“Ici, on ne promet pas de résultats mais on s’engage sur les moyens”

temps de lectureTemps de lecture 5 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3794

Depuis février 2020, l’Union locale de Valserhône renaît grâce à des actions de proximité et un dynamisme militant à toute épreuve. Les salariés sont de plus en plus nombreux à pousser la porte de la permanence.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 12/10/2021 à 12h00

De gauche à droite : Malik, Michel et Cédric.
De gauche à droite : Malik, Michel et Cédric.© Syndheb

1. Depuis le 1er janvier 2019, Valserhône regroupe les communes de Bellegarde-sur-Valserine, Châtillon-en-Michaille et Lancrans.

C’était un territoire devenu exsangue. Valserhône1, la troisième ville de l’Ain, n’avait plus de structure de proximité. Cette région d’origine ouvrière qui a attiré tant d’industriels par le passé s’est transformée au fil des décennies. Les usines ont laissé place aux commerces et services mais la présence syndicale, elle, s’est peu à peu tarie. « Ici, il y a tout à construire, à redynamiser. Et du terrain à prendre en termes de représentativité », glisse Malik Belkadi, secrétaire général du S3C CFDT Isalpin.

Avec Cédric Chennaz – responsable du développement du S3C Isalpin et cheville ouvrière du projet – et le soutien de l’Union départementale de l’Ain, il décide de reconstruire l’union locale (UL) et d’en faire un véritable lieu d’accueil et de conseils. Le projet répond directement aux évolutions actées lors du congrès de la CFDT-Auvergne-Rhône-Alpes de transformer les UL en unions de proximité. Les deux comparses savent qu’ils peuvent également s’appuyer sur la Cnas (Caisse nationale d’action syndicale), qui a ouvert la voie au financement d’actions innovantes comme les lieux de proximité. Leur dossier Cnas, déposé en 2019, a d’ailleurs été rapidement accepté.

Des repères bousculés par la pandémie

Les débuts ont été rocambolesques, pour ne pas dire chaotiques : les permanences, tenues chaque semaine au cœur du centre-ville, sont stoppées net en mars 2020 avec le confinement national. Elles reprendront à la fin de l’été avant d’être de nouveau suspendues en novembre, lors du deuxième confinement. Ces événements sanitaires, loin d’entamer la motivation des militants, les ont surtout confortés dans leur choix. Car les salariés sont de plus en plus nombreux à pousser la porte de la permanence. « Le bouche-à-oreille fonctionne bien et les messages diffusés dans la presse locale au moment du lancement ont amené un public qui ne serait jamais venu autrement », développe Cédric Chennaz.

Il faut dire qu’avec la pandémie, beaucoup de repères ont été bousculés. « On a vu arriver des travailleurs totalement perdus en ce qui concerne leurs droits, avec en face des employeurs qui ont profité de la crise pour les déstabiliser et remettre en question des certitudes. » Bien souvent, un simple rendez-vous suffit, et la majorité des visites à la permanence relèvent de la demande d’informations ou d’un premier niveau de conseil. Comme Arthur, agent de propreté, venu demander des informations au sujet de son solde de tout compte après un licenciement. « Si nous n’avons pas la réponse, on cherche la solution en interne grâce à une dynamique de réseau. On ne promet pas de résultats mais on s’engage sur les moyens et la rapidité d’un retour pour ne pas laisser la personne seule », poursuit Cédric.

Mais, parfois, le sujet nécessite un accompagnement plus long. C’est le cas d’Audrey. Employée d’un équipementier automobile de la région, elle a poussé la porte de la permanence avec trois de ses collègues, à l’automne dernier. Aujourd’hui, un épais classeur sous le bras, elle vient aujourd’hui faire le point sur son dossier. Depuis 2017, cette commerciale a connu deux rachats et vu son contrat de travail « grignoté » au fur et à mesure : un taux horaire qui change tous les mois, des avancements de poste jamais formalisés, des heures supplémentaires et des primes supprimées. « Il nous a tout fait. Récemment, il a voulu nous mensualiser notre treizième mois. J’ai refusé mais deux de mes collègues ont accepté. Sauf que la mensualisation n’apparaît plus dans leur salaire », résume-t-elle.

À ses côtés depuis le début, Michel tente de la rassurer et lui explique les prochaines étapes. Cet avocat, adhérent depuis plus de dix ans, vient régulièrement donner un coup de main à la permanence. « J’aide le syndicat auquel j’appartiens avec les compétences qui sont les miennes », explique-t-il simplement. « Son expertise juridique est précieuse, tout comme la diversité des profils et des parcours syndicaux des militants de cette permanence », appuie Malik.

Avant tout, garder le contact avec le terrain

Pour l’aider dans sa démarche, l’équipe dispose sur place d’un recueil d’outils précieux : on y retrouve les fiches contact (remplies systématiquement en vue de permettre un meilleur suivi), des fiches techniques d’ordre juridique, les coordonnées de tous les syndicats CFDT de l’Ain, le guide des droits… sans oublier le bulletin d’adhésion simplifié. « Car, derrière, il y a toujours la logique de développement », insiste Cédric. Entre deux rendez-vous, les militants de la permanence prennent le temps de discuter des différents dossiers captés au gré des rencontres et des tournées syndicales. Pour ne jamais perdre le contact avec le terrain.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

« Pas question de nous enfermer dans une espèce de tour d’ivoire. Au contraire, on souhaite que le maximum de syndicats du département s’investissent dans ce projet. Déjà, le Syndicat Santé-Sociaux de l’Ain est partie prenante ». Pour faire connaître le plus possible le lieu, les militants ont choisi de le mettre à la disposition des sections syndicales qui souhaitent organiser, par exemple, des rencontres avec les salariés en dehors du temps de travail. Courant novembre, l’union de proximité de Valserhône sera officiellement reconnue par l’UD de l’Ain. Mais déjà, ces militants ont tout le soutien nécessaire pour continuer à faire vivre, au plus près des salariés, la CFDT sur le territoire.