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Extrait de l'hebdo n°4033
Le 22 octobre dernier, les secrétaires de syndicats ligériens ont échangé au sujet de leur vision de la justice fiscale à tous les échelons et interrogé la Confédération sur les réponses qu’entend porter la CFDT dans ce débat.

La salle Pelloutier de la Bourse du travail d’Angers avait beau ne pas être chauffée, les secrétaires de syndicats CFDT réunis le 22 octobre n’en ont pas moins offert un débat effervescent à propos de la justice sociale. En plein débat parlementaire sur le budget, les participants ne manquent pas d’exemples visant à illustrer l’injustice sociale de certaines mesures fiscales passées ou à venir. À commencer par la suppression de l’ISF1 par le chef de l’État en 2017, qui continue de faire enrager nombre de militants. Et il y a de quoi : alors que le gouvernement cherche partout de nouvelles sources de recettes, « le simple fait de rétablir l’ISF dans les mêmes proportions qu’à l’époque rapporterait 5,6 milliards d’euros par an, souligne Catherine Nave-Bekhti, secrétaire nationale chargée des questions de fiscalité. Pire, instaurer un ISF en intégrant un bonus-malus écologique en fonction du type de placements financiers [si, par exemple, ces derniers s’engagent dans une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre] rapporterait… 15 milliards d’euros par an estiment les économistes. Ça laisse quelques marges de manœuvre. »
Des exemples à l’échelon local
Les participants avaient aussi des exemples locaux à présenter. Comme cette militante de la direction régionale du ministère de l’Écologie qui évoque « une perte de sens généralisée chez les agents, notamment autour de l’ouverture de la plateforme de stockage Amazon à Derval [Loire-Atlantique] prévue en septembre 2027. On nous dit que ça favorise l’emploi mais, sur le plan écologique, le dossier n’est pas bon du tout. » À La Poste, entreprise bénéficiant du label RSE, les salariés sont contraints de faire 70 km chaque jour parce que les bureaux de poste ferment les uns après les autres. « La réponse de l’entreprise, quand les élus évoquent des problèmes de pouvoir d’achat, c’est “Achetez une voiture électrique. Voilà une aide de 300 euros”. C’est certainement une bonne mesure sur le papier, mais qui peut se la payer ? interroge une autre responsable. Aujourd’hui, des salariés dorment dans leur voiture pour ne pas avoir à multiplier les allers-retours entre domicile et travail ! »
Une question d’acceptabilité sociale
Conjuguer la fin du monde avec la fin du mois… Là est toujours le nœud du problème, qui rappelle l’antinomie entre croissance économique et progrès écologique, estime Catherine Nave-Bekhti. « Notre modèle de croissance, qui a permis un certain nombre de progrès, est aussi ce qui a développé une sortie de trajectoire de nos objectifs environnementaux. C’est pourquoi la CFDT revendique un travail de fond sur la transformation de notre modèle productif. » Or cela implique, selon elle, une transformation de nos modes de consommation et de vie… que certains ne sont pas encore prêts à accepter.
Face à l’enjeu majeur de décarbonation, « nous avons besoin de passer à des sources d’énergies renouvelables mais, pour des raisons d’acceptabilité sociale, culturelles même, nous ne sommes pas en mesure d’opérer la bascule du jour au lendemain car cela suppose d’avoir des parcs éoliens, centres de tri et autres industries à l’impact écologique certain. Cela suppose aussi que l’on mette fin à ce réflexe qui consiste à dire : “Not in my back yard !”2 ».
Le bon outillage des militants CFDT
Plusieurs militants le disent : on demande souvent aux organisations syndicales d’avoir des solutions immédiates quand leur rôle est aussi d’anticiper. Ce fut le cas cet été au moment des épisodes caniculaires qu’a connus le pays, lorsque la réponse n’a pas été seulement celle de la sécurité civile mais aussi celle de l’adaptation des conditions d’emploi. « La concertation ouverte par le ministre du Travail sur l’adaptation au changement climatique est en cela une première réponse d’anticipation qu’il nous faut saluer », pointe Catherine Nave-Bekhti… Même si certains auraient préféré qu’elle reste cantonnée au seul sujet de la canicule. Et parce que le travail de notre organisation syndicale consiste, entre autres, à accompagner les militants, le document « Chaleur et travail, construire un véritable bouclier social climatique : les propositions de la CFDT » – édité par la Confédération début juillet 2026 et à destination des équipes syndicales – se révèle précieux.