres services ont repris leurs activités avec toutes les difficultés qui existaient avant la crise et qui n’ont fait que s’amplifier. En premier lieu, le manque de personnel. C’est le point noir qui revient dans toutes les discussions. Il faut toujours faire plus avec moins. Et ce n’est pas forcément une question de budget.

L’hôpital a beau avoir mis en place un système centralisé pour les heures supplémentaires, il devient de plus en plus difficile de trouver des volontaires. Et les infirmières, les techniciens de laboratoire ou les aides-soignants disponibles en intérim ou en CDD sont une denrée rare.

Signe d’un malaise grandissant, le taux d’absentéisme ne cesse de progresser. Avec 9,6 %, il est supérieur à la moyenne nationale. Cela représente 1 200 professionnels qui manquent chaque jour au bon fonctionnement de l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille).

Entre les cas de Covid, les personnes en burn-out et les arrêts «classiques», il devient de plus en plus difficile pour les équipes d’assurer le travail quotidien. « Chaque jour, je dois former de nouvelles personnes qui viennent en renfort. Ce n’est jamais les mêmes. Cela nous fait perdre du temps et de l’énergie », soupire une technicienne.

À cette tension palpable s’ajoute la question de la vaccination obligatoire, qui a du mal à passer dans cet hôpital. L’établissement faisait partie des moins vaccinés de France avant que ne tombe le couperet.

La vaccination obligatoire divise

Si aujourd’hui 97 % des personnels sont vaccinés, selon le dernier pointage de la direction, à la mi-septembre (60 % un mois auparavant), la rancœur s’est installée. « J’étais contre, mais je voulais bouffer », lâche une infirmière.

À l’inverse, cette cadre qui a été la première à se faire vacciner avec le médecin chef de service ne comprend pas cette fronde. Un dialogue compliqué entre collègues qui n’arrange rien à l’ambiance quand la charge de travail s’alourdit. Pour l’instant, une centaine de personnes ont été suspendues faute de vaccin à l’AP-HM sur près de 15000 médicaux et non médicaux.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

Un taux plutôt bas, mais qui ne tient pas compte des personnes en arrêt de travail depuis le 15 septembre, et dont nul ne connaît la position vis-à-vis du vaccin.

« On sent une grande fatigue et une détresse psychologique chez les soignants », résume Yvette Meyer.

Selon cette militante CFDT, le plus marquant est de constater une forme de morosité et de repli sur soi dans les services. « Les agents font leur travail et s’en vont. Il y a moins de partage. Ils n’ont pas repris le chemin de la cantine… » Membre du comité de gestion des œuvres sociales, elle est également aux premières loges pour constater une crise sociale dont on parle encore peu.

Autant de difficultés qui ne sont pas propres aux personnels hospitaliers mais qui expliquent aussi la fatigue des agents en cette rentrée. Après la tempête, il n’est pas si facile de naviguer en eau calme.