“Faire bouger la CFDT”, l’ambition de la résolution interne

temps de lecture Temps de lecture 7 min

icone Extrait de l'hebdo n°4018

Le congrès a basculé dans sa seconde partie ce mercredi 24 après-midi avec la présentation, à deux voix, de la résolution interne. Elle fixe la feuille de route des quatre prochaines années pour “faire bouger la CFDT” autour de trois mots d’ordre : démocratie, proximité et innovation.

Par Nicolas BallotPublié le 25/06/2026 à 06h00

Les co-rapporteurs de la résolution interne, Yvan Ricordeau et Jocelyne Cabanal
Les co-rapporteurs de la résolution interne, Yvan Ricordeau et Jocelyne Cabanal©Emmanuelle Marchadour

Les congressistes ont à peine le temps de souffler : après avoir validé le bilan de l’équipe sortante, ils se penchent désormais sur l’avenir, en commençant par l’interne. Les deux corapporteurs de la résolution interne, Jocelyne Cabanal et Yvan Ricordeau, ont présenté la philosophie et les grands axes de ce texte qui porte « une double ambition : celle d’être au plus près des attentes des équipes CFDT qui agissent tous les jours et celle de nous projeter dans l’avenir », avec des choix qui façonneront la CFDT de demain. Ce texte ne vient pas du nulle part, explique la trésorière confédérale : « Cette résolution, nous l’avons construite ensemble. Elle est le fruit d’un engagement pris il y a quatre ans au congrès de Lyon. Cet engagement, c’est de partir de ce que vivent les équipes syndicales. […] Il y a quatre ans, vous nous avez demandé d’aborder tous les sujets. Nous avons tenu parole, sans tabou. Aujourd’hui, tout est sur la table ! »

Afin de renforcer la CFDT « en partant de ce que nous sommes, à savoir des militants et des militantes avec des convictions chevillées au corps… mais à qui on ne donne pas toujours les moyens de leurs ambitions », la CFDT doit relever deux défis : « renforcer nos fondamentaux, nos principes » et « adapter fondamentalement le syndicalisme au monde du travail du XXIe siècle », détaille Yvan.

La qualité de vie militante

Véritable fil rouge de la résolution, la qualité de vie militante sera au cœur d’une charte du même nom qui permettra de favoriser la militance de chacun et de conforter nos cadres collectifs pour « éviter que les questions interpersonnelles prennent le dessus sur les questions de fond ». Parallèlement, un plan d’action mixité – dont toutes les structures devront s’emparer – sera mis en place. « La CFDT se doit d’être irréprochable en matière de violences sexuelles et sexistes », insiste Jocelyne. Enfin, pas de qualité de vie militante sans reconnaissance des parcours syndicaux, des compétences des militants. « Parce que s’engager ne doit jamais être un frein dans une vie professionnelle. »

Un saut qualitatif de l’accompagnement proposé

Sans adhérents et sans équipes engagées, le rapport de force et les conquêtes se révèlent impossibles. Aussi, la résolution fait-elle du développement syndical une responsabilité collective, à tous les niveaux la CFDT. « Parce que fidéliser, c’est aussi important que faire adhérer », martèle Yvan. Il est indispensable de renforcer le lien avec les adhérents grâce à un meilleur accueil, un suivi dans la durée et des outils pour organiser collectivement ce travail.

Mais, poursuit Jocelyne, « on ne renforce pas la CFDT uniquement avec des orientations. On la renforce avec des outils concrets, utiles, accessibles, [au service des syndicats] ». C’est pourquoi est proposée une véritable montée en puissance de l’accompagnement, « un vrai saut qualitatif ». Cela passe par le droit de chaque syndicat à pouvoir être accompagné, à la carte, selon ses besoins, dans les domaines de la structuration, du développement, de la formation, avec une mobilisation conjointe des fédérations et des unions régionales, et des moyens dédiés.

Les co-rapporteurs de la résolution interne, le 24 juin à Bordeaux
Les co-rapporteurs de la résolution interne, le 24 juin à Bordeaux©Emmanuelle Marchadour

De même, il est indispensable de simplifier la vie militante, d’où la mise en place d’un espace numérique militant, « porte d’entrée unique vers tous les outils, ressources et services ».

Se donner les moyens de nos ambitions

Face à un monde du travail qui se fragmente et dans un contexte politique marqué par la montée de l’extrême droite (qui rend le collectif encore plus nécessaire), nous devons « renforcer ce qui nous relie, ce qui nous rend solidaires, ce qui permet à chaque adhérent, section, syndicat, structure, de ne jamais être seul », pointe le secrétaire général adjoint. Pour y parvenir, la résolution propose une hausse de la cotisation, « une hausse pour financer plus d’action syndicale et mieux d’action syndicale ! Une hausse pour augmenter votre force de frappe ! », assure la trésorière aux congressistes. Parallèlement sera instaurée une « cotisation coup dur » afin de maintenir le lien avec les adhérents qui traversent une difficulté. « Parce qu’un adhérent en galère ne doit pas devenir un adhérent perdu. »

Se rapprocher du terrain

La résolution pointe la nécessité de remettre la proximité au cœur de nos pratiques, de notre organisation et de notre stratégie. Pour cela, il faut faire du territoire, du bassin de vie, du bassin d’emploi un lieu central de l’action syndicale ; et mieux coopérer entre syndicats, fédérations et unions régionales. Et comme on ne peut pas parler de proximité sans parler de moyens, « nous faisons le choix de mieux la financer, avec notamment un fléchage des ressources vers les actions de proximité et un fonds dédié pour soutenir les initiatives des syndicats », assure Yvan.

Faire vivre la démocratie

Dernier grand axe de la résolution interne, et fil rouge de la résolution revendicative : faire en sorte que la CFDT soit toujours plus une force démocratique, comme cela est fièrement indiqué dans son nom. Cela passe par un renforcement de la formation syndicale, levier stratégique au cœur du projet démocratique de la CFDT. La résolution appelle ainsi à généraliser les parcours de formation syndicale.

À propos de l'auteur

Nicolas Ballot
rédacteur en chef de Syndicalisme Hebdo et de CFDT Magazine

Pour faire vivre la démocratie au sein de la CFDT, le texte propose également de développer des modes de délibération plus participatifs, d’expérimenter une convention d’adhérents lors du prochain mandat et de lancer une académie de la démocratie. Rien de moins. « Ce sera notre fabrique interne alliant formation et échanges sur notre pratique délibérative », précise Yvan, avant de conclure : « Quand la démocratie vacille au-dehors, la CFDT se doit de la faire vivre plus que jamais au-dedans ! »