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Extrait de l'hebdo n°4034
Après le succès de la mobilisation du 29 septembre, et face à un gouvernement qui reste sourd aux revendications, l’intersyndicale appelle à franchir une nouvelle étape le 5 novembre.

Dans la rue comme sur les lieux de travail, la pression monte. Et rien, à ce stade, ne semble pouvoir la faire redescendre. C’est donc une semaine sociale à haut risque qui s’ouvre en ce début novembre, où devrait se croiser le mouvement des lycéens et étudiants – pour lequel les annonces du 26 octobre dernier n’ont clairement pas permis d’apaiser la colère – et les revendications de leurs aînés, travailleurs comme retraités, qui vivent « un déclassement inédit », résume l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU. « Carburants, produits alimentaires, loyer, gaz, électricité… tout augmente sauf les salaires et les pensions », écrivaient-ils, début octobre, lors de leur appel à mobilisation ce 5 novembre.
Depuis, l’Insee a confirmé une accélération de l’inflation en octobre : + 3,4 % sur un an (+ 8 % sur les produits frais), à laquelle s’est ajoutée, au 1er novembre, une nouvelle hausse de 6 % du prix du gaz… De quoi faire grimper encore un peu plus le thermomètre social qui atteint, partout dans le pays, son niveau critique. Le pouvoir d’achat est devenu une préoccupation quotidienne pour une part grandissante des salariés et des agents publics. « Comment ne pas s’indigner lorsque l’on entend des témoignages de travailleurs contraints de dormir dans leur voiture pour économiser un plein d’essence ou réduits à devoir choisir entre remplir le frigo ou faire le plein pour aller bosser ? », interrogeait, il y a quelques jours encore, la secrétaire nationale Catherine Nave-Bekhti lors d’un débat sur la justice sociale et fiscale.
Réussir la mobilisation du 5 novembre
Le 29 septembre dernier, la mobilisation des trois versants de la fonction publique afin de protester contre les orientations budgétaires, le manque de moyens et une nouvelle année de gel salarial avait été forte : 175 cortèges et rassemblements recensés dans toute la France, et des mouvements de grève particulièrement suivis dans l’Éducation nationale mais aussi à France Travail ou dans les services de sécurité civile (pompiers). Ce 5 novembre, ils seront rejoints par les salariés du privé à l’occasion d’une journée de grève et de mobilisation intersyndicale. Une mobilisation pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie, dont les slogans « Kdo fiscaux partout, justice sociale nulle part » ou encore « Smicard à vie, c’est pas un métier ! » traduisent bien l’état d’esprit et les attentes des Français dans la période. Un kit de communication mis en ligne fin octobre est d’ailleurs à la disposition des militants.
Trois revendications-phares concernant le pouvoir d’achat
En matière de pouvoir d’achat, les demandes syndicales se rejoignent autour d’un même mot d’ordre : il faut augmenter ! Augmenter les salaires, augmenter les pensions, augmenter la valeur du point et revaloriser les carrières… À la CFDT, le pouvoir d’achat est érigé en priorité absolue depuis des mois et doit être au cœur de la mobilisation. À Matignon, le 21 octobre dernier, comme au ministère du Travail, quelques jours plus tard, Marylise Léon plantait le décor des revendications – exigeant une hausse du Smic de 100 euros nets ; l’ouverture de négociations salariales dans toutes les branches – et des augmentations pour les agents ; enfin, la suspension des exonérations de cotisations patronales lorsque les employeurs refusent de jouer le jeu. « On veut un électrochoc », argue Marylise Léon. Au gouvernement, Jean-Pierre Farandou espérait, de son côté, pouvoir réussir à trouver une « convergence » entre syndicats et patronat, qu’il s’est engagé à revoir prochainement. Mais personne n’imagine que des annonces puissent être faites d’ici à la mobilisation du 5 novembre.
Qu’en est-il du côté des branches ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, la CFDT recense 86 branches ayant des minima inférieurs au Smic sur les 179 branches professionnelles du secteur privé de plus de 5 000 salariés suivies par la DGT1. Pour quatorze d’entre elles, les minima dépassent les 50 euros. Si revalorisation du Smic il y avait, d’autres branches basculeraient inévitablement sous les minima, relançant l’obligation de négocier. « En effet, les branches disposent d’un délai légal de 45 jours pour ouvrir une négociation salariale visant à réévaluer la grille », précise Sandrine Lambert, secrétaire confédérale chargée du dossier des rémunérations. A cela vient se superposer une autre injustice liée, cette fois, aux inégalités salariales. En effet, sur les 86 branches précitées, 10 branches ont un écart moyen de rémunération femmes-hommes supérieur à 30% – notamment dans les activités financières et les cabinets dentaires qui culminent à 57% d'écart moyen – et 19 branches ont un écart moyen compris entre 20 et 30%, principalement dans les branches des services.
La situation n’est guère plus reluisante côté fonction publique, le ministère de l’Action et des Comptes publics enregistrant à ce jour 862 000 agents bénéficiant d’une indemnité différentielle – ce complément de rémunération versé par l’État pour garantir qu’aucun agent public ne perçoive une rémunération inférieure au Smic.
De l’autre côté de l’échelle sociale, les plus hauts patrimoines sont appelés à contribuer davantage. « La justice sociale passe aussi par la justice fiscale », estime la CFDT, selon laquelle « l’effort ne peut pas toujours reposer sur les mêmes ». Partout, il devient de plus en plus difficile d’entendre que le pays est au bord de la faillite quand, dans le même temps, la France est le deuxième pays au monde (après les États-Unis) à verser le plus de dividendes aux actionnaires. C’est sur tous ces points que les organisations syndicales ont choisi, ensemble, d’appeler gouvernement et patronat à prendre leur part de responsabilité. « La colère est immense, et la situation du pays n’a jamais été aussi fragile », prévient l’intersyndicale, qui devrait de nouveau se réunir après la mobilisation du 5 novembre afin de décider des suites du mouvement.
Le droit de manifester dans le collimateur de la loi “casseurs-payeurs”
Alors que la CFDT appelle à une nouvelle journée de mobilisation ce 5 novembre, le cadre légal de l’action syndicale est directement menacé. Examiné au Sénat, le projet de loi dit « casseurs-payeurs » franchit un nouveau cap dans la restriction des libertés publiques.
Par un communiqué daté du 29 octobre, la CFDT alerte sur les dérives d’un texte qui va bien au-delà de la lutte contre les violences et qui constitue « un renoncement inquiétant à l’équilibre entre la préservation de l’ordre public et la garantie des libertés fondamentales ». Le projet prévoit notamment d’étendre la responsabilité civile à des manifestants n’ayant commis aucune dégradation, de permettre la saisie de prestations sociales comme les APL ou allocations familiales ou encore d’instaurer une peine de six mois de prison pour la simple participation à une manifestation interdite… Autant de dispositions qui risquent de dissuader les travailleurs de participer aux rassemblements, par crainte de représailles injustifiées. Alors que l’arsenal juridique existant suffit déjà à sanctionner les casseurs, « la lutte contre les violences ne saurait servir de prétexte à l’adoption de mesures liberticides », estime la CFDT, qui se dit déterminée à défendre le droit de manifester, pilier de notre démocratie.