Les CPRIA, encore trop discrètes

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iconeExtrait de l’hebdo n°3804

Les commissions paritaires régionales interprofessionnelles de l’artisanat viennent de fêter leurs dix années de fonctionnement. L’occasion de dresser un bilan de ces instances, encore largement méconnues des salariés des TPE mais aussi de leurs employeurs – et de donner des perspectives…

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 21/12/2021 à 05h51

Des représentants des organisations syndicales (CFDT, CFTC, CGT, CFE-CGC, FO) et de l’U2P se sont retrouvés le 8 décembre dernier lors de la neuvième réunion nationale des CPRIA, laquelle a donné l’occasion de célébrer leurs dix années d’existence.
Des représentants des organisations syndicales (CFDT, CFTC, CGT, CFE-CGC, FO) et de l’U2P se sont retrouvés le 8 décembre dernier lors de la neuvième réunion nationale des CPRIA, laquelle a donné l’occasion de célébrer leurs dix années d’existence.© DR

« On a fait du chemin. Insuffisamment, certes, mais on a avancé. » Selon Inès Minin, secrétaire nationale chargée du dossier des TPE, qui participait à la journée d’anniversaire des dix ans des CPRIA, le 8 décembre, il s’agit déjà d’apprécier les avancées réalisées entre la signature de l’accord créant les CPRIA (le 12 décembre 2001) – mais que de nombreuses embûches juridiques (plusieurs recours de la partie patronale) et politiques ont retardé – et leur mise en route effective, en 2011. « Au départ, le camp des employeurs et les organisations syndicales se regardaient en chiens de faïence. Aujourd’hui, on constate que l’on a appris à se connaître, l’envie de travailler ensemble est là. Ça, c’est acquis… et ça n’était pas gagné ! »

Diverses actions menées au sein des régions

Autre avancée, mais de nature très diverse selon les régions : les actions lancées par la CPRIA en faveur des salariés des TPE de l’artisanat, notamment en matière de médiation dans les conflits ou de conditions de travail. La CPRIA de Bretagne a par exemple créé le trophée Quali’Vie, en 2017, afin de valoriser les entreprises artisanales impliquées dans la qualité de vie au travail. D’ailleurs, lors de la crise sanitaire, ces instances ont souvent été actives auprès des TPE.

En Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), où « la CPRIA fonctionne bien, grâce aux bonnes relations entre partenaires sociaux et une haute qualité d’animation de cette instance », relève Alain Guillot, membre de la CPRIA Aura, le bilan se révèle également positif, notamment grâce aux actions menées dans des centres de formation ou des collèges pour mieux faire connaître les métiers de l’artisanat et motiver les jeunes à s’y intéresser. L’instance travaille également à rendre l’offre de formations (avec plus de 270 CFA sur le territoire) plus cohérente avec les besoins d’emploi.

Un certain manque de visibilité

Si les CPRIA ont doucement mais sûrement pris leur place dans le dialogue social territorial, leur fonctionnement reste trop hétérogène, « trop disparate car trop dépendant des qualités d’animation des personnes qui pilotent l’instance », estime Olivier Gateau, secrétaire confédéral chargé des TPE. Mais, surtout, leur action est jugée beaucoup trop discrète. « Ce qui se fait dans ces instances n’est pas assez visible, ni pour les salariés ni pour les employeurs de l’artisanat », regrette Inès Minin. « On n’en voit pas suffisamment les retombées concrètes pour les salariés », renchérit Véronique Bouchon, secrétaire régionale de l’Union régionale interprofessionnelle de Bretagne.

Avec le risque que ces instances tournent un peu sur elles-mêmes et pour elles-mêmes, sans suffisamment de liens, de maillage avec d’autres interlocuteurs du territoire. Même si, en Bretagne, « notre CPRIA fonctionne et les relations entre partenaires sociaux sont bonnes, il faut passer à la vitesse supérieure pour rendre ces instances plus dynamiques et mieux les faire connaître ». Et, au final, « leur donner réellement les moyens d’accompagner davantage les salariés des TPE, qu’elles deviennent des lieux d’innovation sociale », conclut Inès. Rendez-vous dans dix ans… ou avant ?