Au ministère des Armées, de plus en plus d’agents en souffrance rejoignent la CFDT

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iconeExtrait de l’hebdo n°3842

Au rythme d’incessantes restructurations, les risques psychosociaux ont pris de l’ampleur au sein de l’administration centrale des armées. Entre les postes supprimés, les modifications de poste, le turnover et les sous-effectifs, beaucoup d’agents font appel à la CFDT. La section a d’ailleurs enregistré 20 % d’adhésions en plus depuis 2020.

Par Claire Nillus— Publié le 27/09/2022 à 12h00

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© Laurent Grandguillot/RÉA

Depuis deux ans, Marie-Paule Innocenzi a pris les rênes de la section CFDT du site de Balard, dans le 15e arrondissement de Paris. Avec 220 adhérents, il s’agit de la plus grosse section du Sfed (Syndicat francilien des établissements de la Défense), et la CFDT est la première organisation syndicale du ministère (devant FO et l’Unsa).

Dans plusieurs bâtiments, le site de Balard regroupe l’ensemble des états-majors des armées, la Direction générale de l’armement et le secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées. Il compte 8 000 personnes dont 50 % de civils. « Sachant qu’au ministère des Armées le pouvoir est vertical et qu’obéir est la règle, ce n’est pas vraiment compatible avec l’adhésion à un syndicat. Pourtant, de plus en plus d’agents en souffrance nous rejoignent, fait remarquer Sarah Lenoël, secrétaire générale du Sfed-CFDT. Beaucoup de cadres des catégories A et A+ viennent à nous. »

Le profil des adhérents a lui aussi beaucoup évolué depuis quelques années : auparavant, il s’agissait majoritairement de femmes seules, la quarantaine, avec des enfants. « Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus d’hommes, la cinquantaine, qui n’arrivent pas à se faire entendre, affirme Sarah. D’ailleurs, les ex-militaires, eux, se syndiquent très facilement tant ils ont besoin de s’exprimer… » Les restructurations incessantes ne sont jamais très loin.

Un reclassement difficile

Lorsqu’un service est démantelé, le ministère envoie un courrier aux agents leur indiquant que leur poste est supprimé. En théorie, un accompagnement est prévu afin de les aider à trouver un autre poste dans un autre service. « Les AMR [antennes mobilité reclassement] leur proposent trois postes, en fonction de leur grade, plus rarement de leurs compétences, explique Marie-Paule. Si les chefs de service ne valident pas leur candidature, ils devront chercher par eux-mêmes. C’est très difficile pour des agents de se recaser après 55 ans, que ce soit ici ou ailleurs, car tous les ministères restructurent. Je connais des personnes qui ont envoyé entre trente et quarante lettres de motivation sans succès ! Elles sont complètement découragées. »

Elle-même vient d’un service restructuré. Elle connaît si bien la musique qu’elle en a fait le point fort de la section de Balard. « Nous sommes devenus un service d’écoute, de conseil et de reclassement. Nous recherchons des postes, faisons jouer notre réseau, contactons les adhérents que nous avons dans diverses directions. Nous faisons passer des fiches de poste aux agents en recherche, les aidons à se réorienter en leur ouvrant des portes pour se renseigner sur de nouveaux métiers… », précise-t-elle. C’est ainsi que, récemment, Pauline est arrivée dans le bureau de Marie-Paule en larmes, complètement à bout. Depuis un an, les rapports avec sa hiérarchie sont totalement dégradés, à force de reproches incessants quant à la qualité de son travail (échéances non respectées, erreurs dans les dossiers, etc.). Pauline décrit une charge de travail de plus en plus lourde, une mise sous pression constante pour faire « vite et bien » et le sentiment d’aller au bureau avec la boule au ventre. Marie-Paule a rencontré sa hiérarchie (la responsable des ressources humaines et sa cheffe de bureau) et obtenu qu’elle bénéficie d’une affectation temporaire dans un autre bureau. Pauline a ensuite pu avoir un poste définitif pour lequel elle a changé de métier. « C’est tout nouveau. On espère qu’elle va retrouver son équilibre », confie Marie-Paule.

L’accompagnement au cas par cas

Pour Thierry, en revanche, cadre expérimenté de 56 ans, la section n’a pas réussi à infléchir la position du manager de proximité. Récemment nommé, ce chef de service a, en dépit des excellents états de service de Thierry – dont les entretiens d’évaluation s’étaient toujours bien passés –, rabaissé sa notation d’une dizaine de points en s’appuyant sur une note de la DRH datant de 2018. La CFDT va l’accompagner dans le cadre de son recours devant la commission paritaire.

Autre cas d’école : l’inadéquation entre rémunération, poste et ancienneté, situation qui a conduit Mathilde à faire appel à la section CFDT. Après une première partie de vie professionnelle, cette jeune femme a réussi le fameux « troisième concours » – dont la particularité est de prendre en charge l’expérience professionnelle des candidats puisqu’il est ouvert aux actifs du secteur privé justifiant de huit années d’expérience. Mais, lors de sa titularisation, le ministère n’a pas reconnu les fonctions qu’elle occupait auparavant et l’a intégrée comme débutante. La CFDT l’a aidée à monter un dossier juridique pour le centre ministériel de gestion. L’affaire est en cours de traitement.

« Le bouche-à-oreille fonctionne pleinement en faveur de la CFDT à Balard ! », conclut Marie-Paule. Il faut aussi compter sur les tournées de services, les sessions de tractage à la sortie des restaurants et les réunions d’information, que la section organise chaque mois. En cette rentrée, la section mise surtout sur la visite de Laurent Berger, le 28 septembre, lors de la troisième édition de « Réponses à emporter », pour motiver les troupes dans la perspective du vote du 8 décembre.