Cooperl Lamballe : la CFDT dénonce le harcèlement moral institutionnel

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icone Extrait de l'hebdo n°4007

La CFDT a attaqué aux prud’hommes l’un des plus gros abattoirs de porcs en France pour harcèlement moral institutionnel portant atteinte à la santé et à la dignité de ses salariés. Elle réclame 1,4 million d’euros. Verdict le 25 septembre prochain.

Par Jérôme CitronPublié le 21/04/2026 à 12h00

À Lamballe, la cadence de découpe est d’une carcasse toutes les 5 à 10 secondes.
À Lamballe, la cadence de découpe est d’une carcasse toutes les 5 à 10 secondes.© Jean-Claude Moschetti/RÉA

Si les conditions de travail dans les abattoirs sont toujours pénibles, sur le site de la Cooperl, à Lamballe (coopérative agricole comptant 2 700 salariés), il semble que l’on ait dépassé de très loin l’acceptable. Ce qu’a vécu Ludovic F. en est une illustration à la fois frappante et révoltante. Après vingt-cinq années de maison, cet ouvrier à la découpe s’est fait licencier en septembre 2023 pour faute grave. Son tort ? Ne pas avoir accepté de prendre un poste de gaucher (alors qu’il est droitier) un troisième jour d’affilée sur la chaîne de découpe car il a ressenti de fortes douleurs pendant les deux jours précédents. La blessure sera d’ailleurs attestée par la MSA1.

Puni, insulté et molesté avant d’être licencié

Mal lui en a pris. Face à son refus de prendre sa place sur la chaîne (la cadence est d’une découpe toutes les cinq à dix secondes), son chef a tout d’abord décidé de le punir. Il lui a ordonné de rester immobile près d’un pilier dans l’atelier de découpe, sans rien faire et sans avoir le droit de parler à ses collègues, à une température de 7,5 °C. Après deux heures et demie de ce traitement, c’est finalement le directeur du secteur viande qui est venu l’insulter et l’attraper par le col – sous les yeux d’un élu CFDT, qui a pu intervenir immédiatement. Ludovic a finalement été mis à pied, convoqué à un entretien puis licencié pour faute grave.

Deux ans et demi plus tard, le 10 avril, l’affaire était plaidée au conseil de prud’hommes de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Entre-temps, Ludovic a monté son dossier avec l’aide de la CFDT et notamment du défenseur syndical Jean-Paul Leclère. Les faits sont clairs. Les enquêtes de la gendarmerie (pour l’agression) et de la MSA (pour l’accident du travail qui l’empêchait de prendre un poste de gaucher) vont dans le sens de Ludovic.

Un système de management toxique

La particularité de ce dossier, c’est que la CFDT Agri-Agro des Côtes-d’Armor a souhaité être partie intervenante au titre de l’intérêt collectif de la profession. Elle dénonce un harcèlement moral institutionnel et réclame 1,4 million d’euros. « L’idée n’est pas de gagner de l’argent mais de dénoncer un système, précise d’emblée Jean-Paul. Dans cette histoire, on voit que toute la chaîne hiérarchique a été solidaire en licenciant Ludovic de manière abusive. De plus, le taux d’accidents du travail dans l’entreprise est cinq fois supérieur à la moyenne nationale, et l’inspection du travail a soulevé plusieurs manquements à la sécurité. Il était temps de soulever le couvercle et de dénoncer les pratiques en cours à l’intérieur de l’usine. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

L’enjeu du procès est donc double : pour Ludovic, d’abord, qui réclame des indemnités en raison d’un licenciement abusif, mais aussi pour l’ensemble des salariés de Lamballe, qui subissent des pratiques managériales que la CFDT juge inacceptables. Le verdict tombera le 25 septembre. « Cette histoire est encore loin d’être finie. Il y aura certainement un appel du jugement », analyse Jean-Paul, plus combatif que jamais.