Formation professionnelle, la CFDT liste ses propositions

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iconeExtrait de l’hebdo n°3785

Le cycle de discussions paritaires sur la formation professionnelle arrive bientôt à son terme. Avant d’aborder la dernière séance fixée à l’agenda social autonome puis le rendez-vous avec le gouvernement en juillet, la CFDT présente un certain nombre de pistes d’évolution.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 06/07/2021 à 12h00 et mis à jour le 26/08/2021 à 13h57

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© Robert Kluba/RÉA

1. Accord national interprofessionnel.

Les travaux engagés le 20 avril par les partenaires sociaux sur de possibles aménagements de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel doivent aboutir à une position commune, soit sous la forme d’un ANI1 (option privilégiée par la CFDT), soit d’un relevé de conclusion formulant des propositions.

1. Compte personnel de formation.

Complexe, car nécessitant de nombreux allers-retours entre les organisations patronales et syndicales (à l’exception de la CGT), la discussion s’est construite autour de cinq blocs thématiques : le CPF1 et le développement des compétences ; les transitions professionnelles ; l’alternance ; l’observation prospective des besoins et la certification ; la gouvernance et le financement.

CPF, miser sur la qualité

Les propositions portées par la CFDT découlent d’une même logique : renforcer le dialogue social à tous les niveaux d’intervention (entreprise, branche, territoire, interprofessionnel) et garantir une meilleure efficacité des dispositifs existants. « Nous devons nous saisir des dynamiques positives observées sur le CPF et l’apprentissage pour les resserrer sur la montée en compétences des salariés », note Yvan Ricordeau, secrétaire national chargé de la formation professionnelle.

1. Répertoire national des certifications professionnelles.

En effet, rien ne prouve que le succès quantitatif du CPF soit réellement corrélé à une amélioration du parcours des salariés. C’est possible quand la formation est sanctionnée par un diplôme ou titre inscrit au RNCP1, mais beaucoup moins sûr en ce qui concerne la multitude de certifications aujourd’hui disponibles sur le marché. Pour certaines de ces certifications, une validation par le conseil en évolution professionnelle (CEP), extérieur à l’entreprise, permettrait de s’assurer que la formation demandée correspond bien à une évolution professionnelle.

Autre élément clé, le dialogue social au sein de l’entreprise doit définir une véritable politique de développement des compétences des salariés, ce qui suppose un changement de philosophie. « Il faut sortir de la vision “catalogue de formations” et évoluer vers une stratégie de développement des compétences accrochée à la stratégie économique de l’entreprise », précise Yvan.

Transco, un enjeu d’avenir

Les transitions professionnelles, traitées dans le deuxième bloc de la concertation, constituent un enjeu majeur des transformations accélérées par la crise Covid. « Cette question fait partie des points pivots de la discussion, et nous devons voir comment sera prise en charge la reconversion des salariés au vu des mutations en cours, souligne Yvan. On le voit déjà avec le secteur automobile, qui est en train de changer de modèle économique, et ce n’est pas le seul concerné. »

La CFDT préconise de pérenniser le dispositif Transco et, sur la base des expérimentations engagées, d’en faire un enjeu d’avenir qui « nécessite la mise à plat de tous les dispositifs de transition des salariés ». Le rôle du CEP dans les transitions professionnelles est donc à consolider. Renforcer l’obligation d’information sur le CEP par l’employeur et faciliter l’accès à un premier niveau d’information en organisant un accueil CEP dans les locaux de l’entreprise figurent parmi les pistes envisagées.

Alternance, investir à bon escient

1. Centres de formation des apprentis.

Troisième sujet examiné par les partenaires sociaux : l’alternance. La loi de 2018 a profondément transformé le système de l’apprentissage en le libéralisant, les CFA1 étant désormais financés au coût contrat. Des coûts contrat fixés par les branches en 2019 et dont une mise à jour est prévue d’ici à 2022, « un rendez-vous à ne pas manquer, car moduler les coûts contrat permet d’investir là où il le faut », estime le secrétaire national.

Les aides de l’État dans le cadre du plan jeunes ont favorisé un essor sans précédent de l’apprentissage, mais surtout à l’avantage de l’enseignement supérieur, et au prix d’un déséquilibre financier élevé de France compétences, dont le budget présente un déficit de 4,6 milliards d’euros en 2020.

Sans entrer, à ce stade, dans le débat sur le financement, la CFDT préconise de mettre en place à l’échelle nationale un système de suivi et de régulation de l’apprentissage par les partenaires sociaux afin d’éviter les dérives, de garantir un meilleur accompagnement des jeunes et de veiller à la qualité de l’offre. « On souhaite promouvoir la formation et la reconnaissance des maîtres d’apprentissage et des tuteurs, c’est un facteur de montée en qualité de la pédagogie de l’alternance », ajoute Yvan.

Des efforts de régulation et de clarification doivent également porter sur l’observation prospective, abordée dans le quatrième bloc de la concertation. « Beaucoup de travaux sont réalisés sur l’analyse des besoins en compétences dans les territoires et les secteurs professionnels par différents observatoires, note Yvan, mais, au final, on est devant une boîte noire. Il faut organiser le partage des données existantes et les rendre plus lisibles. »

Un équilibre budgétaire à retrouver

1. Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles.

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

La gouvernance et le financement du système de formation, le cinquième bloc de la discussion paritaire, ont été au cœur du rendez-vous de juillet avec le gouvernement dans le cadre de l’agenda social. Si le déficit actuel de France compétences est dû, entre autres, à une explosion de l’apprentissage et du CPF (signe positif d’un intérêt du public pour la formation), il convient de revenir à l’équilibre budgétaire en tenant compte du bénéfice réel pour les actifs et les jeunes concernés.

Côté gouvernance, « il faut donner plus de place aux partenaires sociaux dans le système de formation professionnelle, à la fois dans le fonctionnement de France compétences et en créant un lieu où l’ensemble des acteurs parlent de la stratégie de développement des compétences, ce qui n’existe plus depuis la disparition du Cnefop1 », regrette Yvan Ricordeau.