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Extrait de l'hebdo n°4013
Les quatre organisations syndicales de la SNCF dénoncent l’état sanitaire et social extrêmement dégradé de l’entreprise qui, depuis le début de l’année, a enregistré treize décès par suicides, dont certains se sont produits sur le lieu de travail.

Que se passe-t-il à la SNCF ? Depuis l’ouverture à la concurrence issue de la réforme ferroviaire de 2018, les bouleversements engendrés par la fin du monopole de l’opérateur historique semblent porter atteinte à la santé mentale et physique des salariés. « La situation est devenue toxique pour les cheminots de tous les collèges », écrivent les organisations syndicales du groupe public dans le préavis de grève qu’ils ont envoyé le 6 mai dernier à la direction. Elles alertent sur les déstructurations permanentes et la remise en cause systématique des droits et garanties collectives des cheminots au fil des appels d’offres et de la filialisation de l’entreprise.
Coups de rabot stratégiques sur les conditions de travail
« Pour gagner des appels d’offres, la SNCF Voyageurs exige de plus en plus de la part des agents, développe Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots. Et la direction ne s’en cache pas. Elle pense activer de nouveaux leviers de productivité en supprimant des jours de congé, en réduisant le nombre de repos doubles (deux jours de repos consécutifs) sur des week-ends ou encore en modifiant les lieux de prise de service ou de fin de service, ce dont les salariés font les frais. » Sachant que la SNCF est le principal attributaire des marchés ouverts à la concurrence et que, d’ici à 2033, 50 nouveaux appels d’offres sont prévus, la tension risque de continuer à monter.
En jeu : le transfert de 40 000 cheminotes et cheminots dans de nouvelles filiales. Environ 1 200 transferts ont déjà eu lieu dans les entités contrôlées par la SNCF et créées pour répondre aux appels d’offres régionaux (Sud Azur, Étoile d’Amiens, Loire Océan, Cœur Ouest IDF, Terre Atlantique, Bourgogne Ouest et Océan).
Le transfert, un sujet anxiogène
Or si les agents « transférables » peuvent être volontaires au départ, ils peuvent aussi être désignés de manière automatique, selon les règles du code des transports conçu spécifiquement au moment de l’ouverture à la concurrence du ferroviaire voyageurs. Le sujet demeure particulièrement anxiogène, générant des inquiétudes en matière de salaires, d’organisation du travail et d’emploi à long terme. « Parce que, filiale par filiale, la direction de la SNCF s’attaque à l’organisation du travail, l’incertitude et les doutes sont devenus l’horizon des salariés, poursuit Thomas Cavel. Nous avons le devoir d’alerter sur ce système d’ouverture à la concurrence, qui détruit l’unité sociale du groupe et qui, par ailleurs, ne fonctionne pas. » Dans un courrier adressé le 22 mai dernier à Jean Castex (l’ex-Premier ministre a pris la tête de la SNCF en novembre 2025), la CFDT Cheminots rappelle ainsi les risques qu’elle a identifiés depuis 2018 et qui sont désormais publiquement reconnus.
Un modèle en train de s’effondrer
La filialisation et l’externalisation, outre le fait qu’elles dégradent les conditions de travail, ont fragmenté les collectifs de travail. « Isolement, perte de sens, absence de perspectives claires… Que dire ? Treize suicides depuis janvier 2026 sont autant de drames terribles, et il serait totalement irresponsable de considérer que le travail n’a pas sa place dans ces vies brisées, affirme le secrétaire général de la CFDT Cheminots. La réforme de 2018 a profondément meurtri les cheminots. Ils se sont sentis rejetés, moqués parfois, et la SNCF est devenue l’entreprise de l’incertitude. »
Enfin, le pouvoir d’achat est un sujet qui est venu s’ajouter à l’appel à la grève du 10 juin. De fait, comme beaucoup de salariés dépendant de leur véhicule pour venir travailler, les cheminots sont impactés par l’inflation et la hausse des prix des carburants. Cela pose d’ailleurs la question du partage de la valeur au sein de la SNCF. Car, là encore, le modèle interroge. Les bénéfices réalisés (1,8 milliard d’euros en 2025) sont en grande partie réinvestis dans le réseau via un « fond de concours », une somme que le groupe reverse à SNCF Réseau pour financer et entretenir ses infrastructures. « Nous ne remettons absolument pas en cause le financement de notre outil de travail, précise Thomas Cavel. Mais il faut comprendre que les cheminots, en concourant aux bénéfices de l’entreprise, financent un réseau qui est également utilisé par leurs concurrents… Encore une aberration ! »
Alors, en vue de construire un autre modèle économique et social, maintenir les garanties pour tous les cheminots et obtenir l’ouverture de négociations salariales, l’intersyndicale appelle « à taper très fort » le 10 juin prochain.