Inditex, un plan social… très spécial

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iconeExtrait de l’hebdo n°3783

L’entreprise espagnole, numéro 1 mondial du textile, a déclenché une procédure de plan de sauvegarde de l’emploi en France. Les 72 salariés visés ont refusé de signer un avenant à leur contrat de travail impliquant une baisse de leur rémunération. La CFDT dénonce un PSE injustifié et un mépris de la part de l’entreprise envers ses salariés.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 22/06/2021 à 12h00 et mis à jour le 23/06/2021 à 06h06

À Bordeaux, en novembre 2020, des salariés de l’enseigne de vêtements Zara chargent un camion de livraison avec les commandes effectuées en ligne par des clients sur le site internet de l’enseigne…
À Bordeaux, en novembre 2020, des salariés de l’enseigne de vêtements Zara chargent un camion de livraison avec les commandes effectuées en ligne par des clients sur le site internet de l’enseigne…© Sébastien Ortola/RÉA

Dans les magasins Bershka, Oysho, Pull&Bear, Zara et autres enseignes de prêt-à-porter du groupe Inditex, c’est l’effervescence après des mois de fermeture. À vrai dire, l’activité de l’entreprise n’a jamais cessé. Même pendant les confinements successifs, par le recours à internet, la machine a tourné à plein régime. « Des équipes de quatre salariés se relayaient dans les magasins pour assurer la vente à distance », précise Tarek Hadj Salah, délégué syndical central. Avec une hausse de 77 % de ses ventes en ligne, l’activité d’Inditex, numéro 1 mondial du textile, n’a pas souffert outre mesure de la crise. Aussi, rien ne justifiait la décision de la direction espagnole du groupe de réviser à la baisse la rémunération de certains salariés, et de licencier ceux qui ne sont pas d’accord.

Comment en est-on arrivé là ? Un accord de branche récemment signé, négocié par la CFDT, comportait de substantielles revalorisations. Un peu trop au goût de l’entreprise, qui a souhaité neutraliser les effets de l’accord de branche en modifiant la structure de la rémunération – par une hausse du fixe et une diminution de la part variable. « Cela se traduisait par une perte de salaire d’environ 300 à 800 euros par mois pour les cadres et agents de maîtrise », souligne Tarek.

Des pressions systématiques

La direction a tout tenté pour inciter les cadres à signer l’avenant à leur contrat de travail, y compris en jouant sur une corde sensible. « Ils ont prétendu que l’impact financier de l’accord de branche entraînerait la fermeture de plusieurs magasins, explique Tarek. L’entreprise a réussi à faire signer 95 % des cadres ; beaucoup ont cédé à la pression, de peur de perdre leur emploi ou de subir une mobilité géographique arbitraire. » Les 72 salariés (essentiellement des cadres et agents de maîtrise) qui n’ont pas cédé à la pression sont alors licenciés dans le cadre d’un PSE, décidé de façon unilatérale par la direction.

La section, soutenue par la Fédération des Services, réagit aussitôt et publie un communiqué. « La CFDT ne signe pas le plan de sauvegarde de l’emploi et dénonce le mépris assumé de l’entreprise pour ses salariés. » Les mesures prévues dans le cadre du plan social étant largement insuffisantes, la CFDT réclame davantage de moyens dédiés à l’accompagnement des 72 salariés, « ce qui représente une goutte d’eau notamment par rapport aux 130 millions d’euros investis dernièrement par le groupe en vue de l’extension de son siège social ».

Une négligence de l’entreprise

La Fédération des Services considère que l’employeur a fait preuve de légèreté et n’a pas assumé ses responsabilités. « Inditex n’a sans doute pas suivi de près la négociation de branche et s’est réveillée trop tard, explique Adrien Guellec, secrétaire fédéral. Vu la place qu’ils occupent au sein de la fédération patronale, ils auraient pu infléchir le cours des choses. Aujourd’hui, ils font porter le poids de leur négligence sur les 72 salariés licenciés. » La Direccte n’a rien trouvé à redire à ce plan social pourtant très spécial. « Du moment que le PSE respecte les formes, l’homologation suit ; il est rare que les inspecteurs examinent le fond, estime Adrien. Nous avons un contre-exemple avec le PSE de Repetto, qui a été retoqué, mais cela reste exceptionnel. »

À force de ténacité, la CFDT a tout de même obtenu des conditions plus dignes pour les salariés partants, dont des congés de formation et une enveloppe de 12 000 euros destinée à financer les projets de création d’entreprise.

Un travail de restructuration des sections

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Pendant tout ce processus, la CFDT (qui a obtenu 66 % des voix aux dernières élections professionnelles) a été la seule organisation syndicale à contester le plan social. Une scission de la section, en 2019, a déstabilisé l’équilibre des forces syndicales en présence (Unsa, FO, CFE-CGC, CGT) et entraîné la perte de la majorité au CSE central, ce qui a fortement limité la capacité d’action des militants CFDT. L’heure est à la restructuration des différentes sections et à de nouvelles désignations de délégués syndicaux. Ce chantier, entamé avant les restrictions sanitaires, se poursuit avec l’appui de la fédération. Le délégué syndical central et son équipe ont repris leur bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des syndicats, des élus et des salariés. Un travail de terrain indispensable dans la perspective de la prochaine échéance électorale, prévue dans un an.