Exit la Garantie jeunes, place au contrat d’engagement jeune

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iconeExtrait de l’hebdo n°3798

Après des mois de tergiversations, l’exécutif a présenté son “contrat d’engagement jeune” destiné aux moins de 26 ans durablement sans emploi ni formation. Opérationnel à partir du 1er mars 2022, le dispositif suscite encore beaucoup d’interrogations... et ne répond pas au principe d’universalité demandé par la CFDT.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 04/11/2021 à 09h18

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© Daniel Derajinski/Pool/RÉA

Il aura fallu seize semaines au chef de l’État pour peaufiner son dispositif d’aide aux moins de 26 ans les plus éloignés de l’emploi. Annoncé le 12 juillet dans le prolongement des travaux lancés par Élisabeth Borne sur la Garantie jeunes universelle, le « revenu d’engagement » aura fait l’objet de toutes les tergiversations et bras de fer ministériels sur son coût (jugé trop important par Bercy) pour être finalement dévoilé le 2 novembre dans une version quelque peu allégée. Oublié le « revenu », donc, et ses 1 à 1,5 million de bénéficiaires envisagés cet été : la reprise est passée par là et la vague de chômage annoncée n’a pas eu lieu, se défend l’exécutif.

400 000 bénéficiaires dès 2022

Le « contrat d’engagement jeune » (CEJ) – c’est ainsi qu’il se nomme désormais – s’adresse aux moins de 26 ans « durablement » sans emploi ni formation (les NEET) ; « ceux qui, malgré la reprise, ne parviendront pas à retrouver un emploi par eux-mêmes », a précisé Jean Castex. Le gouvernement estime à 500 000 le nombre de jeunes concernés, avec l’objectif d’en accompagner « au moins 400 000 en 2022 ». « On est loin du compte », réagit la CFDT, pour qui le gouvernement a renoncé à l’idée d’un droit universel pour tous les jeunes sans emploi et sans formation, estimés en France à 1,5 million.

De fait, la moitié de ces 400 000 bénéficiaires est issue du dispositif Garantie jeunes et va être automatiquement basculée vers le CEJ au 1er mars 2022, auxquels s’ajoutent 200 000 personnes actuellement en AIJ (accompagnement intensif des jeunes). L’objectif affiché ne devrait donc pas être difficile à atteindre…  De son côté, la CFDT promet d’être « vigilante sur la réalisation de ce contrat d’engagement [afin que] ces premières mesures soient concrètement appliquées et effectives », tout en continuant à réclamer « la création d’un dispositif plus ambitieux » pour tous les moins de 30 ans. 

Accompagnement intensif

1. C’est une allocation versée sous condition de ressources.

Concrètement, le dispositif consiste à verser aux NEET une allocation pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois1, conditionnée au suivi assidu d’une formation de 15 à 20 heures par semaine correspondant à des actions de formation qualifiante, une préparation à l’apprentissage ou des mises en situation professionnelle en entreprise. Le ministère du Travail insiste sur la place de l’accompagnement « d’une intensité sans précédent, beaucoup plus importante que ne le proposent d’autres dispositifs ».

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Dans les faits, de six à douze mois d’accompagnement personnalisé sont prévus, avec un référent unique et un suivi a minima tous les quinze jours. Tel qu’il est défini, le contrat d’engagement jeune n’est ni plus ni moins qu’une refonte des dispositifs existants, et notamment de la Garantie jeunes, à laquelle il se substitue. À une différence près : alors que la Garantie jeunes était opérée uniquement par les missions locales, le CEJ sera aussi mis en œuvre par Pôle emploi – sans que l’on sache encore dans quel cas le jeune devra en référer à l’une ou à l’autre.
L’embauche de 900 conseillers Pôle emploi et de 1 000 conseillers au sein des missions locales apparaît certes significative pour renforcer le suivi et le soutien de ces jeunes. « Mais, pour être efficace, le nouveau dispositif devra permettre une meilleure coordination des acteurs en charge de l’insertion jeunesse afin de leur offrir un accompagnement d’un haut niveau qualitatif », insiste Inès Minin, secrétaire nationale chargée de la jeunesse. Avec, pour les missions locales, un défi supplémentaire : réussir à trouver ces publics qui ont disparu des radars traditionnels.