Conférence nationale du handicap : “Des mesures déjà connues pour la plupart”

temps de lecture Temps de lecture 5 min

icone Extrait de l'hebdo n°4026

Le chef de l’État a conclu, le 4 septembre, la septième Conférence nationale du handicap et fixé le cap des politiques publiques jusqu’en 2029. La CFDT estime que l’enjeu est désormais de passer des déclarations aux actes.

Par Sabine Izard Publié le 08/09/2026 à 12h00

image
© Eliot Blondet/Pool-RÉA

« Pouvoir payer seul, traverser la rue en sécurité, accomplir ses démarches en ligne sans assistance… » À Bobigny, le 4 septembre, Emmanuel Macron a placé sa dernière Conférence nationale du handicap (CNH) sous le signe de l’accessibilité. Objectif : passer à une société « pleinement accessible ». Après avoir défendu son bilan, il a évoqué les grandes lignes de ce qui sera décliné dans les prochaines semaines.

De l’accessibilité universelle

Le premier axe concerne l’accessibilité universelle. La stratégie nationale 2026-2029 doit notamment accélérer la mise en accessibilité des transports, des services publics et du numérique. Le Président a aussi annoncé un répertoire national des logements sociaux accessibles, qui doit voir le jour début 2027.

Quant à l’école, l’objectif vise à garantir la scolarisation de chaque enfant. Le déploiement des pôles d’appui à la scolarité (PAS) – ils consistent à apporter aide et soutien à tout élève rencontrant une difficulté dans ses apprentissages et/ou son parcours scolaire – doit se poursuivre jusqu’à atteindre 3 000 structures à la rentrée 2027. Un « projet de réussite unique » doit également rapprocher les dispositifs d’accompagnement, de la maternelle au lycée.

Concertation nationale sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés

Côté emploi, le chef de l’État veut renforcer l’emploi accompagné avec un objectif de 20 000 bénéficiaires d’ici à 2028. Le dispositif permet un accompagnement par un référent, qui fait l’interface entre le salarié handicapé et son employeur, pour évoquer ses besoins spécifiques. Emmanuel Macron veut également ouvrir une concertation nationale sur l’avenir de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, quarante ans après la loi de 1987, et « engager la suppression des restrictions d’accès à certaines professions dans le cadre de cette stratégie, car elles existent encore », a-t-il indiqué, le 4 septembre.

Autre mesure : l’apprentissage des personnes en situation de handicap continuera d’être soutenu par une aide de 6 000 euros à l’embauche d’un apprenti reconnu travailleur handicapé, quel que soit le niveau du diplôme préparé.

Le président de la République a aussi rappelé plusieurs acquis de sa mandature, dont la prise en charge intégrale des fauteuils roulants depuis le 1er décembre 2025 ou encore la hausse, ces dernières années, du nombre d’élèves handicapés scolarisés ainsi que des AESH1.

“On reste sur notre faim”

Les associations qui œuvrent dans ce domaine restent toutefois sur leur faim. « C’était un discours de fin de quinquennat, sans moyens financiers, donc on reste sur notre faim », a déclaré Arnaud de Broca, président du Collectif Handicaps, qui rassemble une cinquantaine d’associations. Il s’agit de « beaucoup de préconisations et il n’y a pas d’éléments chiffrés donc on reste frustré », a, de son côté, réagi Luc Gateau, président de l’Unapei (handicap intellectuel). La Fédération Paralysie Cérébrale France a dénoncé dans un communiqué une « longue litanie de mesures pour la plupart déjà connues » et « dont on peine à voir concrètement les effets sur le terrain ». Elle rappelle que « l’écosystème du handicap vit une crise profonde des modèles d’accompagnement ». Et la CNH n’y « apporte aucune réponse ».

Selon la CFDT, ces annonces ne doivent pas masquer les difficultés du quotidien. À l’occasion de la CNH, cinq fédérations CFDT ont ainsi alerté sur une école inclusive en tension permanente. AESH précarisés, manque de formation, de places dans le médico-social, personnels épuisés : « Il est urgent d’associer l’ensemble des travailleurs impliqués en proximité », souligne-t-elle dans une tribune datée du 3 septembre. Elle demande l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan interministériel pour l’inclusion scolaire associant Éducation nationale, collectivités et secteur médico-social « à la hauteur des enjeux ».

Prendre en compte les handicaps dans leur pluralité

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Outre l’école inclusive, la Confédération reste mobilisée en ce qui concerne « la prise en compte des handicaps au travail dans leur pluralité, y compris les handicaps invisibles, psychiques et cognitifs, et lutte contre les discriminations », rappelle Xavier Guillauma, secrétaire confédéral. Il défend par ailleurs la prise en compte du handicap dans les accords de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP) ou ceux pour la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), la révision du taux d’obligation d’emploi de travailleurs en situation de handicap (OETH) à 8 %, ou encore l’amélioration du statut de proche aidant. Autant de priorités que l’organisation a renouvelées lors du congrès confédéral de Bordeaux, en juin 2026.