Cap sur les élections dans les fonctions publiques

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iconeExtrait de l’hebdo n°3833

Près de 6 millions d’agents et de contractuels de la fonction publique sont appelés aux urnes le 8 décembre. Déjà première organisation syndicale secteurs public et privé confondus, la CFDT espère prendre la pole position dans le public à la suite de ce scrutin.

Par Jérôme Citron et Claire Nillus— Publié le 21/06/2022 à 12h00

Le 2 juin dernier, Laurent Berger a pu rencontrer à différents endroits de la ville de Marseille des agents issus des trois versants de la fonction publique.
Le 2 juin dernier, Laurent Berger a pu rencontrer à différents endroits de la ville de Marseille des agents issus des trois versants de la fonction publique.© Syndheb

Les listes, les listes, les listes ! À moins de six mois du scrutin, les militants CFDT des trois fonctions publiques n’ont qu’un objectif en ce mois de juin : déposer des listes, un maximum de listes pour que les six millions d’électeurs aient la possibilité de déposer un bulletin CFDT le 8 décembre prochain, que ce soit dans un ministère, un établissement de santé ou une commune. Et qui dit dépôt de listes dit au préalable recherche de candidats prêts à défendre les couleurs CFDT dans la campagne. Un travail titanesque qui mobilise aujourd’hui toutes les équipes, et ce, jusqu’à la mi-juillet. « Nous avons jusqu’au 26 octobre pour déposer des listes mais l’idéal, c’est d’arriver à en boucler le maximum avant de partir en vacances pour se concentrer à la rentrée sur la campagne proprement dite », explique Nouria Rebotti, chargée de ces élections à la Confédération.

La CFDT progresse élection après élection

Deuxième organisation syndicale dans la fonction publique avec 19,1 % des voix, derrière la CGT (21,8 %) mais devant Force ouvrière (18,1 %), la CFDT ne cesse de progresser élection après élection et espère, pourquoi pas, devenir première à l’issue du scrutin du 8 décembre 2022. « Nous n’avons que 69 000 voix d’écart, autant dire pas grand-chose », insiste Nouria, qui ne laisse rien au hasard. « La priorité, c’est de consolider nos résultats là où nous avons fait du bon boulot, mais surtout de s’implanter dans les gros établissements où nous n’étions pas en 2018 », explique-t-elle depuis la mairie de Marseille – où justement elle était en visite avec la Fédération Interco, l’Union régionale interprofessionnelle (URI) Paca et… Laurent Berger.

La deuxième ville de France fait partie de ces objectifs emblématiques pour lesquels toute la CFDT se mobilise afin de réussir, enfin, à s’implanter. Si le syndicat parvient à déposer une liste, c’est près de 13 000 agents supplémentaires qui auraient le choix de voter CFDT, ce qui n’était pas le cas avant. « Toute la CFDT est derrière vous », assure Laurent Berger aux militantes réunies ce jour-là dans une salle de la mairie. Il s’agit essentiellement de femmes qui travaillent dans les écoles et qui ont décidé d’en découdre face à un système – aujourd’hui à bout de souffle – installé de longue date dans la capitale phocéenne. « Nos collègues n’y croient plus, assure une militante. Il y a aujourd’hui une place pour la CFDT si nous parvenons à nous faire entendre. » « Il faut savoir que dans la fonction publique il n’y a besoin que de gagner un siège pour devenir représentatif et avoir les informations et participer aux négociations, complète Nouria. Tout faire pour s’implanter à Marseille, c’est donc essentiel pour gagner des voix au global, mais tout aussi important pour les agents et contractuels de la ville, qui pourraient enfin avoir accès à un syndicalisme différent, un syndicalisme CFDT. »

C’était tout l’enjeu de cette visite : se faire entendre des agents mais aussi des politiques (récemment élus) et leur assurer que la CFDT, représentée par son secrétaire général, avait bien l’intention de prendre la place qui devrait être la sienne comme dans n’importe quelle grande ville de France. « Il n’y a aucune raison que nous ne soyons pas représentés à Marseille, insiste Laurent Berger. Nous demandons que l’on nous laisse mener campagne en nous donnant les moyens d’aller à la rencontre des agents, leur parler et leur expliquer ce qu’est le syndicalisme CFDT. »

Un travail de repérage et de ciblage

Heureusement, Marseille est une exception. La CFDT est normalement présente dans les villes de taille comparable, mais il y a encore tout un travail de repérage à mener dans des villes plus petites ou des établissements de soins. Les syndicats disposent pour cela d’un logiciel de ciblage qui permet de « travailler » son territoire et voir, par exemple, les endroits où la CFDT n’était pas présente en 2018 mais où le taux d’abstention était très fort, donc là où il y aurait une place à prendre. Une fois la cible repérée, toute la CFDT peut alors se mobiliser, si besoin à l’image de ce qui se fait à la mairie de Marseille.

