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Extrait de l'hebdo n°4005
En ce début d’année, la section CFDT du Centre hospitalier de Chartres a choisi de se tourner vers une catégorie souvent peu visible dans l’action syndicale : les cadres. Pour mieux cerner leurs attentes, elle s’est appuyée sur l’enquête “charge de travail des cadres” proposée par la CFDT Santé-Sociaux.

Trop souvent tenus à l’écart des démarches militantes, les cadres hospitaliers ont pourtant les mêmes droits que les autres salariés. C’est pour leur redonner une place que la section CFDT du Centre hospitalier de Chartres (Centre-Val de Loire) est allée à leur rencontre du 26 janvier au 24 février 2026. « Nous souhaitions mener une action spécifique auprès des cadres car nous n’avions pas de temps d’échanges avec eux. Du coup, nous ne connaissions pas leurs besoins. Ce sont des agents, eux aussi. Ils ont des droits », expliquent Marine Babault, secrétaire de section, et Jérémy Lavigne, titulaire au CSE.
Un questionnaire qui a fait ses preuves
Pour structurer leur démarche, les deux militants CFDT ont choisi un questionnaire déjà utilisé ailleurs. « L’enquête que nous proposait la CFDT Santé-Sociaux avait déjà été mise en place dans d’autres établissements. Nous avons choisi celle comprenant 40 questions. Parmi une quarantaine de cadres, 24 ont répondu », précise Marine Babault. Sur le terrain, la méthode se veut simple et directe : « À chaque fois, nous nous déplacions en binôme dans les services. Le personnel encadrant était content que l’on s’intéresse à lui. Nous leur avons laissé la possibilité de s’exprimer en tout anonymat. Certains nous ont déjà dit qu’en fonction de la restitution, ils pourraient adhérer à la CFDT. »

La restitution de l’enquête – organisée le 24 mars dernier dans les locaux du centre hospitalier, en présence de la CFDT Santé-Sociaux, de la CFDT Cadres et de l’URI1 Centre-Val de Loire – a été pensée afin de garantir la liberté de parole. « Nous avons choisi une salle éloignée de la DRH pour que personne parmi eux ne se sente étiqueté », précise Marine Babault.
Des personnels trop peu écoutés
Les résultats dessinent un constat préoccupant. Une large majorité des cadres évoque un niveau de stress élevé (79 %) et une grosse charge de travail ; 78 % se déclarant en état de fatigue ou de dépression. « Nous sommes constamment dérangés, pour des choses urgentes comme pour celles qui pourraient attendre », témoigne l’un d’eux. Les interruptions permanentes, qu’elles viennent du téléphone, des équipes ou de la direction, rendent le travail difficilement soutenable. « Les agents regardent à travers la vitre pour voir si on est là », illustre une autre… Rien de plus simple puisque les bureaux du personnel encadrant sont situés en plein milieu des services, dans des espaces vitrés.
Dans ces conditions, il est difficile de s’isoler et de se concentrer – d’autant que le télétravail reste marginal et contraint. « Nous n’avons le droit qu’à un jour par mois et nous devons travailler avec nos outils personnels », regrette une participante. Les conditions de pause sont également dénoncées : « Nous n’avons pas d’espace de pause dédié. Je n’ai pas le temps de profiter d’un vrai temps de pause avec mes collègues et de déconnecter », confie une autre.
Une charge de travail proche de la rupture
« Au-delà des conditions matérielles, c’est l’organisation du travail qui est mise en cause. Parmi de nombreux agents, le sentiment de charge de travail est proche de la rupture », souligne Laurent Tertrais, de la CFDT Cadres, présent lors de la restitution de l’enquête. « Nous avons trop de choses à penser. On fait des “to do list” pour essayer de prioriser mais comme on est tout le temps interrompu, on n’y arrive pas. Plus ça va, plus on travaille dans l’urgence. Les choses sont à faire pour hier », confirme une cadre. Le sentiment de ne pas pouvoir refuser revient aussi fréquemment, de même que la pression liée à la gestion des absences : « Notre quotidien, c’est la gestion de l’absentéisme. On fait des pirouettes pour arriver à boucler les plannings, écouter les équipes qui ne vont pas bien. La politique ressources humaines s’est durcie. »
Le manque de reconnaissance et de perspectives professionnelles alimente également le malaise. « Nous n’avons aucun retour sur le travail effectué. Il y a une perte de sens. » Au total, 90 % des répondants déclarent travailler sur leur temps personnel. « Je le fais à la maison, une fois que les enfants sont couchés. C’est le seul moment où je peux vraiment me concentrer », confie une cadre. Par ailleurs, 54 % des répondants estiment que leur avis n’est pas pris en compte, et 79 % souhaitent être davantage associés aux décisions.
Recréer du lien avec les agents
Face à ces constats, des pistes émergent. « Nous allons travailler sur le télétravail. 27 % des répondants disent vouloir télétravailler », indique Marine Babault. Mais, au-delà des revendications, la démarche visait d’abord à recréer du lien. « L’objectif était d’instaurer un climat de confiance. Nous sommes allés les voir un par un. C’était des temps d’échange très intéressants. » Dans cet établissement, le plus imposant du département avec 2 500 agents, « la situation est d’autant plus tendue qu’elle s’inscrit dans un contexte de pénurie médicale », confie Christine Le Moal, secrétaire générale adjointe de la CFDT Centre-Val de Loire.

L’organisation du travail évolue, notamment avec le développement des horaires en douze heures. « Ça entraîne une perte de sens au travail. Les équipes perdent le sens du collectif. Le travail quotidien n’en est que plus difficile », abonde Guillaume Duyck, de la CFDT Santé-Sociaux. Ce changement rejaillit directement sur les cadres, « qui en ont marre de faire de la gestion de planning » et subissent la double pression « des agents hospitaliers et de la direction » avec « le sentiment de ne pas être accompagnés », insiste-t-il.
« Avoir un temps de parole cadres, c’était bien », conclut finalement un participant. « Ça permet de redynamiser la section et de nous démarquer des autres organisations syndicales, qui ne prennent pas en compte leurs besoins », affirme Marine Babault. Une telle action se révèle essentielle à l’approche des élections professionnelles dans la fonction publique, qui auront lieu le 10 décembre 2026…