La chute inédite des admissibles dans l’enseignement fait craindre une rentrée difficile

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iconeExtrait de l’hebdo n°3825

Le 11 mai, l’Éducation nationale rendait publics les chiffres d’admission au Capes, faisant craindre un manque de professeurs à la rentrée, notamment en mathématiques et en allemand. Dans le 1er degré, la situation est également très préoccupante, notamment en Île-de-France.

Par Pauline Bandelier— Publié le 24/05/2022 à 12h00

La rentrée scolaire s‘annonce difficile après les difficultés de recrutement au Capes.
La rentrée scolaire s‘annonce difficile après les difficultés de recrutement au Capes.© Simon Lambert/Haythman-Réa.

« Les résultats aux concours qui sont en train de tomber sont catastrophiques », lâche Françoise Lambert, secrétaire nationale du Sgen-CFDT. Si les résultats d’admissibilité des concours de professeurs courent jusqu’en juin, ceux du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) annoncent déjà la couleur : 85 postes d’admissibles sur 215 postes publiés en allemand et 816 sur 1 035 en mathématiques. À titre de comparaison, pour cette même discipline, 1 702 candidats étaient admissibles pour 1 167 postes en 2021. Pour le 1er degré, la situation est « critique en Île-de-France », pointe Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la Fédération Sgen-CFDT. À Créteil, les admissibles ne représentent que la moitié des postes publiés, un chiffre qui chute à un tiers (500 sur 1 500 environ) pour l’académie de Versailles.

Le ministère de l’Éducation nationale s’est voulu rassurant, affirmant avoir « anticipé » le phénomène, lié selon lui à la réforme du Master de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (Meef). En effet, depuis cette année, les étudiants de ce master passent le concours en M2 et non plus en M1. Or, les étudiants qui arrivent en M2 cette année ont déjà obtenu le concours en M1 l’année dernière, ce qui réduit le vivier de candidats.

Un manque d’attractivité de la profession

« Le ministre annonce qu’il y a de la réserve, mais à l’inverse nous constatons que les remplacements sont difficiles à assurer sur le long terme », a réagit Catherine Nave-Bekhti, ajoutant que le phénomène de baisse du nombre d’inscrits « n’est pas nouveau et s’accentue d’année en année ». En cause : des salaires peu compétitifs, les enseignants débutants plafonnant à 1,1 fois le Smic malgré un bac + 5 : « Le Grenelle de l’éducation a permis des revalorisations significatives pour les débuts de carrière, mais elles ont très vite été rognées par l’inflation », déplore la secrétaire générale.

Au-delà de la question salariale, le Sgen-CFDT insiste sur l’importance de donner des perspectives de carrière aux jeunes enseignants : « Il faut, sans doute, leur offrir des possibilités d’évolution hors enseignement, et sortir du modèle vocationnel, ce que malheureusement le ministre actuel n’envisage pas. »

Sortir du prisme idéologique

Pour l’heure, les annonces du gouvernement ne rassurent pas : « Emmanuel Macron a plutôt inquiété en promettant une rémunération supplémentaire conditionnée au fait de travailler plus, alors que les enseignants se plaignent déjà d’une masse de travail trop importante », détaille Catherine Nave-Bekhti, qui appelle à « sortir du prisme idéologique ». La réintroduction des mathématiques dans le tronc commun, annoncée dans les médias et sans concertation, n’a pas arrangé les choses.

Pour la rentrée prochaine, le Sgen-CFDT dit craindre des situations particulièrement préoccupantes dans les écoles primaires ou dans les établissements du second degré, avec des absences d’enseignants et des remplacements quasi impossibles : « Le recours aux contractuels, largement utilisé ces dernières années, ne suffira pas. Déjà en 2021-2022 de trop nombreux élèves avaient été privés d’enseignants parfois pendant plusieurs mois, sans que le gouvernement ne prenne les mesures nécessaires pour assurer partout le service éducatif dû à la population », déclare Françoise Lambert.