Chez AccorInvest, en finir avec les coupures

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L’ère du temps

Dans l’hôtellerie, les coupures en journée ou les week-ends travaillés rebutent les candidats aux postes à pourvoir. Dans cet établissement lyonnais du groupe Accor, ces contraintes ont été réduites à la suite de négociations. Les salariés y trouvent leur compte. Reportage.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 30/09/2022 à 09h00

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En ce mardi matin d’août, Michèle, 59 ans, s’active dans la salle de restaurant pour remballer le buffet du petit déjeuner. Après avoir tenté sa chance ailleurs, cette salariée est revenue en février 2022 dans cet hôtel Ibis lyonnais où elle avait déjà travaillé cinq ans. « Je suis allée travailler dans un petit restaurant, avec un contrat de 39 heures. Mais dans les faits, c’était plutôt 45 heures. Les heures supplémentaires n’étaient bien sûr pas payées et impossible de poser des congés. Ici, le code du travail est appliqué », explique celle pour qui travailler le week-end n’est pas un souci « tant que je ne fais pas de coupures [une pause de plusieurs heures entre deux services]. Les coupures, ça fatigue, même quand on est jeune ».

Garantir dix week-ends non travaillés

Ce relatif confort de travail s’explique par les négociations qui, au fur et à mesure des années, ont permis de mieux encadrer le temps de travail. Ainsi, dans cet hôtel, les coupures des employés du restaurant sont devenues rares, les jours fériés travaillés sont récupérés. À tous ces avantages sont venues s’ajouter de nouvelles garanties à l’échelle du groupe. AccorInvest (qui exploite les hôtels du groupe Accor, dont ceux de la chaîne Ibis) et les partenaires sociaux (dont la CFDT) se sont mis d’accord en mars 2022 pour garantir au moins dix week-ends non travaillés par an aux salariés et pour supprimer les coupures. À défaut, l’entreprise versera 5 euros bruts par coupure de plus de deux heures aux salariés concernés.

Jean-Marc, plongeur, en profitera. Lorsqu’il est passé à temps plein, il a donné son accord pour que ses journées de travail comprennent une coupure de trois heures l’après-midi. « J’habite à dix minutes de l’hôtel, donc ça ne me dérange pas », explique-t-il. Le plongeur bénéficie aussi de repos hebdomadaires fixes, le jeudi et le vendredi, ce qui le satisfait. « Malgré des petits salaires, on est plutôt bien ici. » Diane1, femme de chambre depuis trente-six ans dans cet établissement, ne travaille plus les week-ends. Pour elle, ça a tout changé. « Ça me laisse le temps de faire des choses, de passer du temps avec mes petits-enfants, par exemple. Ça me donne plus envie de travailler, même si le boulot reste physique et fatigant, que les journées sont longues… d’autant plus quand on approche de la retraite », sourit-elle.

“« Ici, il y a très peu de turnover. Il ajoute : Il y a quatre ans, j’ai négocié pour raréfier les coupures. La direction était plutôt d’accord, car elle voyait bien que les gens partaient à cause de ça.”

Benjamin Donoso, cuisinier chez Ibis et délégué syndical CFDT.
cuisinier chez Ibis et délégué syndical CFDT.
cuisinier chez Ibis et délégué syndical CFDT.© plumestudios.com

Pour Benjamin Donoso, cuisinier dans cet Ibis depuis 2008 et délégué syndical CFDT, les adaptations négociées au niveau de l’hôtel montrent leur efficacité : « Ici, il y a très peu de turnover. Il ajoute : Il y a quatre ans, j’ai négocié pour raréfier les coupures. La direction était plutôt d’accord, car elle voyait bien que les gens partaient à cause de ça. J’ai eu des coupures pendant dix ans, tu n’as pas de vie à côté du boulot. » Il se félicite de l’accord signé au printemps à l’échelle du groupe, qui « permet de niveler les pratiques au sein des différentes entités » et de se démarquer dans un secteur d’activité où les postes à pourvoir trouvent difficilement preneurs. « On ne pourra pas plaire à tous les salariés, certains n’aiment pas travailler le week-end, d’autres oui. Mais c’est important de trouver un juste milieu. »