Sortir de l’isolement

Assistantes maternelles et aides à domicile font partie du million et demi de salariés du particulier employeur appelés à voter aux prochaines élections TPE. Rejoindre la CFDT est pour ces femmes (en majorité) peu reconnues, synonyme de protection, d’émancipation et de solidarité.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 10/12/2020 à 08h10 et mis à jour le 21/12/2020 à 13h55

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À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

C’est le casse-tête du moment pour les assistantes maternelles : quelles règles sanitaires appliquer pour continuer à accueillir les enfants chez elles ? C’est par la lien vers le contenu : Services que Béatrice Vidal, assistante maternelle et adhérente CFDT, a reçu les dernières consignes en vigueur.

« Nous en sommes à notre quatrième protocole sanitaire de 40 pages, relève-t-elle, et comme je ne suis pas persuadée que toutes les assistantes maternelles soient en mesure de déchiffrer ces documents, nous communiquons sur Facebook. Je suis en relation avec les 130 assistantes maternelles de mon secteur. »

Ce métier, Béatrice, 43 ans, l’a choisi pour l’indépendance qu’il procure. Elle a quitté sa carrière de comptable et s’est installée à Pleurtuit, en Bretagne, où elle accueille en journée trois jeunes enfants. Tout repose sur la confiance réciproque et la qualité des relations avec les parents. Quand un grain de sable enraye la communication, une médiation syndicale est bienvenue. Béatrice a pu le constater.

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Elle a été victime d’une dénonciation calomnieuse auprès du conseil départemental, qui délivre et contrôle l’agrément des assistantes maternelles. « Les parents avaient retiré leur enfant sans me régler mon dû, ils se sont plaints auprès du conseil départemental de coups donnés à leur enfant par mon fils, ce qui était faux. J’ai appris entre-temps qu’ils avaient déposé un dossier de surendettement et sans doute avaient-ils inventé cette histoire pour ne pas payer, suppose-t-elle. Une amie m’a mise en relation avec le syndicat, qui m’a aidée à démêler l’affaire, à ne pas perdre mon agrément et à être indemnisée. »

Cette situation est de plus en plus fréquente, selon Blandine Wurtz, militante CFDT de la Fédération des Services. « Les relations entre les particuliers employeurs et les salariés ont tendance à se dégrader, regrette-t-elle. Nous sommes par exemple régulièrement alertés sur le non-paiement des congés payés. » La médiation n’est pas le seul mode d’intervention de la CFDT :

« Nous conseillons les assistantes maternelles sur leurs droits à la formation et sur l’accès à la professionnalisation, poursuit Blandine. Nos adhérentes bénéficient en outre, depuis peu, d’une assurance responsabilité civile professionnelle gratuite, que nous avons négociée avec la Macif, et d’offres de réduction sur les activités sociales et culturelles grâce à la plateforme Up . »

Le litige le plus fréquent est lié au contrat

Autant les assistantes maternelles ont une identité professionnelle forte, et sont depuis longtemps regroupées en association, avec des relais animés par les CAF (caisses d’allocations familiales) ou les conseils départementaux, autant les aides ménagères employées par les particuliers dans le cadre du Cesu (chèque emploi service universel) sont plus isolées et fragiles. « Ce sont souvent des femmes qui méconnaissent leurs droits, et pour certaines d’entre elles maîtrisent mal le français, décrit Blandine Wurt. Elles ont le sentiment de ne pas exercer un véritable métier et ont du mal à s’affirmer face à l’employeur. »

Le litige le plus fréquent est lié au contrat de travail : à plus de huit heures de ménage par semaine, le CDI est la règle, souvent rappelée par le syndicat. « Nous donnons beaucoup de conseils individuels à nos adhérentes, explique Blandine. Nous arrivons aussi à les faire sortir de leur isolement en maintenant le lien sur les réseaux sociaux. »                


TEMOIGNAGE

Fernanda Alexandre

Aide à domicile, adhérente CFDT, 52 ans

« Je travaille depuis l’âge de 16 ans. J’ai longtemps été employée dans l’hôtellerie mais je me sens plus libre en étant aide à domicile indépendante. Les associations de service à la personne ne vous laissent que 7 euros l’heure au lieu de 15 euros, ce que je gagne en travaillant en direct.

Je ne dépends pas d’un chef pour poser mes jours de congé, je préviens juste quand je veux partir en vacances. Je choisis mes employeurs. Les casse-pieds, je ne les garde pas !

L’affectif, c’est important pour moi. Un lien se crée, on a envie de donner plus. Il m’arrive de passer un coup de fil pour une personne âgée ou d’emmener son chat chez le vétérinaire avec ma voiture. Je suis dans l’intimité des gens, je fais comme chez moi. Si je vois qu’un placard doit être nettoyé, je n’attends pas qu’on me le demande.

Mais le droit du travail, je n’y connais rien. Un jour, j’ai perdu deux contrats coup sur coup, deux personnes âgées chez qui je travaillais et qui étaient décédées. Je n’avais pas été payée. Heureusement, Blandine m’a tout expliqué, elle m’a aidée à faire les courriers pour récupérer mes sous. C’est elle qui m’a incitée à m’inscrire à Pôle emploi.

Je n’étais pas trop pour mais elle m’a dit que puisque je cotisais, j’avais droit à des allocations. Maintenant, je m’actualise régulièrement. Si je perds un contrat, je touche un complément de Pôle emploi. Je gagne correctement ma vie mais 80 ou 100 euros de plus à la fin du mois, c’est important. »