Chez Kongsberg, la CFDT négocie une reconversion collective

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Un élan prometteur

Confrontés à une activité déclinante, les élus CFDT de cette PME sous-traitante de l’automobile se sont engagés avec leur direction dans un vaste plan de formation afin de proposer aux salariés une porte de sortie avant que l’entreprise n’ait d’autre choix que de licencier.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 29/04/2022 à 09h00

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© Divergence

"Transco [transitions collectives], c’est encore assez confidentiel. J’en avais entendu parler lors d’une réunion à l’Union régionale CFDT d’Auvergne-Rhône-Alpes, et j’ai ensuite cherché à en savoir plus sur ce dispositif de reconversion. Nous avions déjà connu un PSE dans le passé, et cette alternative, qui permet aux salariés de se former et de rebondir, me semblait intéressante », explique Marilyne Cabon, déléguée syndicale CFDT de l’entreprise Kongsberg, fabricant de pièces pour l’automobile.

Située dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, cette PME de 158 salariés appartenant à un groupe norvégien, sous-traitante de premier rang pour Peugeot et Renault, se révèle spécialisée dans la fabrication de commandes de boîtes de vitesses manuelles. Autant dire que le passage au zéro moteur thermique en 2030 ne laisse que très peu de perspectives à l’entreprise et à ses salariés. Le second marché, ouvert récemment, de raccords de freins pour les camions et remorques, n’est pas non plus pourvoyeur d’emplois.

Une étape obligée

Le recours massif à la retraite anticipée n’est ici pas une option. Avec une moyenne d’âge de 40 ans, la plupart ont encore une vingtaine d’années de vie professionnelle devant eux, et la formation, voire une reconversion, constitue une étape obligée. Heureusement, dans cette petite entreprise où la CFDT est la seule organisation syndicale, le dialogue social est de bon niveau et la direction fait preuve d’un esprit de responsabilité vis-à-vis de ses salariés. « Nous formons une bonne équipe, note la déléguée syndicale. Nous faisons le maximum pour que les gens ne se retrouvent pas sur le carreau. Le DRH avait été informé de son côté par la chambre syndicale de la métallurgie de l’existence du dispositif Transco, nous avons pu en discuter ensemble et cela nous a semblé être la solution adéquate. »

L'accord ouvre aux salariés concernés la possibilité de s’inscrire dans un parcours de formation vers un métier porteur dans le bassin d’emploi, sur la base du volontariat.

Le dispositif présente plusieurs avantages aux yeux des dirigeants comme des syndicalistes. Les salariés pourront engager une formation de longue durée tout en conservant leur contrat de travail et leur salaire. Les frais de formation seront pris en charge par l’État, les salaires aussi, à hauteur de deux Smic et 90 % au-delà. Une négociation entre représentants du personnel et direction aboutit à la signature d’un accord de gestion prévisionnelle des transitions professionnelles (GEPP) au sein de l’entreprise dont l’objectif est de partager un état des lieux de la situation économique de l’entreprise et d’identifier les métiers les plus à risque. L’accord, signé le 2 février, vient tout juste d’être validé par la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, (Dreets).

Il ouvre aux salariés concernés la possibilité de s’inscrire dans un parcours de formation vers un métier porteur dans le bassin d’emploi, sur la base du volontariat. L’accord court sur deux ans. « L’avantage, c’est que les salariés auront le temps de réfléchir avant de prendre leur décision, ils pourront voir la façon dont cela se passe pour les collègues déjà engagés dans le parcours », remarque la déléguée syndicale. Ils seront accompagnés par Transitions Pro (ex-Fongecif, organisation paritaire), qui gère le dispositif Transco et statue sur les dossiers individuels, et par leur entreprise pour les démarches administratives.

Les opportunités ne manquent pas dans cette vallée de l’Arve à l’activité industrielle florissante. « Je pense à Somfy, par exemple, le fabricant de volets roulants, à d’autres entreprises aussi qui recrutent des régleurs en plasturgie, indique Marilyne. Un travail de diagnostic des besoins à l’échelle du bassin d’emploi doit encore être mené. » Une première réunion organisée par la direction, Transitions Pro et les autres acteurs impliqués (conseil en évolution professionnelle, Pôle emploi, Apec, etc.) était prévue à la fin mars, pour expliquer le dispositif en détail aux salariés et répondre à toutes leurs questions. Quelques-uns manifestent déjà leur intérêt, et les projets d’avenir commencent à prendre forme.