Devenir secouriste spécialisé

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Dossier Santé mentale

Comment développer des compétences relationnelles afin de recueillir la parole d’une personne en détresse psychique et l’orienter vers des professionnels de santé ? C’est ce que propose la formation Premiers secours en santé mentale (PSSM). Rencontre à Nancy avec un formateur passionné.

Par Claire NillusPublié le 08/04/2026 à 14h42

Raphaël Zimmer, secrétaire général du Syndicat Santé-Sociaux de Meurthe-et-Moselle.
Raphaël Zimmer, secrétaire général du Syndicat Santé-Sociaux de Meurthe-et-Moselle.© DR

La formation qui vous est proposée est avant tout une démarche citoyenne qui vous sera utile dans la vie de tous les jours mais qui ne se substitue en aucun cas aux soins que peuvent apporter les soignants en santé mentale », avertit Raphaël Zimmer, secrétaire général du Syndicat Santé-Sociaux de Meurthe-et-Moselle, en préambule de la formation qu’il anime, ce 5 mars 2026, au Centre psychothérapique de Nancy.

Comme lui, ils sont à ce jour 2 000 formateurs Premiers secours en santé mentale. Venue d’Australie, cette idée de former des secouristes en santé mentale sur le modèle des secouristes en santé physique date de vingt-cinq ans déjà. « En France, elle ne s’est concrétisée qu’en 2018 avec la création de l’association PSSM France, c’est dire quel retard nous avons dans la déstigmatisation et la prévention dans le champ de la santé mentale », poursuit Raphaël. Il précise également que les contenus du programme PSSM en France ont été mis au point par un groupe composé de scientifiques, d’associations d’aidants (dont l’Unafam) et de patients avec un objectif : être accessible à toute personne, quel que soit son niveau de connaissances, afin qu’elle puisse développer sa vigilance et apporter un premier niveau de soutien.

Savoir réagir positivement

Ce jour-là, Raphaël s’adresse à une douzaine de participants. « Un groupe assez réduit qui permet d’aborder des sujets délicats. » Une grande attention est en effet accordée à la circulation de la parole. « Ce n’est pas un séminaire », dit-il. Néanmoins, le programme permet d’acquérir en deux jours des savoirs de base sur les troubles les plus fréquents : dépression, troubles anxieux, psychotiques (comme la schizophrénie), abus de substances (alcool, drogue, médicaments). La théorie est complétée par des exercices pratiques, fondés, en grande partie sur une « écoute active » (ne pas interrompre, ne pas donner son avis, capter le regard de la personne, reformuler ses mots, ne pas la forcer à parler…).

“Il faut toujours prendre les intentions suicidaires au sérieux.”

Raphaël Zimmer, secrétaire général du Syndicat Santé-Sociaux de Meurthe-et-Moselle

Être soutenant, c’est aussi savoir adopter la bonne posture : suis-je moi-même en mesure d’avoir cette conversation sans juger ce proche, cet ami, ce collègue ? Suis-je suffisamment en forme au moment où je décide de lui parler ?

Prévenir les passages à l’acte

« Devenir secouriste en santé mentale requiert de développer des compétences psychosociales dont nous n’avons pas forcément conscience », poursuit Raphaël. Cela implique de pouvoir entendre des choses difficiles, de se préparer à toutes les réponses possibles, comme les idées suicidaires. « Il faut toujours prendre les intentions suicidaires au sérieux. »

Pour rappel, en France, il y a 200 000 tentatives de suicide par an et 10 000 suicides (un par heure). Mais peu de personnes connaissent le 3114, le numéro national de prévention du suicide déployé depuis octobre 2021. Comme ce dispositif, la formation PSSM permet de connaître toutes les aides mobilisables pour accompagner au mieux une personne qui ne se sent pas bien, afin de l’orienter le plus efficacement possible.

Un geste citoyen autant que militant qui plaide pour former plus de personnes dans les entreprises, où un salarié sur deux déclare avoir traversé un épisode difficile en 2025.