Harcèlement au travail : de bonnes intentions mais pas d’amélioration notable

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icone Extrait de l'hebdo n°4031

Un tiers de salariés déclarent avoir été victimes d’une situation de harcèlement au cours de leur vie professionnelle, une proportion qui ne diminue pas en dépit d’un cadre réglementaire plus strict. 

Par Claire Nillus — Publié le 13/10/2026 à 12h00

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© Michel Gaillard/RÉA

Les conclusions du deuxième baromètre de Qualisocial sur le harcèlement au travail sont tombées le 1er octobre. Et elles ne sont pas bonnes. Premier enseignement : la proportion de victimes présumées de harcèlement au travail demeure aussi élevée qu’en 2022, date du premier baromètre. Le deuxième enseignement, c’est que ce niveau stagne alors que la connaissance dans ce domaine progresse, de même que les obligations faites aux employeurs de mettre en place des actions concrètes au sein de leurs entreprises. « L’intention est là mais l’exécution concrète décroche », révèle l’étude, et cet écart explique pourquoi les indicateurs n’ont pas évolué depuis quatre ans.

Toutes les entreprises doivent désigner un référent VSS

Pourtant, depuis 2019, les entreprises sont tenues de désigner un référent harcèlement sexuel et agissements sexistes1, et ce, quelle que soit leur taille. Mais seules 4 % des victimes présumées disent avoir fait appel à lui, et beaucoup ignorent son rôle (c’est le cas de 57 % des répondants). De plus, dans les grandes structures (plus de 200 salariés), le dispositif de signalement des situations de harcèlement sexuel est connu de seulement 42 % des femmes, un taux qui chute à 12 % dans les petites structures (mois de 20 salariés). Enfin, selon 77 % des personnes interrogées, identifier un cas de harcèlement reste chose difficile.

« Savoir qu’une loi existe ne suffit pas à reconnaître une situation ni à agir », souligne Qualisocial, qui pointe une inadéquation entre le droit théorique et la réalité de terrain. De fait, la distinction entre « agissement sexiste », « harcèlement sexuel », « agression sexuelle » et « harcèlement moral » relève de catégories juridiques précises qui renvoient elles-mêmes à des seuils de preuve pouvant générer de la confusion : « atteinte à la dignité », « propos répétés ou non », « situation intimidante, hostile ou offensante », « pressions graves mais non répétées », etc., ne sont pas des notions faciles à cerner. Sans une bonne pédagogie à ce sujet, il n’est pas aisé de repérer des situations critiques, surtout lorsqu’il s’agit de harcèlement moral.

La parole se libère difficilement

Par ailleurs, même lorsqu’ils sont bien informés quant à l’existence d’un canal de signalement dans leur entreprise, beaucoup de salariés pensent qu’y avoir recours pourrait avoir des répercussions négatives sur leur carrière, comme le craignent 64 % des jeunes de 18-24 ans interrogés et 56 % des femmes. Un dispositif clair et accessible ne suffit donc pas à instaurer la confiance dans le fait d’être soutenu.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

L’étude fait également un focus sur les managers : ils se disent plus victimes que les autres salariés (52 % pour les premiers contre 33 % chez les seconds) mais s’avèrent aussi beaucoup plus harceleurs puisque 31 % des dirigeants se déclarent auteurs présumés de situation de harcèlement (contre 8 % parmi les salariés). C’est encore un autre enseignement clé de ce baromètre que la nécessité de formation à l’exercice du pouvoir hiérarchique, sans doute l’un des leviers les plus importants afin de faire reculer le harcèlement au travail.