Conférence syndicale internationale sur les droits humains et syndicaux en Afghanistan

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iconeExtrait de l’hebdo n°3823

Le 2 mai, la CFDT accueillait dans ses locaux les leaders du Syndicat NUAWE, évacués avec leur famille d’Afghanistan grâce à la mobilisation de la CFDT, en lien avec la Confédération syndicale internationale. L’occasion de faire le point sur la situation des droits humains et syndicaux dans ce pays, 9 mois après le retour des talibans.

Par Pauline Bandelier— Publié le 10/05/2022 à 12h00 et mis à jour le 13/05/2022 à 10h08

Plusieurs responsables du syndicat afghan NUAWE avec l'intersyndicale française et internationale (CFDT, CGT, FO et CSI) étaient réunis au siège de la CFDT.
Plusieurs responsables du syndicat afghan NUAWE avec l'intersyndicale française et internationale (CFDT, CGT, FO et CSI) étaient réunis au siège de la CFDT.© Syndheb

Dès la prise de pouvoir des talibans en août 2021, la CFDT a répondu à l’appel de la Confédération syndicale internationale (CSI) et pris contact avec le ministère des Affaires étrangères. « Nous avons rapidement obtenu un accord pour envisager l’évacuation des responsables syndicaux afghans, mais l’opération a été extrêmement délicate à mettre en place car, à cette époque, aucun avion ne quittait plus le pays », se souvient Yvan Ricordeau, secrétaire national en charge de l’international.

A l’automne dernier, après des mois de mobilisation, les syndicats français et la CSI réussissaient enfin à exfiltrer les responsables du Syndicat national des travailleurs et employés afghans (NUAWE), d’abord à Doha et ensuite en France, puis leurs familles le 29 avril 2022. A ce jour, 36 personnes ont été évacuées et 2 autres, encore à Kaboul, devraient pouvoir être rapatriées dans les prochaines semaines.

Une situation humanitaire catastrophique

Fort de 160 000 adhérents, NUAWE se bat depuis sa création en 1964 en faveur des droits des femmes, des libertés individuelles et de l’éducation, malgré les menaces. Faire respecter les droits des travailleurs est un combat risqué mais quotidien : « Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement islamique a fait arrêter toutes nos activités, confisqué notre matériel et bloqué nos comptes bancaires. Nous avons demandé l’aide du Président mais ce dernier n’a pas pu faire face au défi et a pris la fuite », explique Maroof Qaderi, président de NUAWE. Sur place, la situation n’a cessé de se dégrader. 9 millions de personnes ont déjà quitté le pays. « Plus de 800 000 personnes ont perdu leur travail dont toutes les femmes employées par l’Etat et les enseignantes. Les lois du travail ont été suspendues et des tribunaux militaires installés. Les gens n’ont plus de vie privée et ne sont plus en sécurité », a-t-il détaillé. « L’Afghanistan est un pays plein de ressources naturelles mais tout ce que nous avions construit ces dernières années s’est effondré. 90 % de la population est menacée par la pauvreté et des femmes en arrivent à vendre leurs enfants pour pouvoir manger », ajoute Habiba Fakhri, vice-présidente de NUAWE.

Faire vivre un syndicat en exil

Représentant de la région Pacifique au Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) de l’Organisation international du travail (OIT), Ariel Castro témoigne lui aussi de la difficile situation de NUAWE en Afghanistan : « Le syndicat perd des membres et travaille de manière clandestine. Il faudrait mettre en place un travail de renforcement car les affiliés ne vont pas pouvoir payer leurs cotisations. ».

Alors que l’intersyndicale rentre dans une « deuxième phase » de son action de soutien, les syndicats français rappellent combien l’aide internationale peut s’avérer « fondamentale » pour permettre le fonctionnement du syndicat en exil et continuer à exercer une pression sur les talibans. Et insistent sur l’importance d’aider les syndicalistes accueillis en France à reconstruire leur vie. La création d’un observatoire des droit humains et syndicaux en Afghanistan est une prochaine étape, a informé Yvan Ricordeau, qui vise à doter les responsables syndicaux d’un cadre pour leur permettre de continuer à défendre les droits humains. « Nous avions l’impression que la communauté internationale avait oublié le peuple afghan car on ne mentionne plus notre pays. Aujourd’hui nous avons eu l’agréable sentiment que ce n’était pas le cas et au nom des femmes afghanes je vous remercie pour cela », a conclu Habiba Fakhri.

300 médias stoppés, 800 journalistes exfiltrés

Alors que 300 médias ont déjà dû mettre la clé sous la porte et que la quasi-totalité des femmes journalistes ont perdu leur emploi, Anthony Bellanger de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a rappelé que l’intersyndicale1 a déjà réussi à exfiltrer entre 700 et 800 collègues afghans. Pour tous ceux qui demeurent sur place et qui sont constamment menacés, la situation est extrêmement compliquée : « Ceux qui ne sont pas directement menacés de mort veulent rester et continuent leur mission en écrivant sur des blogs. Mais beaucoup perdent patience et nous disent que si on ne fait rien ils vont vendre un rein », poursuit Anthony Bellanger.