“La présidence française de l’Union européenne doit permettre d’avancer sur les sujets sociaux”

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Par Nicolas Ballot et Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 04/01/2022 à 13h02

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© Stéphane Lagoutte/Challenges-RÉA

La nouvelle présidence française de l’Union européenne (PFUE) a débuté le 1er janvier. En tant que président de la Confédération européenne des syndicats (CES), quelles sont tes attentes et tes priorités ?

J’en pointe trois. La première, ce sont les dossiers sociaux. Il s’agit de continuer le chemin qui a été pris par la présidence portugaise avec la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux. Nous devons concrétiser l’instauration d’un salaire minimum en Europe. Le projet de directive est paru mais il faut aller au bout. Nous devons avancer sur la transparence salariale entre les femmes et les hommes, sur le devoir de vigilance afin de lutter contre les logiques de dumping social mais aussi pour que l’Europe demande aux entreprises de son territoire d’avoir des logiques sociales et environnementales beaucoup plus fortes.

“Ce serait le bon moment que la présidence française interpelle les organisations syndicales et patronales européennes afin de négocier la mise en œuvre d’un droit individuel à la formation.”

Il y a également la question des travailleurs des plateformes, pour lesquels on doit obtenir des droits sociaux et rendre concrète la directive sortie en décembre 2021. J’ajouterais à ces dossiers sociaux les enjeux de formation. Ce serait le bon moment que la présidence française interpelle les organisations syndicales et patronales européennes afin de négocier la mise en œuvre d’un droit individuel à la formation.

Le deuxième grand pilier, important à nos yeux, c’est la révision des règles de gouvernance économique de l’Union européenne et des règles budgétaires. L’UE doit intégrer des outils de gouvernance sociale, d’autres critères que le seul ratio dette/PIB pour évaluer son action tels que l’éducation, la santé, l’impact environnemental…

Le troisième élément important pour la PFUE, c’est la citoyenneté européenne et la place de l’Europe dans la vie des citoyens. Il faut redonner goût à l’Europe, la rendre plus concrète, notamment aux yeux des jeunes. On avait proposé un passe Europe, le président de la République parle d’un service civique ; soit, mais il faut l’élargir. Des travaux ont été lancés dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, à laquelle je participe au titre de président de la CES. Il faudra trouver des débouchés très concrets.

Est-ce que la crise Covid a été un accélérateur d’une Europe plus sociale et plus protectrice ?

Cette crise a mis l’Europe à l’épreuve. On pourrait être aujourd’hui dans une situation catastrophique. L’Europe a déclenché un plan d’urgence, il y a eu un plan de relance, elle a géré les vaccins plutôt bien, même s’il y a eu des critiques, elle a continué à investir dans le Green Deal… L’Europe a fait le job ! Et la crise sanitaire a surtout montré que lorsque l’on voulait avoir des politiques sociales pour les travailleurs et les citoyens et des politiques d’investissement dans l’avenir, on pouvait le faire. La crise Covid a eu son utilité en matière d’enseignements sur ce qu’est un bon système de protection sociale et de solidarité, et son utilité pour démontrer la force d’intervention de l’Europe.

Quel est le rôle du mouvement syndical européen dans ce contexte ?

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, on a été très consultés et on continue de l’être. La CES a pu porter ses propositions. Le problème, aujourd’hui, des organisations syndicales, et donc de la CES, c’est d’avoir un interlocuteur patronal qui tienne la route. Au-delà d’être un acteur de lobbying, le patronat européen est presque uniquement une force de résistance et d’inertie. La PFUE doit aussi mettre les partenaires sociaux européens au pied du mur. C’est la raison pour laquelle on propose qu’un rendez-vous de dialogue social soit fixé pendant la présidence, qui renvoie à une obligation de négociation sur un sujet ou un autre. Le sujet que nous privilégions est celui du droit à la formation, qui donne à chacun des droits à utiliser en vue de développer ses compétences.