Pour encourager les syndicats à se lancer dans cette course aux listes, la Confédération a aussi lancé un « challenge », une sorte de concours qui récompensera les syndicats qui ont le plus progressé en matière de dépôt de listes par rapport à 2018. « L’idée, c’est de créer une forme de compétition bon enfant à l’image des challenges développement », explique Nouria, qui rappelle en passant que boucler une liste est aussi une manière de faire du développement, car il faut normalement être adhérent CFDT pour pouvoir y figurer. Certes, dans la dernière ligne droite, les syndicats acceptent que des agents non syndiqués complètent les listes, mais ce n’est pas la règle. S’atteler à la constitution des listes en amont permet justement de prendre le temps de faire adhérer les candidats.

Mobiliser l’ensemble des structures

Laurent Berger a également profité de cette journée passée à Marseille pour rencontrer les sections CFDT de l’université et du conseil régional ; il a ensuite débattu avec les militants des trois fonctions publiques de la région, le temps d’une pause déjeuner. Une journée qui illustre la stratégie CFDT : mobiliser l’ensemble des structures autour de ces élections en jouant sur la complémentarité entre les régions, les fédérations ou la CFDT-Cadres (lire l’encadré), et ainsi créer une dynamique dans toute la CFDT.

Qu’il s’agisse des retraites, du pouvoir d’achat, du manque d’effectifs ou de la quête de sens au travail, les préoccupations abordées ce jour-là avec les agents ne sont pas différentes de celles évoquées avec les salariés du privé. Le message pour gagner ces élections, lui aussi, est identique : tout va se jouer sur la proximité. « C’est vous qui faites gagner la CFDT, a rappelé le secrétaire général. La Confédération, les fédérations et les unions régionales peuvent vous aider, vous outiller, mais ce sont les militants, par leurs actions au quotidien, élection après élection, qui ont fait de la CFDT la première organisation syndicale. » Ça va sans dire… mais ça va tellement mieux en le disant !

Les cadres en campagne

À l’image de toute la CFDT, les cadres ont fait des élections fonction publique une priorité en proposant des éléments de réflexion et des outils afin d’alimenter la campagne jusqu’au 8 décembre.

Dans un contexte de transformations incessantes marqué par la crise sanitaire, la CFDT-Cadres (numéro un chez les cadres) a souhaité connaître la perception qu’ont les cadres appartenant à la fonction publique de leur situation professionnelle. Du 15 au 23 novembre 2021, elle a fait réaliser, par l’institut Kantar Public, une enquête qualitative sur leurs attentes professionnelles et statutaires.

« Il est particulièrement frappant d’entendre que, malgré des conditions de travail souvent difficiles – l’enquête confirme notamment la grande détresse des cadres hospitaliers –, et tout en déplorant l’image dégradée de leurs missions véhiculée par la société, ils restent très attachés aux valeurs du service public, remarque Laurent Dumanche, secrétaire national de la CFDT-Cadres. Menés à partir d’un panel de cadres issus des trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière), ces entretiens constituent une nouvelle base de travail permettant d’affiner nos axes revendicatifs et de concevoir des outils en vue des élections professionnelles. » Et l’enquête les y encourage. Dans leurs réponses, malgré la multiplicité des métiers, des situations de travail et des statuts (titulaire, contractuel, manager ou non, cadre dirigeant, cadre expert, chargé de mission et autres profils…), les cadres de la fonction publique reconnaissent l’importance de la présence des syndicats, que ce soit sur le terrain ou pour obtenir des résultats en cas de réformes.

Cette campagne, la CFDT-Cadres la mène en lien avec les fédérations, les unions régionales interprofessionnelles et l’Union des fédérations de fonctionnaires et assimilés (Uffa). Elle a mis à jour ses supports de communication (cartes, affiches…) et publié en avril 2022 un numéro de la revue Cadres dédié aux « hussards du service public » avec analyses et verbatim tirés de l’enquête Kantar Public. Quelque 10 000 exemplaires ont été mis à disposition sur la plateforme de commande de l’Uffa (20 euros les dix exemplaires au lieu de 12 euros l’unité) et des numéros gratuits sur leurs 350 points de livraison de proximité.

À l’occasion de la troisième édition de l’opération Réponses à emporter (27, 28 et 29 septembre 2022), la CFDT-Cadres se rendra dans un ministère, un centre hospitalier et au Conseil régional d’Île-de-France. Parmi les autres initiatives programmées jusqu’en décembre, il y a aussi une série de webinaires à partir du mois de septembre sur les thèmes qui préoccupent les cadres de la fonction publique : lanceurs d’alerte, protection sociale, égalité professionnelle et transparence des rémunérations, attractivité de l’action publique, parcours professionnels (avec l’Apec), femmes dans la police… Demandez le programme !

Claire Nillus

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