Chez Auchan Dunkerque - Grande-Synthe, la CFDT cultive la proximité

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iconeExtrait de l’hebdo n°3804

Créée en 2016, la section CFDT de l’hypermarché a presque doublé son nombre d’adhérents durant le challenge confédéral “Le Grand Boost”. C’est le résultat d’un intense travail de proximité avec les salariés pour mieux répondre à leurs besoins.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 21/12/2021 à 13h00

De gauche à droite : Thomas Mallevaey, Nadia Lamda et Donzi Ferreira sont tous trois élus CFDT au comité social et économique.
De gauche à droite : Thomas Mallevaey, Nadia Lamda et Donzi Ferreira sont tous trois élus CFDT au comité social et économique.© Syndheb

Quand Nadia Lamda et son équipe viennent à la rencontre de leurs collègues, dans les rayons de l’hypermarché Auchan Dunkerque - Grande-Synthe (Nord), c’est pour échanger en toute convivialité : prendre des nouvelles, savoir comment les uns et les autres se portent, que ce soit professionnellement ou personnellement. Les militants CFDT partent à la rencontre de tous, prennent le pouls de la situation sociale du magasin… et détectent les problèmes.

« Ces visites, ça permet de voir plein de choses anormales ; par exemple, des intérimaires que l’on fait travailler sans gants alors qu’ils ont les mains dans les congélateurs… », résume Nadia, hôtesse de caisse depuis 1995 et fondatrice de la section CFDT du magasin en juin 2016. Ce matin de novembre, elle est accompagnée de Donzi Ferreira et Thomas Mallevaey, élus au CSE (comité social et économique), tout comme Nadia. « Il n’y a que sur le terrain que l’on voit les choses », souligne Donzi.

Une forte présence assurée sur les réseaux sociaux

Lors de leurs tournées, qui ont lieu une ou deux fois par mois, les militants veillent à passer dans tous les rayons. Ils se rendent également dans les trois drives qui dépendent de l’hypermarché. Les visites ne sont pas annoncées à l’avance mais le matin même, pour éviter que la direction s’en mêle. Encore récemment, quand les militants CFDT allaient à la rencontre de leurs collègues, « la direction guettait qui parle à qui », explique Donzi Ferreira. Le directeur du magasin a changé il y a peu. Il semble plus ouvert au dialogue, « mais quand on a quelque chose à dire, on le dit », poursuit la militante, qui connaît bien cet hypermarché puisqu’elle y travaille depuis 1989. « Ils savent que les salariés sont proches de nous. »

La proximité s’entretient aussi grâce aux réseaux sociaux. La page Facebook tenue par Nadia est actuellement suivie par plus de 500 personnes, alors que le magasin compte 530 salariés. Sur cette page, l’équipe partage les tracts, les informations syndicales, les courriers envoyés à la direction, les communications à la suite des CSE, mais aussi les anniversaires et la vie du magasin ; une démarche de transparence et d’information, explique Nadia. « Jusqu’en 2015 et un premier engagement syndical (j’étais salariée depuis 1995 dans ce magasin), je n’avais aucune info et ne savais pas ce que faisaient les syndicats ici. Alors souvent, je me dis : “Qu’est-ce que j’aimerais savoir en tant que salarié”. » Elle ajoute : « Durant les confinements, ceux qui n’avaient pas Facebook se sont inscrits juste pour suivre la page et se tenir au courant. Les salariés s’intéressent vraiment à la vie du magasin. »

Thomas abonde : « Les salariés sont très demandeurs, surtout les étudiants. Dès qu’ils arrivent, ils s’inscrivent. » Une façon aussi de s’impliquer, complète Nadia : « Certains étudiants me disent : “Je ne viens que les week-ends et je ne sais pas ce qui se passe la semaine. Donc heureusement qu’il y a la page Facebook !”. »

La section CFDT a vu sa taille doubler

Les méthodes CFDT payent : la section du magasin compte désormais presque 80 adhérents. Un an auparavant, c’était deux fois moins. Le challenge confédéral « Le Grand Boost » est passé par là. La section a d’ailleurs été primée. « On a distribué des tracts, en début d’année 2021, sur pourquoi se syndiquer, le soutien que ça apporte, etc. On s’est rendu compte qu’après ça, on a commencé à faire des adhésions. Ensuite, on s’est pris au jeu. Le bouche-à-oreille a beaucoup fonctionné. On a été agréablement surpris », affirme Nadia Lamda.

Et pour cause, cinq ans auparavant, la section syndicale CFDT n’existait pas. En juin 2015, en vue des élections au CSE, Nadia s’engage avec une première étiquette syndicale. « Je voulais me syndiquer, ça me démangeait depuis un moment. J’ai dit “OK” et puis on a été élus. » Mais, rapidement, un conflit éclate, l’obligeant à quitter ce premier syndicat. « Je suis alors venue en magasin et j’ai parlé avec les gens. Ils m’ont encouragé. Je me suis alors tournée vers la CFDT. J’ai pris rendez-vous à Dunkerque pour rencontrer François Kindt, qui m’a accompagnée », se souvient-elle. « Pour créer une section, il faut être deux au minimum. J’ai envoyé plein de SMS, j’ai eu deux réponses positives. Et c’est comme ça que la section est née. Au départ, nous étions trois. »

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Les premières années ont été dures mais les militants tiennent la barre. Lors des élections CSE de 2019, la CFDT obtient quatre sièges sur dix. Nadia s’en souvient encore très bien : « Pour nous, c’était énorme. » « La direction était contre nous », précise Donzi. Contemplant le chemin parcouru, les militants sont fiers de ce qu’ils ont bâti. « On est en train de créer une belle section, avec le boulot que l’on fait au quotidien », se félicite Nadia, qui compte ne pas en rester là. Son objectif pour les prochaines élections au comité social et économique, en 2023 ? Conquérir sept sièges !

La colère gronde chez Auchan

Les salariés des hypermarchés Auchan attendent toujours une véritable reconnaissance de leur travail. Et ce n’est pas l’augmentation proposée lors des dernières négociations annuelles obligatoires (NAO), à la fin novembre 2021, qui va changer la donne, + 2,2 %, soit moins que l’inflation en 2021 (+ 2,8 % sur un an).

Après avoir adressé un ultimatum à la direction en vue de rouvrir les NAO, la CFDT, avec la CGT et FO, ont appelé les salariés à se mobiliser le 17 décembre. Une quarantaine d’hypermarchés, soit environ 1 500 salariés, ont répondu à l’appel. Le dépôt logistique Auchan de Carvin, dans le Pas-de-Calais, était toujours bloqué le 20 décembre. « Avoir vingt-trois ans d’ancienneté et toucher 1 250 euros par mois, c’est inacceptable ! », tonne Gilles Martin, délégué syndical central CFDT d’Auchan France. Pendant ce temps, la famille Mulliez s’est versé une « prime anniversaire » de 750 millions d’euros. « Les héros de la deuxième ligne veulent vivre et non survivre. Les primes ne sont pas une fin en soi », ajoute Gilles Martin. La direction, de son côté, reste silencieuse.