“Je ne me sentais pas représenté”

Jean Mariaud, infographiste de 44 ans, a décidé de se syndiquer afin d’avoir une utilité sociale et syndicale. Après avoir arrêté son choix sur la CFDT, il adhère au Syndicat S3C Poitou-Charentes.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 10/12/2020 à 08h10 et mis à jour le 18/01/2021 à 20h24

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À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Le déclic s’est produit un soir en regardant le JT de 20 heures. « J’ai vu un militant CGT d’une multinationale commenter le plan social de son entreprise, se souvient Jean Mariaud, salarié dans une TPE et aujourd’hui représentant CFDT à la CPRI (commission paritaire régionale interprofessionnelle) de Nouvelle-Aquitaine.

Cette réalité des grandes entreprises ne correspondait en rien à ce que je vivais et je ne me sentais pas du tout représenté par le discours du syndicaliste. Tout le monde entend parler des plans sociaux des grandes entreprises, jamais des licenciements dans les petites boîtes ; cela touche pourtant quatre fois plus de salariés ! J’ai souhaité m’engager syndicalement pour que la voix des salariés des très petites entreprises soit entendue. Je me suis documenté et j’ai choisi la CFDT, qui correspondait le mieux à ma vision et à mes valeurs. »

Infographiste, Jean Mariaud a le plus souvent travaillé dans des petites structures, agences de communication, entreprises de sérigraphie ou imprimerie. Il est actuellement employé par l’imprimerie Rochefortaise, qui compte en tout et pour tout deux salariés et le chef d’entreprise. Jean était freelance au moment où l’idée de se syndiquer s’est imposée.

« Ma démarche ne répondait pas du tout à un besoin de protection ou de défense, car ma position à ce moment-là sur le marché de l’emploi était plutôt favorable. D’ailleurs, mon actuel employeur m’a embauché en toute connaissance de cause. En fait, je cherchais à avoir une utilité sociale, syndicale. » Jean rejoint le Syndicat CFDT S3C Poitou-Charentes.

L’intérêt de rejoindre un réseau

La première formation à laquelle il participe le conforte dans son choix. « C’était peu de temps après le vote de la loi Rebsamen [2015], qui instaurait les CPRI. Un responsable CFDT m’a appelé pour me proposer de me présenter aux élections et j’ai accepté. » Le mandat écoulé à la CPRI a été riche d’enseignements, même si le manque de moyens et parfois l’absence de volonté de certains des partenaires sociaux freinent les actions qui pourraient être mises en œuvre.

«Nous nous sommes vite heurtés aux limites de l’exercice sur le sujet de la médiation des conflits entre salariés et employeurs, par exemple, souligne-t-il. Chez nous, les patrons sont réticents. » Le chantier le plus susceptible d’avancer est celui des activités sociales et culturelles, sur le modèle de la mutualisation opérée dans le secteur de l’artisanat (lire ci-dessous). «Cela permettrait de renforcer notre visibilité et notre légitimité auprès de salariés des TPE, argumente Jean. Et l’accès à la culture est une dimension importante de l’émancipation des salariés, une valeur à laquelle je suis attaché. »

Parmi les autres points positifs de ce mandat, Jean relève l’intérêt de rejoindre un nouveau réseau, d’avoir un point d’observation privilégié de la situation économique et sociale locale, et de faire avancer un travail de lobbying syndical. « Discuter avec les représentants d’autres organisations syndicales ou patronales est très intéressant ; j’avais une petite appréhension vis-à-vis des représentants du Medef, par exemple, mais on est parfois surpris de la capacité des uns et des autres à s’entendre de façon intelligente sur des objectifs communs. »


Loisirs, culture, les salariés des TPE aussi y ont droit !

Voyages, sports, cartes cadeaux, chèques lire, billets de cinéma ou de théâtre… : les salariés des TPE n’auront bientôt plus rien à envier aux employés des grands groupes habitués aux bienfaits de leur comité social et économique. Dans l’artisanat, les partenaires sociaux se sont entendus dès 2018 pour les faire bénéficier d’une offre nationale sur la plateforme Proximeo, accessible aux salariés comme aux employeurs des TPE de l’artisanat. Une option de géolocalisation permet de découvrir les partenaires locaux, acteurs culturels et commerçants.

Côté CFDT, et c’est tout nouveau, un partenariat avec le groupe Up (ex-Chèque Déjeuner) donne aux adhérents salariés d’une TPE la possibilité d’accéder à un large éventail d’activités sociales et culturelles, réductions, cartes cadeaux, etc. Pour découvrir ces offres, il suffit de rejoindre l’espace adhérents sur www.cfdt.fr. Un accès à la plateforme Up apparaît. Si toutefois ce n’était pas le cas, un simple coup de fil au syndicat permet de faire préciser que la personne est bien salariée TPE, et donc bénéficiaire de l’offre. Une bonne nouvelle à la veille des fêtes !