La CFDT des chambres de métiers mise sur la formation

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icone Extrait de l'hebdo n°4026

La CFDT des chambres de métiers et de l’artisanat (CFDT CMA) se bat pour le droit des agents du réseau, dont le statut est très spécifique. À force de mobilisations, les lignes ont bougé, comme l’a montré la négociation de l’accord national relatif à la formation professionnelle.

Par Jérôme Citron Publié le 08/09/2026 à 12h00

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Travailler dans une des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA), c’est intégrer un univers un peu à part dans le paysage social de notre pays. Les « chambres consulaires » actuelles sont en effet le fruit d’une longue histoire qui a débuté autour du xvie siècle avec les premiers bureaux de commerce. Aujourd’hui, la France compte trois grands réseaux consulaires : les chambres de commerce et d’industrie (CCI), les chambres d’agriculture et, enfin, les chambres liées à l’artisanat (CMA). L’objectif de chacun de ces trois réseaux est d’accompagner les entreprises de leur secteur, de défendre leurs intérêts tout en assurant un très important travail en matière de formation (formation des artisans et de leurs salariés ainsi que de leurs apprentis).

Le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat qui nous intéresse aujourd’hui – le réseau a fêté ses 100 ans en 2025 – emploie près de 11 000 salariés, dont 36 % d’enseignants. Ce sont des agents de droit public mais qui ne sont pas fonctionnaires. Ce statut très spécifique s’explique justement par cette longue histoire des réseaux consulaires. Ils remplissent une mission de service public tout en étant dirigés par des chefs d’entreprise élus par leurs pairs au sein d’établissements publics sous tutelle de l’État. « Cette spécificité est une arme à double tranchant, résume Fabienne Wachez, élue nationale CFDT CMA. Notre statut à part est plutôt protecteur par rapport au privé, mais il nous oblige à négocier toutes les avancées sociales. Il n’y a pas d’alignement automatique des droits. »

Un statut à part

Première organisation syndicale du réseau avec 43,5 % des suffrages aux dernières élections professionnelles (FO et CGT sont toutes deux autour de 20 %, la CFE-CGC est à peu près à 16 %), la CFDT a toujours été claire sur sa stratégie : veiller à aligner le droit des agents afin qu’ils ne soient pas les grands oubliés des avancées obtenues dans les secteurs privé et public. « Nous essayons d’anticiper autant que possible les évolutions pour entamer des discussions en amont avec nos employeurs, renchérit Frédéric Goulay, élu national CFDT CMA. Nous sommes à la fois têtus et obstinés, mais aussi très pragmatiques et constructifs. L’idée n’est pas de vendre du rêve aux agents mais de faire en sorte que leur statut à part ne soit pas un obstacle à leur évolution professionnelle ou qu’il les pénalise sur le long terme. »

Le dernier accord relatif à la formation, signé à la fin de l’année 2025, constitue un bon exemple de cette stratégie syndicale revendiquée par ces militants CFDT. Alors que la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel avait largement oublié les salariés des réseaux consulaires, la CFDT CMA n’a rien lâché et est finalement parvenue à négocier en 2025 un accord mieux-disant concernant la sécurisation des parcours professionnels. « Les droits à la formation des agents des CMA étaient réduits à peau de chagrin depuis quelques années. Seuls perduraient le plan de développement des compétences, à la main des employeurs, et le CPF1. Ces dispositifs ne permettaient pas de construire un véritable parcours professionnel ni d’anticiper les transformations de nos métiers. Dès qu’il a été possible de négocier des accords nationaux [en janvier 2025], la CFDT CMA a revendiqué et obtenu que le premier d’entre eux concerne la sécurisation des parcours professionnels », résume Fabienne.

Pour la formation professionnelle continue, 1,2 % de la masse salariale

Une année et seize réunions auront été nécessaires pour aboutir finalement à un accord. Les négociateurs ont obtenu un financement annuel de la formation professionnelle continue à hauteur de 1,2 % de la masse salariale globale, dont 0,3 % alimentant les droits à CPF et CEP2. Ainsi, le texte prévoit le financement de formations internes et externes à la CMA (notamment des préparations aux concours administratifs) et la sécurisation des mobilités choisies pour les agents des CMA. « Cet accord revêt une importance cruciale dans le contexte actuel : le réseau des CMA subit une réduction significative des financements publics ; il doit se transformer, mettant en péril les emplois et les trajectoires professionnelles d’un certain nombre de nos 11 000 collègues », explique Fabienne.

L’avenir incertain du réseau

Dans cette période compliquée, le principal objectif des militants CFDT consiste donc à obtenir des outils à la main des collègues qui visent à leur donner les moyens de rebondir, à l’intérieur ou à l’extérieur du réseau des CMA. « Nous sommes satisfaits d’avoir réussi à obtenir un nouveau cadre ambitieux et protecteur, que nous pensons plus efficace que les dispositifs de droit commun », abonde François Robine, membre du collectif national CFDT CMA. « Notre objectif est de protéger au maximum nos collègues face à un avenir incertain du réseau, renchérit Fabienne. Cet accord s’inscrit dans cette vision. Nous voulions également obtenir que les agents des CMA puissent rejoindre plus facilement la fonction publique s’ils le souhaitaient, mais nous n’avons pas été suivis pour l’instant. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Ces militants passionnés savent pertinemment qu’ils devront remettre l’ouvrage sur le métier mais, d’ici là, un autre chantier a été ouvert, et pas des moindres : celui du pouvoir d’achat. Même les directions reconnaissent la faiblesse des rémunérations dans le réseau, tout en assurant qu’elles n’ont pas beaucoup de latitude… Les discussions s’annoncent donc tendues mais les élus CFDT comptent bien se faire entendre. Là encore, pragmatisme et persévérance sont les maîtres mots.